CHAPITRE IL 8S
le ministre Thugut menait de conclure avec les Anglais la reprise de la guerre. De là cette signature, par Saint- Jullien, d'une paix fictive, aussitôt désavouée par son Empereur, sous prétexte qu'elle devait être commune à FAngleterre. Alors surtout la modération pacifique de Napoléon se montrera dans ses propositions réitérées d'armistices de mer et de terre. Les premières indiquaient, il est vrai, la volonté de conserver Malte et l'Egypte soit pour toujoiu*s, soit comme gages d'une paix universelle. Elles furent successivement repoussées par l'Angleterre, qui, tout au contraire, faisait bloquer ces deux conquêtes , entraînait dans sa cause le Portugal, insurgeait contre nous la Toscane, y préparait une descente, appelait l'armée de Naples sur nos derrières, et s'efforçait de ressusciter la Vendée et de s'emparer du Ferrol et de Cadix.
Au milieu de cette lutte diplomatique et de cet acharnement britannique, qu'expliiquent les regrets, l'espoir de l'Autriche et la politique intéressée de l'Angleterre, on comprendra la détermination du Premier Consul, quand, désespérant d'obtenir, de l'armistice proposé, ou la paix ou la possibilité d'approvisionner Malte
et de renforcer son armée d'Egypte, il n'a plus de recours que dans la guerre. De là , l'expédition projetée contre le Portugal; la compression de la Toscane, celle de la Suisse, où l'anarchie succombe par la déclaration que la France n'y reconnaît plus que le pouvoir du Conseil exécutif; et enfin la dénonciation des armistices de Parsdorff et d'Alexandrie ; d'où résultent le renvoi de Thugut , le choix de Cobentzel, son arrivée au congrès de Lunéville, et la
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nécessité où se troure rEmpereur d'Autriche , pour gagner le temps de refaire ses années, de renoinreler ces suspensions d'armes, au prix de la cession, à Bonaparte, des remparts d'Ulm, d'Ingolstadt et de Philipsbourg ausâtôt détruits.
Ce fut aussi pendant cette halte sous les armes que, des deux parts , on se disputa lalliance russe. Maîc d'un côté, les intempestives et odieuses violences faites sur mer aux droits des neutres et à leur nationalité ; les prétentions du Czar sur Malte et sur quelques points de lltalie, repoussées par la coalition ; l'oi^eil de ce Prince , irrité de ses défaites en Suisse, qu^il attribuait à la jalousie du G^nseil Aulique ; le refus par les Anglais de se prêter à Técliange des prisonniers russes ; d'autre part, la générosité du Premier Consul pour ces prisonniers , qu'alors il fait réunir, habiller, armer même, et qu'il rend gratuitement à leiu" Empereur; l'offire qu'il lui adresse de lui céder Blalte avec sa Grande Maîtrise de l'Ordre jadis possesseur de cette lie, et enfin, de l'accepter pour arbitre de la paix en Italie ; tous ces contrastes produisent sur le coeur et l'esprit exalté de Paul P' un effet subit : sa réponse au Premier Consul en est la preuve. 11 lui déclara : a Que, sans entrer dans la discussion des Droits de « r Homme et du Citoyen, chaque pays devant se gou- « verner comme il l'entendait, dès qu'il voyait en tête « d'une nation un homme sachant gouverner et se «f battre, son cœur se portait vers lui! » Puis, accusant l'Angleterre d'égoïsme , il terminait en annonçant au Premier Consul : a Qu'il voulait s'unir à lui c pour mettre un terme h tant d'injustices! »