CHAPITRE III
à la vue d'un luxe naissant et de toutes ces passions ambitieuses qui se substituaient au dévouement si naïf et si désintéressé des premiers élans républicains. De là^ quoique l'application en fût déplacée, cette exclamation si caractéristique de Gouvion Saint-Cyr (depuis maréchal) lorsqu'en 1797 il s'écria : « Quoi! Desaix a devient ambitieux! » Et certes ce n'était ni de fortune , que Desaix dédaigna toujours , ni de grades, puisque, malgré ses refus , parvenu au premier rang et se croyant destitué par le Directoire, il venait alors de s'offrir comme simple volontaire à Bonaparte; c'était donc seulement l'ambition de la gloire que Saint- Cyr s'était cru le droit de reprocher à ce héros, son premier compagnon d'armes : tant il y avait eu jusque-là d'abnégation dans le dévouement civique de ces Spartiates du Ehin, pendant les premières années de la République !
Le luxe de ce dîner auquel je venais d'assister et de la plupart des uniformes contrastait avec ces souvenirs austères ; pourtant , dans Tensemble même de cette armée, on en retrouvait quelques traces dans sa discipline probe , sévère plus qu'ailleurs contre le pillage, dans les manières simples et populaires, dans la camaraderie et le ton d'égalité des militaires entre eux, et avec leur général en chef.
Je plus à Macdonald sans y penser, sans m'en douter. Cette impression eût été passagère sans le général Dumas qui la fit valoir, comme on le verra tout à l'heure. Un mois environ plus tard, l'armistice ayant été rompu, nous quittâmes nos cantonnements pour
nous rassembler sous les ordres de d'Hautpoul. Ce
général était célèbre par mille actions du plus grand éclat, au milieu desquelles on citait une courte et su blime harangue. Prêt à lancer sa divbion sur rennemi il passe au galop devant elle : « Carabiniers, s'écrie- « t-il, braves carabiniers, percez! Cuirassiers, enfonce cez! Hussards, hachez ! d Et, donnant à la fois Tordre et l'exemple, il fut obéi dans l'instant même.
Mais il fallait que, en lui, l'intrépidité fût plus constante que l'éloquence, car avec nous son inspiration fut moins heureuse. « Hussards, dit-il cette fois, nous ce allons marcher à l'ennemi! En avant donc! et
ce qu'aucun de vous ne recule, sans quoi » La
colère, à cette supposition, lui ayant fait perdre le fil de son discours , poiu* se donner le temps de le retrouver, il enfila une longue suite de jtux>ns si ronflants et si sonores, que, nous voyant tous rire, il nous tourna brusquement le dos, ajoutant cette belle conclusion : « sans quoi,.... sans quoi, il ne serait pas (c aux noces! »
Peu de jours après nous arrivâmes aux avantpostes au travers d'une longue file de blesses des premiers combats, préludes de la bataille de Hohenlinden. Quelques mots suffiront pour indiquer l'esprit, la marche et le résultat de cette seconde campagne de 1800. Elle ne dura que trois semaines. Depuis le dernier armistice l'Inn séparait les deux armées; les Autrichiens en étaient maîtres. Ils étaient là cent vingt mille hommes contre quatre-vingt mille ; ils prirent l'offensive : leur centre nous attaqua de front, entre l'Inn et l'Iser, sur les routes qui, de Wasserbourg et de Muhldorf, conduisent à Munich. En même temps, à