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CHAPITRE VIL

L'Empereur, au reste, ne s'aveuglait pas, autant qu'on a pu le croire, sur la destinée à venir de son œuvre gigantesque. Combien de fois, alors, on l'entendit prévoir : « Que le poids de son Empire écraserait son « héritier! Pauvre enfant, s'écriait-ii en regardant « le Roi de Rome , que d'affaires embrouillées je te oc laisserai! »

Ceux de son intérieur, mon père entre autres, connaissaient là-dessus ses appréhensions. Car, dans ses relations privées, Napoléon était doux et confiant} se plaisant surtout aux gens d'honneur, dont la délicatesse et la probité.étaient hors de doute, comme aux femmes irréprochables; et là-dessus ses yeux, très- exercés , étaient exigeants. Cela est incontestable à peu d'exceptions près ; la composition de son Conseil , le choix

surtout de ses serviteurs les plus intimes , en sont la preuve. A ce propos, je citerai d'abord le grand maréchal Duroc, avec tout le personnel intérieur des palais : service plus probe , mieux réglé et ordonné, plus honorablement et économiquement conduit, que jamais maison privée, la mieux entendue, ait pu l'être encore. Quant aux dames de sa Cour, il suffira de nommer Mad* de Luçay, ma belle -mère, dame d'atours, et Made de Montesquiou, gouvernante du Roi de Rome, que l'Empereur choisit sur Je refus de ma mère alors souffrante. Sa confiance une fois placée, il n'y mettait plus de bornes. Ceci me rappelle un de ses épanchements de 1811 : autre preuve que Napoléon se faisait peu d'illusions sur les sentiments qu'il inspirait. Ce jour-là, s'adressant à mon père, il l'avait interpellé sur ce qu'il pensait qu'on dirait de lui après sa mort. Et mon père commençait à s'étendre sur nos regrets. « Point du tout! interrompit l'Empe- « reur; on dira :Ouf! » Et il accompagna cette exclamation d'un geste de soulagement qui exprimait, de la manière la plus significative, les mots suivants : « Enfin , nous allons donc respirer et nous reposer! »

Toutefois, en public, et hors de ces entretiens particuliers ou des discussions de son Conseil, il était souvent dangereux de se trouver en travers de son chemin. On en jugera par un incident de cette époque, où mon père encore figura.

Chénier venait de mourir. M. de Chateaubriand s'était mis au nombre des candidats prétendant à le remplacer à l'Académie Française , que mon père alors présidait. M. de Chateaubriand vint donc lui

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