CHAPITRE VII
« depuis longtemps, se mettront en marche, demain <t matin à trois heures, pour Burgos. J'arriverai trèsce incognito. Pourvu que je puisse faire mes affaires, « tout m'est égal ! Partez à minuit, de manière à pou- <c voir être arrivé à Burgos à la pointe du jour. Je « suppose que vous y serez à quatre heures , ou au « plus tard à cinq heures. J'arriverai à sept heures. « Je désire trouver, à une lieue de la ville, quelqu'un « qui m'indique où je dois aller. Sur ce je prie Dieu « qu'il vous ait en sa sainte et digne garde !
« Cubo, ce 10 novembre 1808, 7 heures du soir.
N « Napoléon. »
Cet ordre, que je ne reçus qu'après minuit, n'était point exécutable pour le petit quartier général de l'Empereur. Aussi, laissant tout derrière moi et courant à tous chevaux, à toute selle et à toute bride, au travers de la plus noire des nuits, j'atteignis Burgos vers six heures, au point du jour. Ses premières lueurs me montrèrent la grande route et les champs voisins couverts de cadavres d'Espagnols tués la veille, de moines encore en froc, armés et étendus à terre, de chevaux abattus, et de plusieurs de ces beaux chiens de chasse, si communs en ce pays, les uns gisant morts près de leurs maîtres , les autres hurlant, et cherchant celui qu'ils avaient perdu.
Quant à Burgos elle-même, prise de vive force, et presqu'entièrement vide de ses habitants, elle était en proie au pillage le plus actif : les portes des maisons enfoncées, les rues jonchées de vêtements épars , de débris d'ustensiles de ménage, de meubles brisés. Nos
soldats y fourmillaient courbés, les uns sous des amas d'effets précieux, plusieurs sous des sacs de quadruples ; tous étaient si ardents à cette curée, qu'à peine me fut-il possible de rassembler un bataillon pour prendre possession de l'archevêché, et y établir le quartier impérial.
Je n'avais point encore placé les premiers postes, que je vis arriver, seul avec son mamelouck et Savary, l'Empereur lui-même! U avait couru comme moi toute la nuit ; il arrivait à toute bride, couvert de boue, et mourant de faim , de froid et de fatigue. Cet archevêché n'avait guère été plus épargné que le reste de la ville. L'appartement destiné à l'Empereur était encore tout bouleversé, sali d'éclats de bouteilles , de flaques de vin répandu, et de meubles défoncés; nous y remimes d'abord quelque ordre ; puis Savary, ayant été préparer quelques vivres avec Rustan , me laissa seul avec l'Empereur qui m'aida à allumer son feu.
J'achevais, à la lueur d'une chandelle , de remplir ce soin, quand Napoléon, dont l'odorat très-fin supportait mal l'infection des restes du pillage, m'appela pour ouvrir une croisée près de laquelle il venait de s'asseoir. J'accourus fort heureusement, et nous en tirâmes d'abord les rideaux; mais quelle surprise! Derrière ces rideaux trois Espagnols, tout armés, debout , immobiles , se tenaient adossés et collés contre les volets, soit qu'ils se fussent réfugiés là pour échapper à nos pillards , ou qu'eux-mêmes y fussent venus piller, ce dont on accusait leur armée comme la nôtre. Depuis au moins dix minutes que Napoléon, seul avec moi, était là sans défiance, tantôt assis, tan*