‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 287 sur 311 · CHAPITRE V. 58S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 58S

qiiable. Mais d'abord, pour y arriver en remontant les cours du Bradano et du Basiento , et en passant de l'un à l'autre de ces deux fleuves , plus nous nous étions enfoncés dans ces montagnes, plus nous avions usé de précautions. Non pas que, dans le cas d'une révolte des habitants , nous eussions cru assurer notre salut, il n'y en aurait point eu à espérer, mais du moins pour ne pas succomber sans nous défendre. Chemin faisant donc, lorsque, au nombre de six seulement, y compris Joseph Legrand, mon fidèle valet de chambre, nous étions près d'aborder ces populations de plusieurs milliers d'âmes, l'un de nous jeté en avant servait d'épreuve pour en sonder les dispositions ; parfois aussi , nous présentant inopinément au milieu d'elles , pour ne pas leur laisser le temps de se concerter, nous affections la confiance la plus entière ; mais alors, forcés de mettre pied à terre pour prendre langue, nous substanter et rafiraîchir nos chevaux , nous nous distribuions les rôles : l'un circulait dans la ville pour observer, tandis que les cinq autres, réunis et enfermés dans la maison la plus apparente, une oreille à leurs interlocuteurs, qu'ils regardaient mentalement comme des otages, et l'autre aux aguets, se tenaient prêts à tout hasard.

Ces précautions furent inutiles. A Tolvé seulement, l'attitude farouche des habitants nous donna de vives inquiétudes. Quant à Potenza , lorsque nous en approchâmes en plein jour, l'aspect, les abords redoutables de cette ville, le silence qui l'environnait, nous inspirèrent quelques appréhensions. D'où venait cette solitude? Nous attendait-on sous les armes? Nous

écoutions en y montant, croyant, à chaque pas, que le sifflement de quelques balles nous expliquerait cette attitude ; mab ces craintes se trouvèrent vaines. On nous reçut à bras ouverts; nous y trouvâmes bon vin , bonne table et bons lits, des gens instruits, tous les renseignements désirables , enfin le plus obligeajit accueil.

Complètement rassurés nous n'eûmes plus de défiance que lors d'une visite dans un couvent haut situé , d*oii nous voulions reconnaître d'un coup d*œîl tous les alentours. Nous ne pouvions nous croire là en pays ami : aussi, lorsque, conduits par Vun des moines dans les obscurs et longs détours d'un passage étroit pratiqué dans Tépaisseur de ces vieux murs, notre guide , soit malice ou inadvertance , disparaissant nous y eut abandonnés , j'avoue qu'alors le souvenir des châteaux d'Anne Radclifîfe nous revint à la mémoire, et qu'un instant nous nous crûmes piis dans quelque piège ; mais Todeur fort nauséabonde que , en s'éclipsant , le moine échauffé avait laissée dans ce labyrinthe , nous mit sur la voie; nous le rqoigntmes à la piste, en riant de bon cœur, et nous adievâmes sans accident plus sérieux notre reconnaîssanoe.

J*ai dit que la position de Potenza nous parut unique. Qu'on se figure, en remontant le val de plus en plus resserré du Basiento, et à la sortie d*une gorge étroite, la vue inopinée d'un joli vallon environné, de toutes parts, d'abruptes, de hautes montagnes toutes noires de forêts superbes. Ce val profond, qui semUe sans issues tant elles sont étroites, oflre au premier coup d'œil Taspect d'un parfait ovale. La longueiu* en est

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