‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 60 sur 311 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

rilé qui commençaient, je fis demi-tour et rentrai dans la Fia-Mala malgré les instances des habitants qui m'avertirent inutilement de mon imprudence. Je ne la reconnus que trop bien au bout d'un quart d'heure de marche, quand le vent, le bruit de Forage et les mugissements du torrent m'assourdirent; quand à la pluie glacée qui tombait du ciel qu'on n'apercevait plus entre ces deux rocs, aux nuages abaissés qu'il fallait traverser, et au brouillard épais qui s'élevait du fond du précipice , une nuit noire ajouta son obscurité , et qu'il fallut mettre pied à terre, afin de savoir où nous marchions et pour ne pas tomber dans le gouffre. Nous nous arrêtâmes consternés. Retourner à Splugen eût été le parti le plus sage, nous hésitâmes ; mais l'amourpropre et le goût des émotions fortes m'entraînèrent à ne point rétrograder.

Dès lors , marcher à tâtons la guide au bras , une main sur le rocher, çt de l'autre main sondant à chaque pas le sol, devint notre seule ressource. Mais où l'anxiété, devenait inexprimable , c'était quand, le sentier manquant devant nous, il fallait deviner ces ponts jetés d'un roc à l'autre y en éviter les crevasses, et passer ainsi au-dessus du gouffre. Nous nous arrêtions, nous appelant à chaque minute, croyant, à tous moments , au travers du fi^acas du torrent ou de la tempête , avoir entendu l'un de nous rouler dans l'abîme ! Souvent nos mains ou nos pieds en rencontrèrent le vide. Alors, nous rejetant en arrière contre le roc, nous restions saisis , n'osant plus faire un mouvement, immobiles sur cette corniche, et presque décidés à y iUtendre que le jour revînt nous montrer l'issue d'un

danger affronté sans raison, sans ulilité, et où notre fin tragique eût été entachée de blâme et de ridicule.

Bientôt pourtant , reprenant courage y nous serrant contre le rocher, et abandonnant nos chevaux à euxmêmes , nous renouvelâmes en divers sens nos tentatives ; le plus heureux appelait Fautre , et ainsi peu à peu nous avançâmes. Enfin, après quatre mortelles heures d'angoisses, Forage calmé, le ciel moins sombre, Tair plus libre et le bruissement des cataractes s*éloignant , nous nous sentîmes sur un sol plus ouvert. La f^iorMala était dépassée; nos chevaux nous avaient suivis ; et bientôt une faible et bienheureuse lumière nous fit apercevoir un pauvre chalet où nous nous réfugiâmes.

Le lendemain nous revîmes Coire, d'où bientôt , Moreau ayant avec Macdonald troqué notre régiment contre un bataillon plus utile dans ces montagnes, nous nous acheminâmes par Feldkirch en Souabe. Là, ayant rejoint Tarmée du Rhin , nous fûmes passés en revue par notre célèbre et nouveau général en chef.

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