CHAPITRE I
ainsi pour les gens d'états plus rassis, auxquels cette vie si chanceuse ne convenait guère , et que les nouvelles de chaque jour n'avaient point rassurés sur le lendemain. Là, et surtout parmi les hommes faits aux révolutions, il était impossible que tant d'excès de force et, d'audace du Chef qui avait entraîné ou do-, miné tant d'intérêts divers ; que ces absences si périlleuses , et dévenues de plus en plus longues , que ce risque continuel de soi-même et de sa cause, n'eussent point trop éprouvé la fidélité, ou tenté par trop la haine. Il en était résulté que plusieurs avaient songé à un avenir séparé du sien.
On en avait eu la preuve dès Marengo , Austerlitz et Iéna , puis aux temps de Vrensshich , Eylau , et plus encore lorsque, en Espagne, à l'inquiétude de tous les périls du climat et des combats s'était jointe l'appréhension des poignards;. péninsulaires.
Déjà, et dès le séjour forcé de l'Empereur à Varsovie après Vultusk, au commencement de 1807, une lettre mystérieuse de Talleyran^ à Murât avait, dit-on, préparé ce Prince à convoiter la succession.de son beau-frère. De là l'empressement de Napoléon, secrètement instruit de ce fait, à saisir, après Tilsitt, la première velléité de Talleyrand de déposer le poids de son portefeuille. Ce ministre s'était imaginé qu'on lui en conserverait de plus haut la direction; mais il s'en vit complètement séparé dès le lendemain. C'est à ce désappointement que les hommes d'alors les mieux instruits imputent sa première défection. Ceux-là affirment encore aujourd'hui, que, dès le congrès d'Erfurt, et par l'entremise d'une Princesse étran-
gère, Talleyrand fit pressentir à l'Empereur Alexandre qu'il était temps de se préparer au résultat , inévitablement prochain , d'une trop aventureuse ambition.
Ils ajoutent que, à la fin de 1808, quand l'Empereur, • avant de partir pour reconquérir l'Espagne, pressa si fort le départ de Murât pour Naples, ce fut surtout par l'inquiétude dés intrigues qu'excitait déjà dans Paris la prévision des périls qu'il allait affronter dans la Péninsule Ibérienne.
Ces pratiques avaient redoublé pendant le séjour de Napoléon à Burgos et à Madrid. L'opinion qu'il n'en sortirait pas vivant s'était si bien établie dans la capitale, qu'on y avait vu Talleyrand et Fouché, brouillés jusque-là , se rapprocher ouvertement. L'alliance avouée de ces deux personnages parut alors si menaçante , elle eut un éclat si grand, elle sembla tellement significative à l'Empereur, quand Lavalette lui en transmit la nouvelle à Valladolid, qu'il faut attribuer à ce rapport, autant qu'aux avis reçus de Vienne, la fabuleuse rapidité de son retour à Paris : réapparition qui déconcerta, comme à l'ordinaire, et suspendit toutes ces machinations.
Mais bientôt, avec la campagne d'Autriche de 1809, s'était rouverte la campagne des mécontents de l'intérieur. Cette fois encore, et plus que jamais comme on l'a vu, les chances de Tune avaient excité l'activité de l'autre. En effet, qu'on se rappelle la blessure de Ratisbonne; le malheur d'Essling; le mal subit, puis la tentative d'assassinat de Schenbrûnn; les soulèvements du nord et du sud de l'Allemagne ; ce qu il y