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CHAPITRE I

L'année 1809 va finir. Voici l'Empereur rentré en France, pour n'en plus ressortir, les armes encore à la main, qu'au printemps de 18 12. Entraîné par l'enchaînement des affaires extérieures , et par l'habitude de suivre, autant qu'il se peut sans interruption, le cours de chaque grand événement jusqu'à son terme , j'ai remis à ce moment le récit de quelques affaires du dedans, intérieur d'autant plus fertile en intrigues que le dehors l'a été en guerres.

Cet état d'hostilités continuel, convenons-en, devait être imputé , avant comme après le meurtre de Vincennes, à nos extensions successives de territoire et à ces créations de Royaumes de famille, qui avaient perdu la paix de réputation. Mais d'autre part on pouvait aussi l'attribuer : à l'acharnement de l'Angleterre , depuis que des bouches de l'Escaut nous menacions celles de la Tamise ; aux regrets de l'Autriche, de plus en plus mutilée depuis 1 797 ; comme encore à la première cause de toutes ces guerres : c'était tou-

jours la lutte de la Contre-Révolution avec la Révolution, de l'inégalité contre l'égalité, enfin de l'Aristocratie et de la monarchie héréditaire contre la Démocratie et la monarchie élective , lutte qui n'est point près de finir encore.

Jusqu'en 1808 telle avait été la situation à l'extérieur; et, quels qu'eussent été les entraînements de la victoire , il est permis de dire qu'en somme le droit était de notre côté. Mais, il faut l'avouer, la malheureuse affaire d'Espagne, en aggravant tout, avait changé moralement et matériellement notre position; ainsi affaiblie et compromise, le violent enlèvement du Pape venait d'achever de gâter une cause dont la force seule, désormais, était le soutien.

L'intérieur n'avait pu manquer de s'en ressentir. Après tant de levées d'hommes depuis quinze ans pour défendre la cause nationale, les levées nouvelles, prodiguées à l'envahissement de l'Espagne, mécontentaient. On réprouvait le fond , la forme , les effets de cette ambitieuse , injuste et ruineuse entreprise , à laquelle on imputait aussi ce dernier effort de l'Autriche, dont la défaite venait d'être si coûteuse.

Ainsi, mécontentements commerciaux et religieux, irritation des familles épuisées par la conscription, voila pour le peuple. Mais, plus près de Napoléon , jusque dans sa Cour, à ces mêmes réprobations, à quelques mécomptes ambitieux s'était ajoutée une autre disposition. Pour la plupart de nous, gens de guerre qui partagions les fatigues , les dangers et la gloire de notre Chef, notre existence étant exclusivement liée à la sienne, rien n'était changé. Il n'en pouvait avoir été

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