Histoire et mémoires
J'ai dit sommairement quels furent, au dedans de l'Empire, les travaux de Napoléon pendant l'intervalle de la guerre d'Autriche à celle de Prusse. On se souvient aussi que Villeneuve, dominé par la peur de sa responsabilité, avait, en osant désobéir à l'Empereur, fait manquer la Descente ; puis, qu'une seconde peur, celle d'être puni de la première par une destitution, l'avait poussé à ce fatal combat de Trafalgar, où périrent les flottes française et espagnole. Cet homme funeste, fait prisonnier dans ce désastre, et rendu sur parole, venait de se poignarder à Rennes!
La conquête de l'Angleterre était manquée, la mer perdue ; on sait qu'une dernière tentative par notre flotte de Brest, lancée en diverses escadres, venait
HIST. ET ME*. — • T. III. i
d'échouer. C'était donc sur le continent seul que, désormais, Napoléon pouvait soutenir la guerre implacable que Londres lui avait déclarée. Chassé de la mer par elle , il entreprit de l'y confiner et de lui interdire Ja terre. Déjà la France et l'Espagne étaient fermées à ces Insulaires. Dès les mois d'avril et de mai 1806, il les avait bannis de l'Italie et de l'Allemagne par l'occupation des ports romains , par la conquête de Naples, par la transformation de la République Batave en Royaume de Hollande, sous Louis Bonaparte (24 mai) ; enfin, par l'accession de la Prusse, le i5 février, au Système Continental.
Toutefois cette tardive accession fut courte , soit fausseté, ou faiblesse qui si souvent y ressemble ; soit qu'il faille s'en prendre aussi à la politique envahissante , en paix comme en guerre , de Napoléon , maniant et remaniant l'Europe au gré de son ambition et des circonstances.
Il est certain que dès lors , entraîné par l'orgueil légitime de ses victoires et par les nécessités d'une Dynastie nouvelle ; attiré par les cris de détresse provenant du bouleversement de la constitution germanique; excité par le désir et le besoin de satisfaire l'ambition des siens , par les discours de Talleyrand et les invocations de plusieurs Princes , qui ne cessaient de l'appeler un autre Charlemagne , Napoléon songeait à réédifier, sous son sceptre, après dix siècles, le grand Empire d'Occident au delà du Rhin , comme il l'était déjà du Rhin aux Pyrénées et dans l'Italie entière! De là, ces Royaumes donnés cette année à ses deux frères demeurés grands officiers de son Empire;