CHAPITRE YI. SM
d*étre libre de nous rejoindre, à quoi Tamiral anglais consenlit.
Je fus alors envoyé aux iles d'Ischia et de Procida, pour en inspecter la défense, et pour qu*il ne leur arrivât pas la même infortune. A mon retour à Naples , pendant que le siège de Gaête se préparait, nous eûmes quelque relâche. J'en profitai pour retourner à mes souvenirs antiques. Je n'allongerai pas ce récit en décrivant la visite que je fis des lieux consacrés, dit-on, dans rÉnéide : pèlerinage auquel je ne manquai pas plus que tousles voyageurs qui m'avaient précédé . Après une station au tombeau de Virgile, je vis lantre de la Sibylle, les restes des portes de Cumes et de sa citadelle; le lieu où, dit-on, Énée aborda. Je le suivis au bord de l'Aveme ; je descendis aux Enfers, sur ses traces, traversant le Styx , plongeant ma main dans le Phlégéton, mais, dans le vrai, trouvant assez ridicule cette application géographique à l'un des plus beaux chants de ce poète illustre. Ce fut ensuite avec une ferveur plus sérieuse que je contemplai. Tacite à la main, la mer où sombra la galère d'Agrippine, et la plage oii s'acheva le parricide. Puis, à plusieurs reprises, je me fis citoyen d'Herculanum et surtout de Pompéia.
Rien ne manqua à notre séjour dans ce Royaume. Le Vésuve, lui-même, sembla avoir voulu accueillir ou repousser notre invasion, par l'une de ses éruptions les plus remarquables. Nous choisîmes une belle nuit, M. de Girardin et moi, pour monter jusqu'au cratère et considérer ce phénomène. Après chaque explosion de la matière enflammée dont se débarrassait le Volcan, l'air
rentrait et s' engouffrait violemment dans sa boudie vide, avec le bruit le plus efTrayant. Dans ces longues expirations et aspirations, presque régulières, il me semblait entendre la respiration souffrante et oppressée d'un Géant énorme; je me figurais assister à I agonie convulsive de l'un des Génies de la terre, vomissant avec fracas le mal qui le tourmentait, et reprenant haleine avec un ràlement rauque et horrible, pour recommencer encore ses expectorations douloureuses!
Nous aperçûmes, d'un côté de sa bouche, la lave couler en bave épaisse et bouillante, en même temps que ses efforts lançaient de son sein, à une hauteur prodigieuse, des blocs énormes, tout rouges de feu. Leur chute avait lieu d'abord du côté opposé à celui où nous nous trouvions; et nous, pleins de séciuité, nous nous moquions de la terreur du guide qui refusait de nous suivre au bord du gouffre ; mais bientôt un changement de vent, détoiu*nant ces masses formidables, les fit, avec de sinistres sifflements, retomber et s*enfoDoer dans la cendre tout autour de nous! Ce fut alors au guide à rire, à son tour, de notre précipitation à redescendre jusqu'à lui, poursuivis par ceux de ces projectiles enflammés qui bondissaient et roulaient sur nos traces, comme si le Volcan eût voulu nous punir de noire téméraire curiosité !
En ce temps-là, mon service à Naples, m*occupant peu, me laissait le temps d'observer et de réfléchir. Le goût de régner prend si vite, mcme aux esprits les plus libéraux , que déjà je voyais le Roi Joseph tenir à sa couronne, conune si elle lui était poussée de naissance sur la tête, et qu'il la sentit identifiée à sa personne. Au