CHAPITRE VI
reste il n'y avait là rien d'extraordinaire. IJ avait accepté le trône ! Dès lors j sur ce sommet si isolé, exposé à tous les regards, soit amis, soit ennemis, amourpropre et honneur, tout en lui se trouvait compromis, au plus haut degré , dans ce nouveau rôle. Aussi s'efforçait-il de le jouer de son mieux, quelque gênant qu'il fût à son inexpérience dont son cœur honnête avait le sentiment , à la douceur indécise et presque timide de son caractère , et à l'aimable simplicité de ses habitudes. En effet , également embarrassé pour accueillir ou congédier, rien n'était pénible comme ses audiences. Alors, ayant l'air plus emprunté que ses interlocuteurs, une double et visible perplexité l'agitait. Lui, qui devait être juge des autres, paraissait là conmie en jugement lui-même. 11 y semblait placé comme entre deux feux : craignant, pour ce qu'il allait dire ou répondre , d'une part l'appréciation de ceux qu'il avait en face , et de l'autre , celle de ses conseillers les plus intimes qu'il avait derrière lui.
Quant à ceux-ci, il faut le dire, la médiocrité, si commode aux Princes, parce qu'ils n'ont point à se gêner devant elle ; cette médiocrité qu'on voit toujours approbative et soumise, toujours si satisfaite d'ellemême, de la vie des Cours, du rang et du reflet qu'elle en reçoit; cette médiocrité, entourage ordinaire des trônes , n'avait point eu part à la formation de la nouvelle Cour. L'esprit y régnait ; et la meilleure preuve de celui du Roi, c'est que, loin de craindre la distinction dans les autres , il la recherchait. Dans soq service privé, comme dans son cortège d'hommes piiblics, il s'était entouré de gens de mérite. C'étaient entre
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autres, Miot et Mathieu Dumas, ministres de Vintérieur et de la guerre ; ce fut plus tard Roederer, destiné aux finances ; c'étaient encore MM. de Jaucourt et de Girardin , premiers officiers de la couronne ; piû Salicettiy ministre de la police, mais celui-ci de moeurs bien diflerentes. Le reste était napolitain et choisi de
même.
L'inconvénient d'une Cour spirituelle, où l'on retrouvait tous les attraits de l'ancienne société firançaise, était pour le Roi, qu'il accordait trop aux charmes de la conversation. Roi presque en dépit de lui, il la recherchait plus que les afTairès, où le travail suivi et la décision doivent dominer, ayant lui-même beaucoup plus de finesse, de grâce et de douceur dans Tesprit, que d'activité et de caractère*
Ces affaires, hérissées de difficultés pour tout autre que lui, en présentaient à un tel esprit bien plus encore. Homme de bien, d'imagination aussi, mais n ayant encore manié, de main de maître, aucun instrument, ne s'étant mesuré contre aucun obstacle, il ne pouvait savoir assez comment employer les uns, comment surmonter les autres. De là, devant chaque décision il prendre , sa perplexité, qu'il tenait à honneur de ne point laisser apercevoir. Il fallait bien alors pourtant qu'il prit conseil, mais c'était rarement d*un seul des siens : il s'adressait à plusieurs, heureux quand de ces a>is divers il pouvait s'en composer un, qui n était entièrement celui d'aucun autre; et cela, afin que la décision qu'il prenait eût l'air d'être la sienne propre; préoccupé sans doute de se bien conduire , mais surtout de ne pas paraître conduit.
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