‹ Histoire et mémoiresChapitre 228 sur 266 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

à des réponses qui eussent trop ressemblé à une dénonciation.

. Le surlendemain cependant , dans une causerie sur ce sujet avec le grand maréchal Duroc, moins sur mes gardes je m'aperçus, à la façon dont il m'écoutait, que cet entretien pourrait aller plus haut et plus loin que je n'en avais eu l'intention. En effet, dès le jour suivant, je vis arriver à Fontainebleau les deux ministres : Glarck d'abord , qui sortit fort échauffé du cabinet de l'Empereur, et Fouché ensuite, dont l'entretien avec Napoléon dura plus longtemps. Or je n'ignorais pas que, en pareille circonstance, l'Empereur avait l'habitude de citer, à l'appui de ses reproches , les noms de ceux dont l'opinion et les paroles avaient éveillé son attention. Je surveillai donc la sortie de Fouché , afin de m'asstirer par sa contenance, au premier moment où U m'apercevrait, si mes épanchements de la veille ne m'auraient pas fait un ennemi fâcheux de ce ministre.

Cette appréhension, ne tarda pas à se réaliser. Fouché sort; et du coin de l'œil" me voyant là, sans fc paraître m'aperce voir, il parcourt d'abord vivement ce salon avec son agitation accoutumée. Pour moi, négligemment appuyé contre la console de marbre qui fait encore face à ta cheminée, j'attendais silencieusement et de pied fermé, lorsqu'enfin, venant directement à moi, il m'interpelle, et me propose brusquement une promenade dans la forêt. J'acceptai, préférant à une rancune sournoise , dangereuse dans un chef de police, une explication, quelque orageuse qu'elle pût être.

La voici, telle qu'avec son astuce habituelle il jugea à propos de me la donner. Probablement l'Empereur, en raison de mes confidences au grand maréchal, venait, dans l'amertume de ses reproches, de rappeler à son ministre sa triste renommée, sans la décolorer de ces teintes sanglantes et révolutionnaires dont le public et Clarck la surchargeaient. Voilà sans doute pourquoi, espérant se réhabiliter, le premier besoin de Fouché, encore tout chaud de cette scène, fut de me raconter sa vie entière, récit que je retrouve dans mes notes écrites ce jour-là même, tant il me parut curieux à conserver.

« Monsieur de Ségur, me dit-il, on fait sur moi bien « des suppositions et beaucoup de contes. On prétend « que j'ai été prêtre et que je suis marié à une reliée gieuse. La vérité est , qu'élevé à l'Oratoire, je n'y ai « pas même-été tonsuré ; et pour mon mariage, qu'il a « eu lieu en 1789, époque où les prêtres ne se maie riaient pas et où l'on n'épousait point des religieuses.

« On fait encore à mon propos une autre supposi- « tion non moins absurde : on me prétend révoluce tionnaire! On cite Lyon ! Il y a dans tout cela, igno ' t< rance, confusion , anachronisme. Qu'il ait alors fallu <* hurler plus ou moins avec les loups, se soumettre à « des nécessités de circonstance , cela se conçoit ; mais a le fait est que , envoyé là , après le sac de cette ville, « j'en revins révolté, avec un rapport contre Robesce pierre, et que, à dater de ce moment jusqu'au 9 ce thermidor, je fus son rival déclaré !

ce Robespierre s'était établi aux Jacobins, et moi « dans les Comités, d'où je le chassai; vous allez voir!

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