CHAPITRE I
de là encore, ces Duchés, ces Principautés qu'il s'était réservés dans ses conquêtes , pour les distribuer à ses ministres , à ses maréchaux et aux grands officiers de sa couronne; de là enfin, cette Confédération du Rhin commencée de fait en i8o5, d'abord par des contingents de guerre, et, après le succès, par des agrandissements , des royautés et des mariages. Il venait d'achever cette œuvre, le 12 juillet 1806, par une déclaration de constitution de cette Confédération sous son Protectorat, et, le 6 août, en exigeant la renonciation de l'Autriche à l'Empire d'Allemagne.
C'était à ce seul prix que Vienne avait obtenu l'évacuation de. ses États par la Grande Armée restée maîtresse, à Braunau, de sa frontière. L'inexécution du traité, en ce qui regardait la cession de la Dalraatie , livrée aux Russes qu'il nous en avait fallu chasser, avait autorisé notre Empereur à prolonger cette occupation. Il avait laissé la Grande Armée au delà du Rhin, d'où elle imposait à la fois sa volonté à la Cour de Vienne et au Roi de Prusse.
Celui-ci s'était trouvé dans cet embarras où précipite, et enfonce de plus en plus, l'irrésolution luttant contre la résolution, et la finesse contre la force. Après le mélodramatique et vain serment prêté sur le tombeau du Grand Frédéric, on a vu que la victoire d'Austerlitz, en terrassant l'Autriche et la Russie, avait déconcerté l'astuce hésitante de la Prusse. Frédéric, Roi loyal, mais timide et pacifique, d'une nation guerrière et ardente , s'était alors trouvé dans la situation la plus singulièrement opposée : son caractère.
Deux traités simultanés et contradictoires, l'un signe
à son insu, dans Vienne, par Haugwitz son ambassadeur, et l'autre par lui-même dans Berlin , l'avaient lié , d'une part à la fortune de Napoléon , et d'autre part à la cause tout opposée du Cabinet de Londres! Par le premier il devait recevoir de nous , et pour lui , le Hanovre que par le second il devait nous arracher, pour le rendre à l'Angleterre. Napoléon lui livrait cet Électorat anglais en compensation de diverses concessions, de bien moindre valeur, consenties par Haugwitz.
• Dans une alternative si critique, ce Roi neutre avait espéré tout concilier par un terme moyen : il avait modifié le traité d'Haugwitz à Vienne, en n'acceptant le Hanovre qu'en dépôt et jusqu'à la paix. Il crut ainsi ne déplaire à aucune des deux parties, et ne satisfit personne. Ce subterfuge ne pouvait être admissible. Napoléon, irrité des tergiversations hostiles de la Prusse en i8o5, voulait en elle ou une alliée, ou une ennemie déclarée. Il avait, d'ailleurs, déjà disposé des Principautés prussiennes d'Anspach , de Clèves et de Neufchàtel concédées par Haugwitz. Alors enfin Frédéric, impuissant à nous les disputer, s'était décidé à en accepter entièrement la compensation. Il avait donc, le Ier avril, réuni le Hanovre à ses États et fermé ses ports aux Anglais. De leur côté, le 1 1 juin , ceuxci lui avaient déclaré la guerre.
Dès lors ce Prince semblait être décidément lié à la fortune de la France ; et pourtant , dans les actes qui suivirent cette détermination, et dans ses rapports secrets avec la Russie , il s'était montré incertain encore. Ces restrictions, cette mauvaise grâce, sans em-