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CHAPITRE VII

demander sa voix , et se recommander à l'influence qu'il pouvait exercer sur ses confrères. Mon père lui répondit franchement que , pour cette fois , il venait trop tard, et que sa voix et cette influence , il les avait destinées à M. Aignan, traducteur de F Iliade; que, à la vérité , les statuts défendaient que l'on s'engageât d'avance avec qui que ce fût, mais non pas avec soi-même, et que telle était sa situation. Pourtant M. de Chateaubriand insista avec tant de vivacité, il s'appuya de titres si puissants, il promit si formellement sa voix et celles de ses amis à M. Aignan, pour la première place vacante après celle de Chénier, que mon père , entraîné par le bon droit de l'auteur du Génie du Christianisme , décida M. Aignan à lui céder un fauteuil dont il se croyait déjà presque assuré.

M. de Chateaubriand semblait tenir particulièrement à ce fauteuil. Il ne manqua point à la coutume, imposée à tout candidat, d'aller solliciter chacun des autres suffrages dont son élection dépendait. Il fut élu. Il savait que, dans son discours de réception, il avait à faire l'éloge de l'académicien qu'il remplaçait. Or Chénier avait été l'un des régicides que l'on voyait siéger à l'Institut. M. de Chateaubriand composa son discours avec beaucoup d'art. Son but évident fut de ne déplaire à aucun de ses nouveaux collègues, sans en excepter Napoléon. 11 louait avec une vive éloquence la gloire de l'Empereur ; il exaltait la grandeur des sentiments républicains; mais il disait qu'il ne pouvait faire dans Chénier que l'éloge de l'homme de lettres, rappelant, à ce propos, que

l'Angleterre avait été quarante ans sans se vanter de Mil ton, qui n'avait point voté l'exécution de Charles Ier, mais qui en avait fait l'apologie !

Ce discours, comme tous ceux de réception, avant d'être prononcé publiquement, dut être examiné par une Commission de douze membres de l'Académie Française. Les avis de ces académiciens se partagèrent 1 également : six pensèrent qu'il produirait une impression fâcheuse; les six autres, au contraire, le jugèrent favorablement. Mon père et M. de Fontanes furent de ceux-ci; mais l'un des six premiers, Regnault de Saint- Jean d'Angély, trop impétueux dans ses appréhensions, courut avertir l'Empereur de cet incident, à ses yeux plus politique que littéraire; il lui oommuniqua l'impression exagérée qu'il avait reçue de cette lecture , et revint loyalement prévenir mon père et M. de Fontanes de cette espèce de dénonciation. Sur cet avertissement, M. de Fontanes s'abstint prudemment , pendant huit jours, d'aller faire sa cour à l'Empereur; dès le lendemain, au soir, mon père s'y exposa.

C'était à Saint-Cloud; il y avait spectacle. L'Empereur, au sortir de sa loge le rencontrant, lui dit assez brusquement : oc Venez au coucher, Monsieur! » Mon père l'y suivit. Napoléon, dès qu'il l'aperçut en avant de la foule nombreuse d'officiers de sa Cour rangés, debout en cercle autour de sa personne, vint droit à lui. « Monsieur, s'écria-t-il aussitôt, les gens de lettres « veulent donc mettre le feu à la France ! J'ai mis tous « mes soins à apaiser les partis, à rétablir le calme , et « les idéologues voudraient rétablir l'anarchie 1 Sachez

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