CHAPITRE III. 1S
mièrefut la visite que^ en passant à Milan , je rendis au général Moncey qui y conunandait en chef. Je lui trouvai tout l'extérieur de sa position . C'était un homme du plus grand air : taille élevée , figure noble y formes graves et majestueuses. Mais ces dehors renfermaient , avec un noble canir, un esprit inquiet , s'embarrassant d'une foule de considérations ; trop dépendant des autres par ti^>p d'estime de leurs louanges ou de leurs critiques; supposant trop de mérite à celui qu'il avait en face ; en sorte que, s'ajoutant aux difficultés 9 il se combattait lui-même aussi dans son adversaire.
Je m'étonne encore aujourd'hui de la longévité de ce maréchal ; tant ce caractère inquiet et sa conscience trop irritable , qu'agitait au delà de toute expression la moindre responsabilité , ont dû fatiguer son existence. Un sopffle , un rion , tout lui donnait la fièvre ! Il en était malade j en ce moment , malgré l'estime générale et la faveur du Premier Consul; et c'était non-seulement du souvenir de son malencontreux armistice de la Piétra, mais méme^ et malgré le traité de»Lunéville , des embarras d'un commandement devenu pourtant tout pacifique. Un quart d'heure de conversation me découvrit tout entière cette cruelle disposition de son esprit , qui ne lui a jamais laissé un instant de quiétude. Je le quittai confondu : il y a de cela quarante et un ans^ et je ne comprends pas que, habituellement en proie à tant de pénibles émotions , il puisse exister encore 1
Le second incident me regarde personnellement. J'y jouai le principal rôle ; il ne me fait guère d'hon-
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neur. S*il a quelque intérêt y c*est parce qu il montre avec quel esprit d'insubordination enveis les pouvoirs civils de leurs pays reviennent , dans une patrie lilnre , des armées victorieuses et conquérantes.
Le fait eut lieu en Savoie , dans la première place qu'on rencontre de ce côté en rentrant en France. Il s'agissait du logement et de quelques distributions de vivres. J'allai donc chercher le maire que je trouvai seul à sa municipalité. Là, soit lenteur , soi( quelque exigence très-légale sans doute de sa part , nous nous primes de querelle , et si vivement , qu'il crut devoir se revêtir de son écharpe. Ce déploiement d'autorité ne me frappa qu'en ridicule. Je n'y vis qu'un moyen plus commode d'en finir ; et, saisissant ce magistrat par cet insigne ^ je le renversai sous les sièges de sa mairie, d'où je sortis aussitôt, après l'y avoir enfermé à double tour. Puis, fort satisfait de celte belle œuvre , et me croyant légitime maître de la ville, j'y logeai militairement ma troupe!
J'achevais sur la place d'armes cette glorieuse prise de possession , quand, à ma grande surprise, le commandant de la place, accourant, me saisit à mon tour, et m'ordonne de le suivre à l'instant même dans un autre logement, très-digne en effet de l'énormité d'une action qui m'avait paru si naturelle. J'avoue que, à cette injonction, et à l'aspect des épaulettes de ce colonel, je demeurai d'abord interdit. Mais, au lieu de profiter de ma stupéfaction , il crut devoir accompagner son acte de répression de quelques reproches. Cela me donna le temps de me remettre. Je l'écoutai, je l'envisageai ; et, dans son éloquence conune dans sa