‹ Histoire et mémoiresChapitre 124 sur 266 · CHAPITRE III. 22S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 22S

Charles IV, ce fut lui encore qui le premier suggéra la pensée funeste d'attirer Ferdinand hors de l'Espagne et de s'en saisir, comptant bien qu'alors lç sceptre tom- • berait, de lui-même, des mains du vieux Roi dans celles du successeur qu'il plairait à Napoléon dé lui choisir.

Ce qui est certain, c'est que Napoléon partit de Paris le 2 avril (i) , et que , dès son séjour à Bordeaux , où il s'arrêla pour n'arriver a Bayonne que le i4* il était décidé sur le but et sur les moyens. Son entretien avec Monthyon dans cette ville en est la preuve. Ce général venait de lui apporter Tépée de François 1er, dont Murât avait demandé à Ferdinand Vil la restitution. C'était Monthyon qui avait obtenu de Charles IV sa protestation. En la signant, le Roi et la Reine détrônés, soit clairvoyance sur les desseins de Napoléon, soit haine aveugle et furieuse contre Ferdinand, avaient déclaré à plusieurs reprises : « Qu'ils ne vouer laient point laisser leur couronne au traître de fils « qui les en avait dépouillés ! Que, pour eux , ils étaient « dégoûtés du trône! Que, las de régner, ils n'aspi- « raient plus qu'à une retraite quelconque, mais sûre « et tranquille, où ils pourraient finir leurs jours avec « leur cher Godoî, dont ils demandaient, avant tout, « la délivrance! »

Je tiens ces détails certains de Monthyon luimême. Ainsi, dans sa haine de mère, de femme outragée par un fils rebelle et usurpateur de son trône, dans sa passion de maîtresse éperdue du danger de son favori près d'être jugé et sacrifié après avoir peut-être divulgué leur honte, il était trop vrai que cette Reine,

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entraînant son malheureux époux, n'avait protesté contre une abdication obtenue par la violence , que décidée à livrer sa couronne à Napoléon pour prâ du salut de ce favori et de sa vengeance ! , L'Empereur, après avoir entendu ce rapport, se l'être fait répéter et l'avoir écouté attentivement, avait congédié Monthyon sans s'expliquer; puis, dans le même jour, il avait chargé Duroc de le sonder et de bien s'assurer s'il variait sur les circonstances d'un récit dont le sort de l'Espagne allait dépendre. Cela fait, l'ayant rappelé sans plus attendre, et après l'avoir longuement encore interrogé, il parcourut avec agitation la chambre où cette scène se passait, s'arrêta, et fixant un regard pénétrant sur son interlocuteur : « Qu'avez-vous pensé, lui dit-il, quand je vous ai ence voyé avec Murât dans la Péninsule?.... Bien ! je me « fie à vous, et vous allez voir que ce n'est point à « demi que je donne ma confiance S » Alors, s'ouvrant en effet sans réserve, il ajouta : « Qu'il ne devait pas <c souffrir plus longtemps qu'un Bourbon demeurât « sur un trône aussi puissant et aussi voisin de la « France! Qu'il y avait à cela trop de danger, non « pour lui, mais pour ses successeurs, et que le mocc ment d'y mettre ordre était venu ! » Dans cet entretien de plus d'une heure, il donna à ce général des instructions que les faits n'ont que trop divulguées. Après quoi, l'envisageant plus fixement encore : « Mais s'il survenait, reprit-il, quelque résistance, ré- « pondez, que feriez- vous? » C'était à dire sans doute : que ferait Murât? La réponse ayant été conforme à son attente, il le congédia par ces mots : « C'est bien ! ce repartez 1 vous m'avez compris ! »

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