‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 300 sur 311 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

quand ce Prince, me devinant, redoubla ma perplexité par une offre pleine de bonté et la pJus flatteuse. Il me pria de ne point le quitter, et d'accepter, avec d'autres avantages , la place d'aide de camp près de sa personne. Interdit, je balbutiai quelques expressions d'une reconnaissance qui n'ébranlait nullement ma détermination première , quel que fut le charme des qualités vraiment rares, d'esprit et de cœur, de ce Monarque. Décidé à retourner près de l'Empereur, je dirai seulement que le service intime près d'un grand homme gâte, et rend tout emploi semblable impossible auprès d'un autre homme !

Plus résolu, mais plus empêché que jamais, je courus donc prier M. de Jaiicourt de me servir d'intermédiaire," et de me tirer sur-le-champ d'une position qui m'était insupportable. Le Roi aussitôt me rappela; il me combla de bontés nouvelles, et ne s'opposa plus à mon départ; mais voulant en profiter, il entra longuement, avec moi, dans tous les détails de sa position , qu'il me chargea d'expliquer, sans déguisement, à TEmpereur.

Ces détails sont d'une telle nature quant aux personnes, qu'il me répugne ici de les reproduire. On sait trop qu'alors ce Roi n'était guère plus mattre de son armée que de son Royaume , où la révolte des Calabrès avait peut-être été autant provoquée par nousmêmes que par l'ennemi. Sans doute l'inhabitude du commandement et la douceur de ce Prince nuisaient à son autorité, quel qu'eût été le choix distingué de ses ministres ; mais aux difficultés qui surgissaient de ses défauts, de ses qualités même , de la configu-

ration des lieux y des mœurs des habitants, d* un trésor vide et de la nécessité de le remplir aux dépens d*un peuple pauvre ^ d'un clergé et d'une noblesse qu*il ne fallait pas s'aliéner, si l'on ajoute les vices de plusieurs instruments dont il était forcé de se servir^ on ne lui imputera qu'une faible partie de la position critique où je le laissai engagé.

Pour ces instruments , xroira-t-on qu'une &veur inexcusable lui imposait encore ce même personnage qui, lors de l'invasion, ne s'était aperçu, qu'en vue de Gapoue , qu'il avait oublié notre cavalerie a Rome? (K Par une distraction semblable et toute nouvelle , <c cet étourdi de quarante ans , me disait le Prince , (c confondant les noms d'Ultérieure et de Gtërieure, oc venait d'envoyer à l'ennemi nos convois de munice tions, qu'il avait été chargé de diriger sur nos oorps ce battus dans les Calabres. Bien plus, il ëtait avéré <f qu'il recevait quarante mille francs, par mois, des (c comptables mêmes dont sa chaîne était de surce veiller la probité et l'exIËictitude ! »•

D'autre part le désarmement des habitants , que le Roi avait ordonné , n'avait point eu lieu, c Les gens (c qu'on avait désarmés d'une main, on ks avait <c réarmés de l'autre; vingt mille ports d'armes (( avaient été vendus par un seul chef à ceux qn'3 ce fallait maintenant combattre , ce qu'il fait en lion , (C j'en conviens, ajoutait le Prince, mais ce qui ne rc réparc point sa faute! » Un autre, et heureusement celui-là n'était pas français , avait fait bien pb encore ! . . .

Le reste de cet entretien porta sur le plan de cam-

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