CHAPITRE III
Cependant, si la paix se rétablissait avec V Au triche, il en était autrement à Paris dans le Conseil. IciClarck triomphant et Fouché battu étaient restés en présence. Ils continuaient à lutter l'un contre l'autre dans l'esprit de l'Empereur. A entendre Clarck, il était certain que Fouché avait des rapports secrets avec l'Angleterre, et que d'Anvers Bernadotte entretenait, avec lui et d'autres mécontents,. des correspondances séditieuses. Il en advint que Bernadotte, remplacé par Bessières, fut rappelé avec l'ordre de voyager ou de retourner à Schœnbrûnn, puis d'aller prendre un commandement en Catalogne. L'étoile de ce maréchal lui fit préférer le quartier impérial. Ce fut là que Napoléon, bien moins vindicatif qu'on ne pense, lui offrit le Gouvernement de Rome, d'abord accepté, puis négligé comme un exil , et enfin dédaigné. On verra plus tard la perspective du trône de Suède venir, comme une réalisation des rêves des Mille et mie Nuits, s'offrir à l'ambition de ce personnage.
La querelle des deux ministres en était là, lorsque, au milieu de la nuit du 26 au 27 octobre, l'ordre d'aller promptement recevoir l'Empereur à Fontainebleau me réveilla. J'y arrivai de grand matin par une porte , au même moment où par l'autre l'Empereur, revenant d'Allemagne, y entrait tout seul aussi
de son côté. Harassé de fatigue, il se mit aussitôt dans son lit, près duquel il me fit appeler à l'instant même. Ses premiers mots furent une vive interpellation sur ce qu'avait été, dans Paris, toute cette garde nationale. Je répondis : qu'elle avait été insignifiante , sans aucune volonté ; que bien plus , sans Teniploi de moyens coercitifs et le bruit qu'on avait fait courir de la possibilité d'une émeute de cent mille ouvriers des faubourgs, aucun citoyen ne se serait présenté ; qu'aussi le licenciement s'en était effectué à la satisfaction universelle. Quant au corps dont j'avais été chargé, j'en dis la composition, je n en dissimulai pas l'esprit d'abord hostile , l'excusant sur le mécontentement assez naturel des banquiers et des commerçants en temps de guerre.
L'Empereur m'interrompit par des récriminations contre cette classe de ses sujets, qu'il croyait lui être hostile. Je le calmai en lui rendant compte des sentiments meilleurs dans lesquels nous nous étions séparés. Mais alors quelques noms de ceux qu'il savait lui être contraires ayant été prononcés, sa colère contre eux se ranima; elle devin* même menaçante. Il s'agissait, il est vrai, d'homme^ ardents, agressifs, fort maldisants, mais pleins d amour-propre et donnant prise sur eux de ce côté. J'en fis l'observation, ajoutant qu'il suffirait, pour les regagner, de quelques faveurs, et que je m'en étais assuré. Il sç mit là-dessus à réfléchir; j'en profitai pour me retirer, satisfait qu'il 'n'eût point songé à m'interroger $ur la querelle des deux ministres, dont, par prudence, je ne me souciais nullement de me mêler. J'échappais d'ailleurs, ainsi,