CHAPITRE III
Ainsi, lorsque dans les rapports de l'Espagne avec la France , rien en apparence ne semblait changé , au fond tout venait de prendre une autre face. Ce n'était plus à un favori méprisé et détesté , se dérobant de ce Royaume, et en emmenant les possesseurs légitimes dans un autre monde, que l'Empereur avait
affaire; c'était à un jeune Roi, à la tête d'une nation exaltée, dévouée, qui se pressait autour de lui , le regardant comme son libérateur, et déjà comme son défenseur contre un envahissement progressif, qu'il n'était plus guère possible de déguiser. "
Cependant nous ne paraissions encore là que comme alliés; et, comme le nouveau Roi réclamait l'aveu et l'appui de Napoléon, offrant toujours de s'unir à lui par un mariage; comme, d'autre part, son père avait protesté entre nos mains, l'Empereur se trouvait juge, du différend.
A la nouvelle de cette révolution inattendue , une réponse célèbre de Napoléon à Murât, pleine d'inspirations prudentes et salutaires, montra toute sa perplexité, et qu'il comprenait toute l'étendue du danger de son entreprise. Mais, quand déjà les clefs de la Péninsule étaient entre ses mains; quand son armée avait pénétré jusqu'au cœur de ce Royaume; lorsque l'avènement national de Ferdinand allait rendre plus difficile et plus douteuse l'autorité de la France sur une alliée pourtant indispensable au système continental, comment renoncer à l'espoir d'une conquête aussi avancée , et au parti déjà pris , dans l'intérêt de la Dynastie nouvelle, de détrôner le dernier reste d'une Maison ancienne, sa rivale, pour lui substituer la sienne à Madrid, comme à Naples et sur la France !
S'il hésita , comme semble l'indiquer cette lettre, son hésitation dura peu, et Murât y contribua. Cet avènement si populaire de Ferdinand était un obstacle ; mais de même que, avec son astuce méridionale, Murât venait de dicter contre ce Prince la protestation de