‹ Histoire et mémoiresChapitre 186 sur 266 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

néral héritier d'un nom célèbre , au général de brigade Cohorn, qu'on avait à reprocher ce glorieux mais affreux désastre. Il avait eu la tête de cette attaque. Or, les ponts et la ville envahis, au lieu de défendre sa conquête à la faveur des haies , du terrain coupé des environs , et d'y attendre des renforts , il avait osé déboucher seul contre toute l'armée ennemie, par ce chemin creux , où , repoussé et renversé , le massacre au milieu d'un incendie l'avait écrasé. Malheureusement encore le reste de la division (celle de Claparède) , accouru vainement à son secours dans cette ville brûlante, y avait été décimé!

Ce fut Legrand, l'un de nos plus célèbres généraux d'infanterie, qui nous rendit la victoire. Il se précipita avec sa division au travers de tous ces feux qu'il éteignit : ceux du château d'Ebersberg, en en faisant rompre les portes à coups de hache et massacrer la garnison; ceux de l'armée de Hiller, en la chassant de sa position dominante , d'où ce général , apercevant nos renforts qui arrivaient sur les de\\x rives, se retira.

Quant aux deux ponts sur le Danube , au-dessous et au-dessus de la Traun, l'un avant l'autre pendant ce combat , avaient été brûlés par un corps détaché de l'Archiduc Charles.

Masséna, pour s'excuser, allégua Lodi et l'apparition de ce corps de l'Archiduc dont il avait voulu prévenir la jonction avec Hiller. Mais cet emportement de valeur irréfléchie avait encore une autre cause. Ce corps d'armée n'avait pas eu, dans les jours précédents, l'occasion de se distinguer: bien plus, Cohorn était de la

division Claparède, naguère accusée d'une lenteur sans laquelle la retraite de Hiller, derrière Viser à Landshutt , eût pu être tournée par cette division ; et l'on dît que Cohorn , jaloux de l'honneur du corps dont il faisait partie, avait voulu trop, à Ebersberg, réparer la faute de Landshutt.

L'Empereur, inconsolable de cette boucherie, la reprocha à ce général, mais avec les ménagements que tant d'intrépidité exigeait. Un même motif lui fit éviter Masséna. Quant à Legrand, qui s'était sacrifié pour ressaisir la victoire perdue pendant trois heures, on n'avait que des éloges à lui donner. Napoléon se hâta d'expédier les ordres indispensables; puis, retiré dans son quartier, seul avec le général Mouton, de qui je tiens ces détails, il n'y voulut voir personne, pas même Berthier. Là , dans l'accablement de sa douleur, il gémit toute la nuit sur le sort de ses malheureux soldats ; s'abandonnant à la révolte de son cœur, mais sans autres témoins, pour ne pas décourager.

On croit aussi qu'il se reprocha d'avoir trop échauffé l'impétuosité, alors pourtant encore toute vive, de Masséna. Et réellement , jamais il n'avait autant excité l'ardeur de ses lieutenants que depuis le début de cette campagne. Dans cette dernière occasion son motif fut la crainte d'être devancé par l'Archiduc; d'ailleurs l'espoir renaissant de ses ennemis, depuis l'insurrection espagnole , augmentait partout la nécessité des grands et rapides succès; peut-être aussi s'était-il aperçu que plusieurs des siens , déjà moins jeunes , fatigués de guerres et blasés sur la gloire, commençaient à se ménager. Au reste un fait qu'on remarquera dans la suite

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