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CHAPITRE XI

lorsque, sous l'uniforme ennemi, il reconnut plusieurs des nôtres pris à Baylen. Dans son indignation il allait sévir, mais sa colère changea d'objet quand ces infortunés , au lieu de se défendre , accusèrent un officier espagnol présent et prisonnier à son tour, et montrèrent les traces des tortures qu'il leur avait fait subir, pour les forcer à s'enrôler sous les drapeaux qui les avaient vaincus.

Du reste nos troupes furent casernées , et la ville protégée; un soldat de notre jeune Garde fut même passé par les armes pour un pillage insignifiant. On n'y gagna rien. Madrid n'en fut pas plus reconnaissante; il fallut solliciter d'elle en quelque sorte la déclaration d'une soumission volontaire. Il n'arrivait d'ailleurs d'adhésions d'aucun côté , et partout les assassinats continuaient! L'Empereur comprit alors surtout la difficulté de la conquête, et combien son frère y serait impropre; lui qui, manquant de cette confiance en soi sans laquelle on n'en inspire point aux autres , ne songeait qu'à plaire , à se faire aimer, au milieu du peuple qui savait le moins respecter sans craindre, et à qui la crainte était si difficile à imposer.

Pour tout dire, depuis que le désastre de Baylen avait forcé Napoléon d'appeler, de Berlin à Madrid, l'élite de la Grande Armée , l'Espagne commençait à lui coûter si cher, que l'idée lui était venue de ne plus dépenser autant de sang et d'argent pour un autre que pour lui-nféme. Sébastiani assure qu'à Chamartin , devant Madrid , pendant les premiers jours que l'Empereur y resta, cette tentation fut plus que jamais dominante encore. Je tiens de ce général

qu'il en avait déjà reçu la confidence, lorsqu'à Paris, après Baylen, l'Empereur se préparait à l'entrevue d'Erfurt. On sait que, à la fin de cette conversation si remarquable, et déjà connue par l'histoire de Napoléon et de la Grande Armée en 1812, il avait dit à cet ambassadeur : ce Qu'il réunirait l'Espagne à la « France! — Comment donc! s'était écrié Sébas- « tiani, la réunir! Et votre frère ? — Bon! eh qu'im- « porte mon frère ! avait repris Napoléon. Est-ce qu'on « donne un Royaume comme l'Espagne? Je veux h « réunir à la France; je lui donnerai une grande « représentation nationale; j'y ferai consentir l'Em- « pereur Alexandre, en le laissant s'emparer de k « Turquie jusqu'au Danube; quant à Joseph , je le a dédommagerai. »

Sébastiani, étonné, n'avait répondu que par son silence , pensant, sans oser le faire observer, que sagrandir ainsi, outre mesure, c'était former une masse si gigantesque, que le génie seul de Napoléon pourrait l'embrasser et la diriger; que c'était mettre toutl'Empire en soi, et, de durable qu'il eût pu être, le rendre impossible après soi.

Toutefois cet ambassadeur avait espéré que ce n'était là qu'un projet vague, comme tant d'autres qu'on ébauche, et dont l'exécution dépend d'une multitude de circonstances; il n'en était pourtant pas ainsi. Et en effet Sébastiani ajoute que l'Empereur, à peine maître de Madrid, essaya de réaliser ce projet; il affirme même qu'il dicta le décret de réunion , et somma Urquizo de le signer. Mais ce ministre s'y refusa ; il en avertit Joseph ; le Roi accourut de Burgos

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