‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 92 sur 311 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rapidement ascendante d'un seul d'entre eux , naguère leur émule et leur égal. Ils critiquaient , ils blâmaient tout à haute voix, le Concordat principalement. Cet esprit de révolte commençait à s'étendre jusque dans la garde consulaire que commandait Lannes. L'orgueil mécontent de ces généraux s'enflait; il s^appuyait de la clientèle de guerriers nombreuxydont la gloire, presque toute septentrionale , se sentait étrangère à la gloire méridionale, sans doute préférée, des guerriers vainqueurs sous Bonaparte. De là aussi deux camps rivaux , deux armées presque ennemies, et, à la suite des dangers d'une guerre extérieure enfin domptés , la nécessité de prévenir les dangers intérieurs de cette rivalité jalouse , et d'une guerre sourde et intestine.

Ce fut dans ce but que, avec Moreau surtout , honneurs rendus , éloges prodigués , alliances de famille même, dit-on, tous les moyens conciliants et généreux furent employés ; mais l'on a déjà vu la résistance de ce général. Avec les autres , tek que Bernadotte , Saint- Cyr, Brune, Augereau et Macdonald, Napoléon se servit de moyens plus efficaces. Des missions de diverses natures les disséminèrent , les unes guerrières , les autres à la fois guerrières et diplomatiques. On envoya Bernadotte commander l'armée de l'Ouest, et Saint-Cyr, en Espagne, la division française lancée contre le Portugal. Lannes et Brune partirent, l'un pour l'ambassade de Lisbonne , l'autre pour celle de Constantinople. Quant à Macdonald, que sa parole libre et railleuse , que son caractère indépendant et fier, et que son intelligence avec Moreau rendaient gênant , dès avant sa rentrée

en France dans les premiers mois de 1 80 1 , il fut des* liné au Danemark.

Le Danemark tenait la clef de la Baltique. Placé aux avant-postes de la neutralité armée des Rois du Nord menacée par la flotte anglaise , et détemiioé à se défendre j il nous demandait un général. La mission de Macdonald à cette Cour lointaine lui fut donc représentée comme bien moins diplomatique que militaire. Macdonald irait porter, à cette extrémité de rEurope, la gloire des armes françaises. Ses aides de camp , son état-major et des officiers d'artillerie et du génie Ty accompagneraient. Macdonald naccepta cette mission que sous la condition d'en être rappelé dès qu'elle cesserait d'être guerrière. En conséquence 9 partant aussitôt de Trente pour Paris, par Vérone , Milan et Turin , il me laissa l'ordre y comme au plus jeune de ses aides de camp , de ramener en France son quartier général et deux compagnies d'infanterie et de cavalerie qui l'escorteraient. Le sort ainsi me favorisa : dès ma première année de service j'avais fait connaissance avec nos généraux les plus renommés; j'avais vu, à grandes et petites journées, le sud-est de la France, la Suisse, l'AlTemagne méridionale et toutes les Alpes; j'allais voir le nord de l'Italie; j'avais assisté à une grande bataille, à la guerre de plaines , à celle de montagnes ; enfin , je ne revenais à Paris que pour en repartir, et pour voir encore, sous un double aspect, l'est de la France et l'Europe septentrionale.

Dans ce trajet de Trente à Lyon rien ne me semble bon à rappeler, si ce n'est deux circonstances : la pre-

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