CHAPITRE II. 3S
avant que les nouveaux ennemis qu'il attaque aient pu apprendre ou s'expliquer sa victoire de la veille ! Voilà comme il reste maître de sa conception première, se multipliant, frappant à coups redoublés, d'un jour à l'autre, face au levant, puis au sud, puis le lendemain au nord, et à douze lieues de distance du combat de la veille , un ennemi plus nombreux , mais qu'ainsi par* tout il surprend , étonne , et accable du fort au faible !
Non , jamais l'histoire antique et moderne n'avait • montré une prévision aussi nette et aussi soutenue, une main aussi ferme et aussi prompte à remuer, en des sens si divers, et avec tant d'ensemble, de rapidité et d'à-propos, d'aussi fortes masses ! Et qu'on ne suppose point ici de témérités à la Charles XII. Ses instructions vivent pour attester, que, en cas d'échec, tous ses points d'appuis étaient préparés, ses voies de retraite annoncées d'avance, enfin toutes ses précautions prises avec la prudetice la plus prévoyante!
Remarquons ^ncore ici le choix des hommes, celui de l'habile, du sage et tenace Davout, avec seulement vingt-cinq mille hommes, pour attirer sur lui et retenir sur le Danube, du 20 au 22 avril, cent mille Autrichiens et leur Archiduc, c'est-à-dire les deux tiers de cette armée, pendant que Napoléon, avec l'impétueux maréchal Lannes et le rude et brave Lefebvre , que plus tard Masséna doit rejoindre, en séparera l'autre tiers, l'écrasera et s'emparera de la ligne d'opérations du Prince ennemi , qu'il reviendra achever, sur le Danube, de concert avec Davout!
De même encore , dans le second acte de cette guerre , ce sera Davout qu'il détachera sur les pas de
l'Archiduc, d'abord pour le retenir en Bohême et sur la rive gauche du Danube ; après quoi, rappelant ce maréchal sur l'autre rive, il le chargera d'en observer tous les passages , pendant que lui-même , avec ses plus ardents lieutenants, ainsi couverts par le fleuve , se hâtera, se précipitera, et devancera l'Archiduc Charles jusque dans Vienne.