CHAPITRE III. 3S
Les trois premiers, donnés à un prétendu repos, servirent à mettre au courant sa correspondance pour les affaires intérieures et extérieures de l'Empire ; à rallier ses corps; à exciter ses alliés; à assurer ses munitions de toute nature et la marche de ses renforts sur sa ligne d'opérations. Dans les sept jours suivants, s'avança nt parallèlement à Davout et à Masséna , il marcha sur Lembach par Landshult , Mùhldorf et Burghausen. 11 était le 3 mai à cheval dans Wels, devant la Traun. Cette rivière est une ligne de défense importante pour l'Autriche par sa force intrinsèque , la rive droite dominant la rive gauche, et parce qu'elle couvre un pont sur le Danube. 11 y fallait prévenir.un retour possible de l'Archiduc Charles. En ce moment Masséna en forçait les abords et le passage, à quelques lieues au-dessous de l'Empereur, sur la chaussée et les longs ponts à demi brûlés d'Ebersberg.
Au bruit, qui remontait jusqu'à lui, du canon de ce maréchal, Napoléon, jugeant l'affaire sérieuse, jeta Durosnel et sa cavalerie sur l'autre bord ; puis, le suivant avec Lannes et deux divisions, il descendit la Traun , tournant ainsi la position d'Ebersberg par la rive droite.
Lorsqu'il y arriva le combat était fini, les ponts enlevés, Ebersberg pris , Hiller vaincu et repoussé ; mais quelle victoire! quel échec n'eût été moins déplorable, à Ja gloire près! Quatre mille hommes, le tiers de Corses, y avaient été sacrifiés, et inutilement, puisque le passage de l'Empereur à Wels eût suffi pour faire abandonner à Hiller cette forte position !
Jamais scène de carnage n'offrit aux yeux de Napo-
*3t LIVRE VINGT-QUATRIÈME.
léon un aspect aussi révoltant! Les premières ^victimes, les moins malheureuses, avaient été blessées et noyées au passage des longs ponts; le reste , au delà, dans la ville prise et reprise , et dans un chemin creux qui en débouche, avait été abattu par le feu dominant de, l'ennemi , puis achevé à coups de baïonnette , et brûlé par l'incendie des maisons, puis écrasé par notre propre artillerie, qu'il avait fallu pousser en avant pour faire cesser le massacre. Quand l'Empereur y arriva, la place, les rues, et ce chemin creux surtout, lui montrèrent le hideux spectacle d'un amas boueux de sang et de chair humaine brûlée , broyée , sans forme aucune, d'une odeur infecte, et où les pieds des chevaux s'enfonçaient horriblement ! 11 fallut se servir de pelles pour déblayer le passage de ces débris informes d'officiers et de soldats hachés , écrasés , consumés pêleipêle, et les enterrer!
Saisi d'horreur à chaque pas, l'Empereur consterné ne pouvait contenir son affliction : il la laissait éclater tantôt en reproches, tantôt en exclamations douloureuses ! Mais telle était alors la passion de la gloire, l'en-train des esprits , et l'ivresse de la victoire , qu'à l'un de ses cris de détresse un soldat corse, resté debout, répondit : « Bah ! allons toujours ! il en reste bien « assez de nous pour vaincre une fois encore ! »
C'était , après Masséna , le général Mouton , aide de camp de l'Empereur, et depuis comte et maréchal de Lobau, qui, de même qu'au pont de Landshutt, commandant par l'exemple, avait commencé l'enlèvement de cette position. Mais ce n'était point à lui , c'était à l'extravagance de courage d'un gé-