CHAPITRE IK
physionomie ne trouvant rien d'imposant , je tentai, en outrant, en doublant ma première faute , d'échapper à ses oonsëqu^ices. Cest pourquoi , changeant d'attitude , et, à la violation avec voies de fait de l'autorité civile joignant une révolte contre l'autorité militaire, j'élevai la voix , j'attaquai pour me défendre , j'aflectai la plus chaude indignation « contre la dureté , contre tf l'inhumanité avec lesquelles les autorités civiles et ff militaires de l'intérieur accueillaient les défenseurs cr de la Patrie, dès leurs premiers pas sur cette terre ce sacrée, que, au prix de leur sang, ils venaient de ff sauver de l'invasion étrangère ! »
Le bonheur voulut que je n'eusse pas trop mal jugé mon interlocuteur. Cette déclamation, assez semblable a celles de nos clubs révolutionnaires, l'étonna. A mesure que je me grandissais sur ces échasses , je le voyais balbutier, se rapetisser, regarder avec inquiétude mes carabiniers, qui nous entouraient, dont le nombre grossissait , que mes récriminations commençaient à échauffer, et dont les murmures vinrent à mon aide. Ils achevèrent la défaite du pauvre commandant qui m'abandonna le champ de bataille, d'où je me hâtai de partir le lendemain avant le jour, non «ans crainte d'être atteint en route par quelques gendarmes !
Bientôt je traversai Lyon , séjour de la première jeunesse de Bonaparte. Cette grande cité se relevait, plus belle , de ses décombres : les ordres du Premier Consul y effaçaient rapidement les traces de l'absurde et atroce tyrannie des Conventionnels ; on n'y prononçait son nom qu'avec le plus vif enthousiasme.
Dans la seconde quinzaine de mai , un an après mon
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premier départ , je me retrouvai dans ma femille. Le retour de la belle saison , coincîdantavec le mien, avait éloigné de Paris mon ancienne société. Ce fut pour ' moi une difficulté de moins. L'épreuve d'ailleurs eût été courte , car en arrivant je reçus l'ordre d'être prêt à repartir. Je sus que Macdonald, à son retour deTrente^ passant par Nevers, y avait appris l'assassinat de Paul I^, le désastre de la flotte danoise brûlée par Nelson dans la rade de G>penhague , et la soumission forcée qui en avait été la conséquence; qu'alors, jugeant sa mission sans objet y il s'en était cru dégagé; mais que Napoléon avait persévéré , qu'il avait prétexté la possibilité de relever de ce double échec la neutralité armée des Rois du Nord; et que, pour le décider à se rendre en Danemark, il l'avait flatté, après un court séjour dans ce poste obscur, de l'ambassade de Pétersbourg. Déjà même Macdonald faisait à grands frais les préparatifs nécessaires à une destination aussi importante. En même temps le Premier Consul , qui ne négligeait aucun détail , s'était rappelé4a brillante renommée que mon père avait laissée à la Cour de la grande Catherine : il avait voulu que je fusse attaché diplomatiquement à cette ambassade. Le i*^' juin je reçus ma nomination ; et bientôt après , comme aspirant et aide de camp , je partis avec Macdonald.
On ne pouvait montrer, pour la première fois,au nord de l'Europe , un plus illuslre et plus digne représentant
G^PITRE [IV. ISd
de la gloire pure des armées de la République. Ce voyage fut pour Macdonald un triomphe continuel , dont nous primes plus que notre part. Partout la foule se pressait sur nos pas ; partout Macdonald se montra généreux jusqu'à la prodigalité , surtout pour les Français malheureux qu'il rencontra. Nous vîmes Leipsick , Dresde, et Pilnitz, célèbre point de départ de la guerre de la Révolution. Nous fumes présentés à TÉlecteur, excellent prince , mais d'un caractère métliodique et si soumis k l'étiquette , qu'elle le suivait même, disaiton y dans l'intérieur de son palais , jusque dans les bras de l'Électrice ! Nous en plaisantions alors : dans notre légèreté native et révolutionnaire y notre défaut de méthode riait de ce que ces peuples en avaient de trop ; aujourd'hui plusieurs de nous pensent peut-être que nous eussions tous gagné à être moins dissemblables , regrettant pour nous une bonne part de ces mœurs sages j constantes j régulières , dont la différence des caractères nationaux ne nous permet guère l'imitation.
Berlin ensuite nous arrêta plusieurs jours. J'y recueilUsy des Princes, des Princesses de cette Cour, et plus explicitement d'un grand nombre de leurs entours , des témoignages de l'estime profonde que tous conservaient à mon père , à son histoire du feu Roi de Prusse, quelque véridique qu'elle fût, et de leurs regrets de ce que ce Prince eût suivi des conseils opposés à ceux que mon père lui avait apportés dans sa derrière mission diplomatique. On se souvient que cette mission avait précédé la guerre de 1792, qu'elle n'avait pu empêcher.
Quant au mauvais succès de leur première cam-
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pagpe , l'un des anciens aides de camp de ce monarque défunt s'efforça de Fexcuser. Selon lui les ordres donnés au duc de Brunswick n'avaient pas été suivis. Frédéric-Guillaume II avait voulu que^àValmy, on ne s'en tint pas à une simple canonnade. Son avis avait
été d'attaquer^ de livrer franchement bataille. Mais le Duc de Brunswick y se souvenant trop que le Roi avait été son élève , n'avait point eu égard à ses instructions. Cet officier m'avoua aussi que j trompé par nos émigrés j on ne s'était attendu qu'à une simple marcbe militaire , pendant laquelle toutes nos populations, et notre armée elle-même, accourraient se joindre aux drapeaux prussiens! Il expliquait ainsi, et la fatale proclamation du Duc , et le désappointement de ce général , et le découragement qui en avait été le résultat.
Dans ce séjour, où, comme partout ailleurs , d'après les conseils de mon père, je pris une foule de notes statistiques et politiques , il me fut facile, de remarquer que le meurtre de Paul P' et la violence faite à Q)penhague par la flotte anglaise avaient déjà rompu la neutralité armée , à laquelle d'ailleurs la Prusse et les villes Hanséatiques n'avaient adhéré qu'en apparence , et dont leur infidélité s'était enrichie. Le maintien de ce traité avait été le but donné aux efforts de Macdonald : il comprit dès lors l'inutilité de cette misûon , et n'y vit plus que son éloignement indéfini de sa patrie , de ses amis et de sa famille. La paix comme la guerre allait donc à jamais l'en séparer; elle allait soumettre son caractère gai , fier et indocile à toutes les sujétions d'une existence diplomatique dont la contrainte lui était antipathique.