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CHAPITRE VI

Cependant les renforts tirés de notre Grande Armée, la Garde impériale, des corps italiens, polonais et allemands de la Confédération du Rhin, avaient traversé rapidement toute la France. Us allaient, sans compter la Garde, porter à deux cent cinquante mille hommes , partagés en huit corps , sous Victor, Soult, Moncey, Sébastiani, Mortier, Ney, Saint-Cyr et Junot, notre armée d'Espagne.

Le Roi Joseph, alors sur l'Èbre et à Vittoria à la tête de soixante mille hommes, nous y avait attendus. Depuis sa retraite de Madrid sur Miranda, et après ses premiers découragements, il s'était efforcé, contre sa nature, d'imiter son frère. Mais, dans son inquiète agitation, ses essais de guerre, toujours indécis et sans à propos, avaient fatigué son armée sans résultat. Il s'était épuisé , tantôt sur l'un de ses flancs, tantôt sur l'autre , en velléités offensives , qui toutes , avant de joindre l'ennemi , avaient avorté.

D'autre part, dans la Péninsule entière, à un dé-

sespoir sublime, malgré sa férocité, avait succédé un espoir sans bornes. Une Junte centrale s'était formée; die avait armé et approvisionné les places de guerre; elle avait mis sur pied cent trente mille combattants, répartis en quatre corps : l'un, celui de Galice, ou de leur aile gauche, fort de quarante-cinq mille hommes, manœuvrait de Bilbao sur Mondragone, en arrière de Vittoria; celui du centre occupait Burgos , il était de vingt mille hommes ; l'aile droite , de cinquante-cinq mille hommes, bordait l'Èbre versTudela ; elle rêvait Je projet de se réunir à son aile gauche, en arrière du Roi Joseph. Douze autres mille hommes en réserve occupaient le Sommo-Sierra ; ceux-ci couvraient Madrid, que venaient aussi défendre trente-cinq mille Anglais, descendant du Portugal sur Salamanque et Valladolid.

Tel était l'état des choses quand Napoléon, traversant la France, tantôt en voiture, tantôt, comme dans les Landes, à franc étrier, puis la Biscaye à marches forcées, atteignit d'abord Bayonne, puis Villoria. 11 entra dans ces deux villes , agité par deux irritations toutes différentes : dans Bayonne, contre l'inexécution de ses ordres d'approvisionnements ; dans Vittoria , contre l'emportement de ses maréchaux. Ils étaient arrivés en présence des deux ailes espagnoles; et, au lieu d'en favoriser les mouvements imprudents par une inaction qu'il leur avait recommandée, ils venaient de les repousser in tempesti veinent. Celle faille, sans changer son plan d'attaque, en hâta l'exécution.

I^a résistance des quatre corps espagnols fut si peu digne de mémoire, qu'elle ne mérite guère un récit détaillé de leur défaite. l<e but de l'Empereur, pen-

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