CHAPITRE VI. n
couvert , Brune en prépara le passage à Monzambano, devant sa gauche , du c6té du lac et des Alpes. Il n'oublia point la diversion d'usage par l'aile opposée. Le lieutenant général Dupont , conunandant sa droite, fut chargé de ce simulacre. On convint donc que , le ^5 décembre , les deux passages , Fun vrai l'autre simulé , auraient lieu simultanément , l'ensemble, en pareil cas, étant surtout indispensable. Mais, au contraire de ce qui arrive quelquefois , le lieutenant tint parole ; ce fut le général en chef qui manqua à la sienne. Il avait mal calculé la marche de ses différentes armes et s'en était aperçu trop tard , en sorte que , n'étant pas prêt le jour convenu, tandis que Dupont obéissait à droite, lui fut obligé de remettre au lendemain son attaque. Bien plus , il n'en avertit pas son lieutenant , s'imaginant qu'ainsi la diversion serait plus complète sans craindre qu'elle ne le devînt trop , ou peut-être croyant que, le lendemain 26 décembre , lui-même n'en exécuterait que plus facilement son propre passage.
II en résulta que Bellegarde, général en chef ennemi, avec une forte réserve qu'il tenait prête, au lieu de flotter incertain entre deux attaques, n'en voyant qu'une, tomba tout entier sur notre aile droite. Dupont, pour ne pas perdre sa première brigade déjà sur l'autre rive, fut forcé d'engager la seconde, puis la troisième, puis la quatrième, et enfin d'appeler Suchet à son aide. Cet autre lieutenant général commandait le centre. I^ général en chef, ne comprenant pas la conséquence de sa faute , s'irrita contre Dupont de l'acharnement de ce combat : il fit défendre à Suchet d'y prendre part. Mais , entre Brune absent et le danger présent
et pressant de son compagnon d'armes , Suchet n* hésita point : il vola au secours de notre aile droite , et, tous deux ne suffisant pas, Davout, commandant de la cavalerie de l'armée, accourut et s'engagea de même au delà du fleuve , en dépit de Brune. Celui-ci , toujours immobile à son aile gauche , resta étranger k cette bataille de douze heures , oii six à sept mille Autrichiens furent pris ou tués et neuf canons enlevés; ou la moitié de son armée , compromise , fut plusieurs fois près de succomber ; enfin , où le passage du Mincio fut assuré et la bataille de Pozzolo gagnée par le rare et patriotique effort de trois lieutenants généraux , en Tal^sence et malgré les ordres de leur général en cheH
C'élail une victoire ! Brune fut obligé de l'approuver. Rlle lui ouvrait le champ d'une bataille décisive ; et U se refusa à en profiter. Il s'opiniâtra, le 26, à recommencer à Monzambano un second passage. Il l'accomplit au prix d'un autre combat acharné, moins disputé que celui de la veille, mais sans résultat assez décisif : conquête de champ de bataille , qui usa l'ennenii sans l'abattre. Bellegarde recula derrière TÂdige, ({ue Brune passa par sa gauche comme le Mincio , toutefois sans combat sérieux.
C'était alors qu'il avait détaché Moncey et son aile gîuiche pour remonter ce fleuve et refouler l^udon sur Trente , où ce corps ennemi faillit être pris entre Moncey et Macdonald.
Dès lors Bellegarde n'arrêta plus notre armée d'Italie que par de grands déploiements siur de fortes positions qu'il abandonnait pendant la nuit : simulacres do IxUailles rangées offertes, se terminant le lendemain