CHAPITRE VII
Ce fut alors surtout que je compris la Révolution. J'en voyais pour la première fois à découvert les plus fortes, les plus vivaces et les plus profondes racines. Les passions dont j'étais environné blessaient mes premières affections : elles me repoussaient en
uioi-méme, où j'ainiais d'ailleurs à me renfermer; elles rendaient ma position difficile. Cette situation me fut profitable. Au milieu de celte armée plébéienne, si fière d'elle-même à si juste titre, je mesurai la double folie d'une obstination royaliste et siu*tout aristocratique : la première , sous nos drapeaux républicains , me sembla une trahison ; quant à la seconde y entouré de tant de guerriers, tous plus anciens, plus expérimentés, plus instruits que moi, je sentis combien ces prétentions exclusives de naissance seraient non-seulement dangereuses, mais injustes et ridicules. Dès lors j'acceptai la Révolution comme un fait accompli , fondé en droit , et auquel le bon sens, l'équité, l'intérêt du pays et mcme cduî de l'ancienne Noblesse , ordonnaient qu'on se rattachât .
Cette conviction acquise, cette route tracée, ce rôle choisi, j'y fus fidèle; je voulus y être utile, et contribuer à y entraîner avec moi l'ancienne France, c'est-à-dire le plus grand nombre de nobles qu'il se pourrait, afin de hâter la fusion et de rendre désormais impossible tout retour aux proscriptions conventionnelles et directoriales. Cette idée s'empara fcH^ tement de moi. Depuis, et sans cesse, elle inspira mes conversations , mes actions et jusqu'à mes moindres paroles.
Ce fut surtout alors que , pour m'encourager dans une voie, où les rôles avaient tant changé, je comptai et récapitulai continuellement les noms des colonels et des généraux de l'ancienne noblesse aloK en pied dans l'armée , en dépit des proscriptions, el