CHAPITRE XI
Le lendemain de ce rude choc, le Ier décembre 1808, lui-même, à la tête de son avanNgarde, s'était rapidement avancé sur Madrid, pour y prévenir les vaincus de la veille et ceux de l'armée de Castanos. Il s'attendait, à chaque pas, à voir venir au-devant de lui une députation suppliante; mais à son aspect il ne sortit de cette capitale qu'une effroyable clameur, formée des vociférations de cent mille hommes et des cloches de deux cents églises, ébranlant l'air toutes à la fois! Cette absurde population s'exaltait de cet infernal vacarme , dont elle s'imaginait étonner, vaincre et faire reculer notre Grande Armée victorieuse. La populace y dominait. Elle déchira d'abord en lambeaux, pours'exciter,run de ses plus vieux généraux, qu'elleac-
cusait d'une trahison invraisemblable, et força les autres à nous résister. Les premières sommations furent donc repoussées : on reçut à coups de feu nos parlementaires; mais le surlendemain, Le Retirô, position dominante, ayant été emporté d'assaut, puis un premier hôtel envahi, et ses défenseurs exécutés militairement, quand le reste se vit. exposé à être traité de même, Madrid se soumit aussitôt.
Il est vrai que, en cette occasion, comme il importait de notre côté de finir vite et de conserver à tout prix, les avances ne furent point épargnées. On avait même laissé, pour fuir, aux plus compromis dans la révolte, une issue ouverte. Les insurgés andaloux et les troupes de ligne en profitèrent; les habitants et plusieurs grands personnages étaient demeurés. Grands sans grandeur, après avoir accepté le nouveau Roi, ils 1 avaient abandonné avec la victoire, et, fidèles à la victoire, avec elle ils comptaient lui revenir; mais on les traita de transfuges, on s'en saisit, et ils furent envoyés en France comme prisonniers d'État.
Il y eut ici plusieurs scènes violentes : Tune avec Morla , l'un des vainqueurs de Baylen , qui en avait ^iolé la capitulation et que pourtant on épargna ; l'autre , où le Duc de Saint-Simon , traité d'émigré français pris les armes à la main contre la France, fut menacé d'être fusillé, et dut, comme on s'y attendait, sa grâce aux larmes de sa fille.
Dans cette circonstance, et selon l'habitude de Napoléon, il y eut du calcul dans sa colère. On savait qu'elle s'évaporait , en paroles et s'apaisait dès que l'effet qu'il en attendait était produit. Il en fut de même