‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 91 sur 311 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

C'était ainsi que, par la plus admirable et la plus bienfaisante des administrations, partout présente. Napoléon fondait et légitimait sa dictature , où la France enthousiasmée se précipitait. Et cependant, dans l'armée, dans les grands Corps de l'État, dans le Trihunat surtout, et jusqu'au sein de son Conseil , un bon nombre d'esprits fiers et indépendants , tout en reconnaissant tant de bienfaits , contestaient Textension de cette puissance sans laquelle pourtant il lui eût été impossible dé rien accomplir. Dans quelques-uns c'était amour vrai de la liberté , haine de tout despotisme , habitude de le combattre , et prévoyance des entraînements irrésistibles d'un pouvoir sans limites, abandonné à un génie impérieux : ceux-là défendaient, dans la liberté , leur propre conquête contre un con-

quérant dont ib redoutaient Tambition; mais la plupart défendaient aussi comme leur propriété ^ comme la meilleure part de leur existence y ces tribunes publiques de toute nature , auxquelles ils devaient leur influence et leur renommée. Voilà pourquoi , en dépit de tant de bien accompli et contre celui qui se .préparait j une intempestive et factieuse opposition au Premier Consul et au Concordat osa se manifester. Ce fut dans le Corps Législatif , par rélection^ à la présidence, de Dupuis^ Fauteur de r Origine des Culies; dans le Sénat, par l'élection de Grégoire, évêque jacobin de 1 793 ; dans le Tribunat , par Tabsurde et ridicule révolte qu'y souleva le mot sujet , auquel on fut près de^acrifier la paix avec la Russie ; enfin, par le déplorable rejet des premiers titres du Code Qvii.

Napoléon , ainsi offensé , sut se contenir. Une menace seule lui échappa dans un entretien avec quelques sénateurs : elle suffit pour arrêter cette recrudescence impie et révolutionnaire. Puis le retrait momentané du Code , la suspension de la session , suivie du renouvellement du cinquième des Tribuns et Législateurs, qu'il fit diriger par le Sénat contre les brouillons de ces deux Corps , lui permirent de continuer, sans un coup d'État, la régénération de la France. Ainsi commença l'inévitable asservissement des Pouvoirs Législatifs.

D'autre part la paix créait des difficultés d'un autre genre. Les généraux en chef venaient de rentrer en France. Descendus des hauteurs du commandement, ils ne pouvaient s'accoutumer à cette espèce de déchéance : ils supportaient impatiemment la suprématie

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