‹ Histoire et mémoiresChapitre 247 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« n'était point réellement criminel d'aussi bonne « heure , lorsqu'on n'était pas né dans le crime ; que « dans quelques années il penserait autrement ! » Et il recommanda que l'on calmât la tête de ce jeune homme , qu'on l'entourât de soins et qu'on lui donnât de bons livres. 11 voulut même , afin de la rassurer, <[ue l'on écrivît promptement à sa famille. Ce fait, dont la date est celle de la naissance du Roi de Rome , fit remarquer qu'en Napoléon , comme dans toutes les grandes âmes, le bonheur était généreux!

De même et à cette même époque , malgré sa trop juste haine contre le cabinet de Londres, l'éclat <le son indignation avertit le Conseil britannique de l'offre du renouvellement contre les Anglais des Fêprès de Sicile : vengeance perfide , à laquelle lui avait offert de s'associer la trop fougueuse Reine de cette île.

Alors encore s'accomplirent ces deux voyages de 181 1 , brillants triomphes pour ce génie si puissant au milieu des peuples accourant pour le contempler. Quels transports! Que d'admiration I Combien son orgueil en dut jouir, à en juger seulement par la satisfaction du nôtre, en recevant les hommages que l'honneur d'être les entours anciens et intimes d'un aussi, grand homme nous attirait ! Ces voyages commencèrent : celui de Normandie le 22 mai, celui des côtes et de la Hollande, le 19 septembre. Leurs traces bienfaisantes resteront trop longtemps empreintes pour qu'il soit besoin de les reproduire. On sait qu'ils furent l'occasion d'une foule de grâces accordées, et d'une multitude d'améliorations ordonnées dans tous les lieux que l'Empereur parcourait.

Dans le premier, et pour la première fois , je vis Cherbourg. Ce port, de refuge seulement dans les projets interrompus sous Louis XVI, avait été transformé par Napoléon en une création destinée à l'offensive. Là, et peut-être plus que partout ailleurs, déjà les miracles de Fart surpassaient tout ce que l'imagination peut concevoir. En ces- temps de prodiges, quelque peu disposé qu'on fût à Tétonnement, cette rade que, par des efforts surhumains, chaque jour plus ingénieux, on s'efforçait de conquérir sur les profondeurs et les fureurs de l'Océan; l'aspect de ce vaste bassin, creusé de cinquante pieds dans le granit , pour cinquante vaisseaux de guerre , pour leur construction , pour leur réparation , pour les batteries chargées de les défendre, me saisit d'une admiration égale à celle que m'avait inspirée,' dans les grandes Alpes , la première vue de ces gigantesques œuvres de la nature!

Trois mois après , lors de notre départ de Compiègne , dont la mort subite du général Ordener m'avait momentanément donné le commandement, d'autres étonnements me frappèrent d'une autre admiration, à Anvers et à Flessingue. Chargé en 1804, si l'on s'en souvient, d'en inspecter les premiers travaux et d'en rendre compte au Premier Consul, je ne les avais point revus depuis sept ans. Ici la nature n'avait point été vaincue autant qu'à Cherbourg; mais l'Empereur, en la domptant et en s'en aidant, se l'était appropriée. Ces deux villes étaient devenues des places de guerre du premier ordre.

Flessingue pouvait alors protéger trente vaisseaux

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