‹ Histoire et mémoiresChapitre 182 sur 266 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

rut se montrer à ses régiments. Alors, pour les mieux rassurer, se distrayant du mal qu'il éprouve par le bien dont il les comble, il parcourt leurs rangs, il les exalte d'amour et d'orgueil en leur montrant leur Empereur blessé comme eux et au milieu d'eux! Cette communauté de périls avec leur grand homme va donner à ces dangers et à leurs propres blessures, une illustration plus grande. Leurs ambulances, et jusques aux linges à pansement dont leur sac est pourvu, en sont ennoblis. Lui-même se sent là plus que jamais uni aux siens; il les interroge, il écoute ses moindres soldats. L'un d'eux lui répondit, qu'il devait le reconnaître. « Et pourquoi, lui répliqua Na- « poléon? — Parce que, en Syrie, dans la famine « du désert , c'est moi qui vous ai donné une pasce tèque! » Napoléon, le reconnaissant en effet et le frappant amicalement sur la joue, reprit : « C'est vrai ! « Sois donc chevalier, tu l'as bien gagné , et avec a douze cents francs de dotation ! Mais qu'en feras- « tu? » Le soldat repartit : ce Je les boirai avec les cacc marades, à votre santé, et pour que Dieu nous con- « serve votre vie qui nous est si nécessaire! » A ce vœu , plus vif encore après un premier moment d'alarme, tous enchantés s'écrièrent : Vive V Empereur \ On remarqua surtout l'épanchement de son cœur reconnaissant au milieu du iome de ligne. Pressés par ses interrogations , les officiers de ce régiment lui désignèrent , comme le plus brave, leur adjudant-major. C'était un officier grêle, de petite stature, et roux. Ce détail, des témoins présents et vivant encore peuvent l'attester, ce Toi, le plus brave ! s'écria Napoléon.

a Eh bien, puisqu'ils le disent tous, je te fais Baron y « et avec quatre mille francs de rentes 1 * L'adjudant répondit : « Merci, mon Empereur; ma mère va être « bien fière et bien heureuse ! »

Il popularisait ainsi des titres qu'il faisait renaître au profit de tous. Une acclamation générale applaudissait à cette faveur, lorsque d'autres cris, ceux d'une attaque, lui firent détourner la tête. C'étaient les soldats du maréchal Lannes trois fois repoussés, et qu'un élan de valeur du maréchal ramenait à l'assaut de Ratisbonne , dont ils escaladaient les remparts r renversant , tuant, faisant prisonniers huit bataillons qui les défendaient , et terminant ainsi la première phase de cette campagne !

Elle en eut cinq. On vient de voir la première. La seconde est la marche sur Vienne et la prise de cette capitale; la troisième, l'héroïque défaite d'Essling; la quatrième, la victoire de Wagram ; la cinquième enfin, le long séjour, la tentative d'assassinat, et Va paix de Schœnbrûnn.

Dans les cinq journées de là première, ce qui est plus admirable encore que la conception, c'est l'exécution 1 C'est d'abord le parti que l'Empereur a su tirer de la dispersion de ses forces ; c'est, chaque soir, au milieu même des feux du combat qu'il achève sur un point, comment, déjà retournant sa pensée vers un autre point , il prépare tout pour le succès du jour suivant ; comme il dispose de ses différents corps en marche pour le rejoindre , selon l'à-propos de leur position : soit en tête de colonne , soit en réserve , pour arriver à temps sur le champ de bataille du lendemain,

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