‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 8 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qui choisirait à son tour, sur une liste de candidats, les membres d'un Tribunat délibérant et d'un Corps Législatif muet, tant chacun était alors dégoûté des abus de la parole.

' Telle fut la Constitution dite de Tan viii. Elle confirma l'avènement de Bonaparte proclamé le 24 décembre 1799, quarante-quatre jours après les 18 et 19 brumaire. La France l'accepta avec confiance : trois millions onze mille sept votes la consacrèrent.

Mais, pendant que cette constitution s'était achevée en dépit de Sieyès et de ses amis, un choix, le plus important de tous, celui des second et troisième Consuls, préoccupa Napoléon. Jusque-là il avait paru admettre le maintien définitif à ce pouvoir de Sieyès et de Roger Ducos, alors Consuls provisoires comme lui. Ce fut Sieyès, trop découragé pour aspirer désormais à la première place, trop orgueilleux et prévoyant pour accepter la seconde, qui, lui-m^me, nettoya ce terrain de sa présence. Dans les pourparlers à ce sujet, il allégua : ce Qu'il suffirait d'un coup de coude <c du général pour mettre de côté ses deux collègues a et demeurer seul ! » Sur quoi, Bonaparte lui ayant fait répondre : « Qu'il était incapable d'une telle in- « gratitude ; » Sieyès lui fit répliquer : « Que décidéce ment lui et Ducos refusaient le Consulat, et se con- « tenteraient d'être sénateurs. »

Or ici de plus secrètes communications entre eux eurent lieu sans doute ; car on sait qu'alors Napoléon s'écria : « Que, lorsqu'il s'agissait d'argent, Sieyès n'é- « tait plus idéologue ; qu'il devenait positif; qu'on le Cl sentait prêt à abandonner ses rêves constitutionnels

« à l'aspect d'une somme ronde ; et que ce collègue « était commode! » En efTet, Sieyès ayant compris à son tour, comme Barras, que son rôle était fini, un •marché peu honorable acheva d'en débarrasser Napoléon ainsi que de sa reconnaissance : ce fut, avec la présidence du Sénat, en lui faisant donner, comme r^ compense nationale, la terre de Crosne, propriété acquise à rÉtat par l'un de ces crimes dont ce prêtre avait été complice. On a dit plus , et il n'est point prouve que ce fut le seul prix qu'il accepta pour sa retraite.

Ce succès avait un instant donné à Bonaparte la pensée de se maintenir seul au pouvoir ; mais, à ses premières tentatives, comme on l'avertit a que cela excéderait les pouvoirs des Commissions , » et que , ayant repris : « Qui donc alors me donnera-t-on pour « collègues? » on lui répliqua : « Oh! quant à cela, vous choisirez! » il se résigna à l'adjonction d*un second et d'un troisième Consuls.

Son choix, au reste, était fait d'avance. Dès les premiers jours de son consulat provisoire il s'était entouré d'une foule de renseignements sur chaque personne. En ce moment Cambacérès était ministre de la Justice, et Lebrun président de la Commission des Anciens. Le premier était un ancien magistrat et jurisconsulte éclairé, de formes graves, d'un esprit sage, prudent et mesuré, mais d'un caractère assez timide pour s'être, comme conventionnel, gravement compromis à la suite des terroristes que, sans l'être luimême , il avait servis.

Le second, plus remarquable jusque-là que remarqué, avait un extérieur noble et plein de dignité. C'é-

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