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CHAPITRE V

Le lendemain et lesjourssuivants, l'armée ennemie, si mal à propos dispersée avant la bataille , essaya vainement de se réunir dans sa déroute. L'armée française au contraire , qui s'était concentrée pour combattre et vaincre , se divisa pour poursuivre et achever. Pendant que Murât , Soult et Ney , dans leur marche rapide sur trois colonnes, entre la Fulde et là Saale, dévorent, du sud au nord, tout l'espace compris depuis Erfurt et Weymar jusqu'à Magdebourg, et que les corps de Mortier et du Roi de Hollande, accourent de l'ouest , l'Empereur, avec Augereau, Lannes, Davout, Bernadotte et sa Garde, marche, de Nauembourg à Leipsick , au travers de l'Elbe , par Dessau et Wittemberg, droit sur Berlin. En dix jours , l'intervalle du Rhin à l'Elbe , celui de l'Elbe à i'Oder, auront été envahis; la Saxe, épargnée avec son armée prisonnière qui lui est généreusement rendue , se ralliera à la Confédération Rhénane ; Spandau se rendra , Berlin sera pris !

Cependant les débris prussiens , échappés à Iéna , à Àuerstœdt, et la réserve elle-même, à moitié détruite

"à Halle deux jours après, se sont réfugiés sous Mag~ debourg. Hohenloe espère y reformer en année une foule informe de soixante mille fuyards et de vingt mille chevaux , sans vivres , sans organisation , sans autre lien que la déroute. Mais à peipe y est-il arrivé qu'il voit paraître Ney , Soult et Murât ; et qu'aussitôt, brusquement attaqué , il est rejeté et entassé en désordre dans cette grande citadelle. Il s'en échappe le 23 octobre au delà de l'Elbe : son but est de se réfugier à Stettin, derrière l'Oder. Mais là encore , malgré l'épreuve de l'impétuosité française qu'il vient de subir, sa lenteur allemande prédomine. Au lieu dé sauver ses restes à marches forcées, il les disperse en les cantonnant chaque nuit; et Murât, tout contraint qu'il est par l'Elbe à faire un long détour au sud pour le suivre , le prévient encore dans le nord à Zehdenick, puis à Prenslow, où, le 2& octobre, soutenu par Lannes arrivant en toute hâte de Spandau qu'il vient de prendre , il le coupe de Stettin et lui fait mettre bas les armes !

Hohenloe se rendit avec quarante-cinq drapeaux f soixante et douze canons, et vingt-cinq mille hommes. Parmi eux se trouvait le régiment des gendarmes de la Garde, celui-là même dont les officiers avaient insulté dans Berlin notre ministre , en aiguisant leurs sabres sur les bornes de sa demeure !

Il semble que la Prusse entière ait perdu la tête l Spandau, avec ses quatre-vingts canons, s'était rendu sans coup férir, le a5 octobre ; le 29 Stettin , avec ses cent cinquante canons et sa garnison de six mille hommes, après s'être stupidement fermée à la fuite

de plusieurs des siens , s'ouvre devant les sabres de Lasalle et de notre cavalerie légère ! Custrin avait quatre cents canons et quatre mille hommes; elle cède éperdument à la première fanfaronnade d'une brigade de Gudin ; le gouverneur était séparé des nôtres par le fleuve, et c'est lui-même qui s'empresse de nous envoyer ses bateaux pour se faire prendre. Magdebourg même enfin , pleine de six cents canons et de vingt mille hommes, n'en succombera pas moins le 8 novembre : il suffira de quelques bombes et obus du maréchal Ney , dont le corps d'armée est moins nombreux que la garnison de cette célèbre forteresse 1

En ce moment, et par une dernière et sanglante catastrophe, la réputation de Blùcher commença. Le surlendemain d'Auerstœdt , ce général d'échauffourées s'était échappé des mains de Klein en déclarant faussement, sur son honneur, l'existence d'un armistice. Dans la fuite de Magdebourg à Stettin il avait été Tune des causes du désastre d'Hohenloe, qu'il eût peutêtre sauvé s'il se fût rallié à temps à ce général. Il se dérobait inaperçu, quand le hasard lui fait rencontrer, à Kratzenboujrg , le dernier reste errant de l'armée prussienne, que jusque-là d'habiles manœuvres dû Duc de Weymar avaient sauvé. Blûcher se voit à la tête de vingt-trois mille hommes. C'est alors , malgré l'absurdité de sa fuite sur Schwerin , et quoiqu'il ait manqué l'occasion de livrer bataille du fort au faible , que commence sa renommée par deux combats d'arrière-garde bien soutenus. Après quoi , mieux inspiré mais trop tard , il veut se diriger sur Rostock où déjà l'infatigable Murât l'a prévenu. Rejeté sur Lubeck

ce chef errant et sans retraite s'en saisit. Il se fait de cette ville libre un champ de bataille : il y soutient, le 6 novembre, un assaut furieux contre Soult et Bernadotte ; et , le lendemain 7, acculé contre le Danemark , il capitule enfin, le dernier de tous ! Dernier soupir de l'armée prussienne , vaincue dans les plaines d'Iéna etd'Auerstœdt, et achevée, vingt-deux jours après, sur les bords de la Baltique, où Blûcher laisse encore entre nos mains cent quatre canons, soixante-trois drapeaux, et vingt-deux mille hommes!

La guerre avait commencé le 8 octobre ; le 8 novembre , en un seul mois , le Royaume de Prusse était conquis; son armée entière avait cessé d'exister; la plupart de-ses forteresses étaient prises. Tels furent les résultats de la double bataille du i4 octobre. L'Angleterre, placée si heureusement pour attendre, put seule ne pas s'émouvoir de ce désastre; elle put espérer que le vainqueur s'enivrerait de tant de gloire; que, comme les hommes longtemps heureux , il ne saurait plus s'arrêter; et que, si les uns avaient succombé par la défaite , lui se perdrait par la victoire; sans songer pour elle-même, au milieu de l'énorm%extension de sa propre puissance , à cette fin commune , où, tôt ou tard, toutes ces ambitions humaines, soit individuelles , soit collectives, viennent s'abimerl

Cette époque est, sous divers points de vue, à considérer. Et d'abord, en dépit des exemples récents d'Ulin et d'Austerlitz, c'est un fait que les étrangers de l'âge précédant le nôtre, nés au bruit de la renommée du Grand Frédéric , n'avaient guère douté de la victoire de son armée, tant les premières impressions

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