CHAPITRE VIII
pagne du Roi j et sur celui de rennemi , qu'il croyait connaitre : plan chimérique, supposant trop sur tous les points réventuâlité d'une descente , d'où venait que le Roi jugeait devoir partout se tenir en garde.
Venaient ensuite l'obligation de renoncer à la Sicile; la pénurie du trésor épuisé par la solde , par l'entretien de Tartiiée française, et par un siège qui coûtait plusieurs millions; puis l'afTaiblissement de cette armée par les maladies et par la perte de quatre mille honmieSy à Gaête et dans les Calabres; et enfin la demande instante des dépôts de nos régiments, dépôts que l'Empereur retenait en Italie , d'où résultait , disait le Roi , la nécessité de deux administrations par corps, c'est-à-dire une double chance de malversations, tandis que c'en était déjà bien assez d^une. Tek furent, en y joignant la demande d'un nouveau chef d'État-Major, plusieurs des principaux détails que je fus chargé de mettre sous les yeux de FEmpereur.
11 ne lui dissimulait pas les dangers de sa position, tous les moyens étant indistinctement employés par la Reine Caroline : les têtes de nos soldats , la sienne inéme , mises à prix ; des chefs d'assassins , tels que Fra-Diavolo, élevés au rang de Duc; les signaux de la révolte répondant, sur toutes les crêtes des
montagnes, aux signaux de l'escadre anglaise! 11
ne savait ce qu'était devenue la division de Régnier, battue dans la Gilabre. « Pourtant, reprit-il vivement, a que mon frère n'aille pas croire que je suis ici sans « partisans; j'en ai un bon nombre. » Et il en avait réellement; il les devait à ses vertus, à son adminis-
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tration douce, sage et bienfaisante, autant qu'aux fureurs de la Reine Caroline.
Quant au choix d'un nouveau chef d'État-Major, 1 s'excusait de ne pas préférer Saint-Cyr, trop abfioh sans doute pour lui plaire; c'était Régnier qu*il demandait : il le jugeait plus propre à concevoir qu'à exécuter des plans de guerre, plans que ce Prince s'avouait inhabile à imaginer, mais entre lesquds il se réservait le choix, ce dont il se croyait capable.
Alors, passant en revue les défauts et les qualitéi de ses ministres, il suppliait l'Empereur de biî aooorder promptement le sénateur Rœderer pour nûnvlre des finances. C'était son ami. Un Français seul d*aîUeuis pouvait établir, dans ce pays féodal encore, YiffSSÊi (le Timpôt sur toutes les classes.
a Quant à ^^, me dit-il, il est bien où il est, quoi- « qu'il y fasse, je ne l'ignore pas, des profits inunen- (c ses. 11 s'y fait craindre. Mais lui aux finances, c*ert (( impossible. Son penchant l'emporterait sur son dé* « vouement ; c'est plus fort que lui ; je le connais sou (( ces deux rapports : cet homme-là m'est dëvcoé, il (( me prêterait dix millions dans l'occasion, mais il me (f les aurait volés la veille ! »
Il n'y avait de juste, dans cette opinion, quesa dar>nière partie; mais, comme tous les autres, ce RiHse plaisait à croire au dévouement à sa personne; quaGlé première aux yeux des Princes, et en faveur de laquelle ils pardonnent tout le reste.
(c Mon frère, continua-t-il, lui reproche d*avoirété «r sanguinaire; pourtant je suis plus sûr de lui quH « ne peut Tétre de ***.... y scélérat qui ne le sert que
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0L parce qu'il y trouve son profit, et qui le ferait as- « sassiner demain, s'il y trouvait son avantage! » Le Roi, en terminant, ajouta : « Qu'au reste il n'en vou- « lait à personne; que j'avais entendu et vu; que je c pourrais entrer dans plus de détails, ou m'en tenir m à répondre; qu'enfin, selon les dispositions où je « trouverais son frère, j'apprécierais ce qu'il convien- « drait de dire ou de taire. »
Il ne me parla pas de la conquête de la Sicile , quoique lui et l'Empereur n'y eussent pourtant pas renoncé.
Huit jours après j'étais à Saint-Cloud dans le cabinet de l'Empereur. « Eh bien, me dit-il, comment avez-
« TOUS laissé le Royaume? Pourquoi avoir sacrifié
« tant de monde devant Gaéte? Quoi! deux mille
tf hommes 1 Ah oui , des blessures de siège ! Les bles-
« ses sont hors de service ! Ce pauvre Yallongue !
« C'est une perte ! Mais aussi, pourquoi commencer un « siège sans moyens ? Ne pouvait-on bloquer, couper « cette langue de terre? Et la Calabre ? Pource quoicette dispersion ? Est-ce ainsi queje vous ai appris « la guerre? Vouloir garder tout un pays à la fois! « Quelle force y suffirait? Avez-vous oublié que j'ai c conquis l'Italie avec vingt-cinq mille hommes? Que « mon frère ignore la guerre, c'est tout simple, je ne « lui en veux pas; mais il a des hommes à réputation, « Begnier, Saint-Cyr, Masséna! Que font-ils donc?... a Quoi! se disperser ainsi! Mais vous auriez cent mille tf hommes, que vous n'auriez pas d'armée! Ils ne <c savent donc plus la guerre : c'est n'y rien enten- « dre ! Que dites-vous ? La configuration du pays ?
k: '^iJi
ce Eli bien , c est en échelons qu'il fallait s'y placer,
« et les replier les uns sur les autres, jusqu'à ce qu'on
« fût en masse suffisante, et alors en écraser i'ai-
a nemi ! Des révoltes ! Eh qu'est-ce que des ré- .
a voltes de paysans contre des colonnes mobiles el
« de la décision ? avec quelques exécutions sévères ib
« n'y reviennent plus! Ne vous en ai-je pas donné
(c l'exemple? A-t-on oublié Jafia? Ne savez-vous pas
« que j'ai fait fusiller là, tout à la fois, plus de trois
(C mille hommes? Cela est affreux! Cest un massacre!
(C Mais sans cela mon armée était perdue! H fiiut sa-
« voir se décider à ces choses-là, ou se réngner a être
(C massacré soi-même ! Les Napolitains, c'est comme
(C les Corses, il faut, pour les dompter, une vdonté de
(C fer et de feu ! Sans quoi mon frère périra, ou sera
(C chassé de son Royaume ! Et les troupes, s'en fidt-il
a aimer? ont-elles confiance en lui? Que fiut-îl à
c( Naples? N'y a-t-il pas une maltresse? On
a parle de Madame de *** Qu'y (ait-il donc? Les
(C forts n'y sont-ils point armés? Dés Ion pour-
c( quoi entasser là tant de monde? C'est dans un camp
(C qu'il devrait être, et prêt à se porter parfont au be-
(c soin ! Vous dites qu'il est inquiet de Régnier?
ce Va-t-on donc le laisser se perdre; laisser des Rran-
(( çais se décourager; trois de mes rëgimenis mettre
(C bas les armes ! Ce serait une chose inouïe, honteuse!
(f Mais c'est impossible. Allons! vous êtes une armée
ce d*alarmistes ! Comment, à la nouvelle de Sainte-Eu-
« pbémie, un Français a-t-il pu rester à Naples? Il
fc fiillait voler tous en Gîlabre! C'est juste, vow
• éliez devant Gaète. Mais si vous n*aviez que deux
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t» mille hoiiuiics à Naples, où donc est rarinée, et que
<« foi t Sain t-Cyr? Dans TAbriizze! Coniment,
« Gaéfe avait cette influence?... Les signaux^ anglais «c correspondaient avec ceux des montagnes! Alors, •c pourquoi Régnier a-t-il attaqué?... Allons donc, il « aurait compté sur l'opinion , sur la terreur de nos •c armes? Cela est bon pour des enfants ! Il n'y a point « d'opinion dans nos succès. La guerre, c'est l'art de a réunir, à temps, plus de forces que l'ennemi, sur « une position décisive ! C'est la supériorité du nombre <c sur un point choisi! Ce sont les manœuvres qui « remportent les victoires ! En sommes-nous donc oc encore au Directoire? Il faisait des décrets, il comp- « tait sur l'enthousiasme ; on en a vu le résultat , et « la valeur de toutes ces belles phrases contre des te bataillons, des obus et des boulets ! Mais encore une « fois, où l'armée est-elle?... Allons, dispersée tou- « jours et partout, pour contenir les provinces; mais « cent mille hommes y disparaîtraient ! . . . La Reine a y jette des brigands! Elle fait bien. Elle ferait as- «c sassiner mon frère, qu'elle ne ferait là que son nié- « lier! Il faut s'y attendre, et n'y répondre que par (c des colonnes mobiles et des mesures vigoureu-^ H ses!... Non, je n'enverrai pas mes dépôts. Je coni ce nais le climat de Naples; il y faudra, au contraire^ ce relever les régiments, et je m'y prépare... Ah oui, « ses finances! X. ne suffira point à cette tâche. C'est « un homme de bien et d'esprit, mais son caractère ic est léger, et son esprit n'est pas toujours juste!... ce Au reste, si mon frère y tient, je verrai. S'il manque « d'argent, c'est sa faute; il devait, comme je le lui
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(( avais recoRiniandé, imposer vingt imllions lu mo- <( ment de la conquête ; mais il n a point Youlu in*é- « coûter; et^ maintenant qu'il est trop tard, le Toib « forcé à celte mesure ! »
L'Empereur avait raison en cela plus encore que sur le reste. Il eût fallu, dès le premier moment, quand on n'avait , conune conquérant, qu'à se faire cnnndre, imposer franchement, et sur-le-champ, tootes les réformes nécessaires, toutes les mesures rigoureuses, afin de n'avoir plus ensuite, comme Roi, qu'àsefiare aimer. On eût marché de la terreur à la douceur, marche naturelle, où tout se fût fait à propos; tandis que, dans la marche inverse, de la douceur à la rigueur, dei complaisances aux exigences, des doux accueils pour le clergé et la noblesse à l'abolition de lens privilèges et à la suppression des couvents , c*ëlait avoir fait pour défaire ; c'était paraître avoir voulu sui|Mndre des cœurs qu'on devait s'aliéner ensuite, et se donner l'apjyarence de la fausseté , par faiblesse. Qodles que fussent mes propres observations sur le Roi Joseph, et ses confidences accusatrices sur beaucoup àt eeux qui Tentouraient , on comprendra que, avec l*Eaipereur, j'aie hésité entre mon devoir et ma répugnance à lui transmettre d'aussi épineux détails. Pour ce qui regardait le Roi, je venais de lui servir d'aide de camp, de recevoir ses bontés, et j'aurais été médire delm, et lui imire près de son frère! Cela me fit l'eflRet d'une trahison. Quant au.v autres personnages, pourquoi le Hoi in'av:iit-il chargé de ces dénonciations? Sa correspondance intime avec l'Empereur n'avait-elle pas du y suffire? Ce rôle, il est vrai, si je l'eusse accepté,