CHAPITRE VI. 45t
de ligne. Sur les chantiers d'Anvers, vingt et un vaisseaux étaient en construction; son port en pouvait contenir cinquante. Partout le cours du fleuve , fortement défendu , leur avait été rendu navigable jusqu'à son embouchure, où cent vaisseaux, qu'il ne cessait d'apprêter dans tous ses ports, eussent pu être rassemblés à l'abri de l'ennemi et des tempêtes. Sur ses deux rives , la ville elle-même , accrue du double, et pourvue de quais , était assainie et embellie. C'était enfin l'une des plus grandes œuvres de Napoléon! Elle était devenue si formidable, que cela seul suffisait pour faire comprendre tout l'acharnement du Conseil britannique dans sa lutte contre notre Empire. Et en effet, je ne pense pas qu'on me démente quand j'affirme ici que les principal but de ses efforts fut de nous arracher ce grand établissement, ce débouché redoutable, dans nos mains , à la Tamise, et si menaçant pour l'existence commerciale de l'Angleterre.
L'Empereur satisfait continua. Le Texel et Wesel, surtout comme points de défense, attirèrent son attention. On pouvait croire que, dans ce parcours de la Hollande et après les deux dernières tentatives d'assassinat qu'on vient de citer, Napoléon s'entourerait de précautions contre des attentats aussi fréquents; mais, tout au contraire , plein de confiance et s'avenairant seul au milieu de ces peuples , victimes pourtant les plus souffrantes du système continental , nous le vîmes se mêler, chaque jour, à leur foule contemplative dont chacun de ses pas fut environné. Il ne songea qu'à étudier leurs besoins, leurs mœurs et
usages, voulant tout voir par lui-même, et leur livrant la garde de sa personne !
Ces gens du Nord , sous leur enveloppe froide , ont des cœurs chauds : le merveilleux les saisit sérieusement , ils y ont foi. Lents à sentir, moins ils sont faciles à émouvoir, plus est profonde l'émotion qu'on leur inspire. Ils y étaient préparés par la grande renommée de l'Empereur. La réapparition de ce génie tout de feu qui venait, comme il le leur ait, les adopter,, échauffa leur flegme. Saisis d'admiration, sa présencer sa confiance, ses paroles pleines de consolations et d'encouragements, les bienfaits, aussitôt commencés, de son active et habile administration , les transportèrent jusqu'à l'enthousiasme 1 Nous revînmes par Cologne à Paris, le 1 1 novembre.
Ici , et à tant de soins si l'on joignait rénumération des travaux de Napoléon dans son Conseil pendant ces deux années, pour la législation et l'organisation civile et militaire de tant de contrées diverses et si lointaines, réunies à son Empire, l'imagination la plus ardente resterait confondue de leur immensité , mais aussi de la supposition qu'un assemblage, sous un seul sceptre, de tant de pays hétérogènes, pût être susceptible de durée !
Et cependant ce n'était point assez encore pour l'activité sans bornes de cet esprit créateur, dont la mission régénératrice était déjà dépassée! Jamais, plus qu'alors, autant de projets de monuments nouveaux et d'embellissements de Paris surtout, ne furent conçus; et il les discutait lui-même, jusque dans leurs plus minutieux détails. L'excès sans doute, là comme ail-