CHAPITRE VII. |f
cet autre génie dont la gloire survivait à son œuvre renversée i qu'on avait vu aussi grand dans l'extrême adversité qu'au faite de la fortune, et qui avait su s'arrêter !
Je ne sais plus si ce fut avant ou après ce pèlerinage qu'il fit prendre l'épée et les insignes du grand homme, et qu'il les destina en trophée à la consolation de nos Invalides échappés au désastre de Rosbach. Le jour de notre départ de Postdam , le 26 octobre , le Prince d'Hatzfeldt vint apporter à l'Empereur les clefs de Berlin. Dans cette audience ceux qui accompagnaient Hatzfeldt blâmèrent leurs Princes comme les auteurs de la guerre, et répondirent de la résignation de la capitale. On verra bientôt comment cette démarche compromii ce Seigneur prussien et faillit le perdre.
Ce jour-là, la nouvelle de la reddition de Spandau étant arrivée, Napoléon alla visiter cette forteresse, d'où il vint coucher à Charlottembourg ; s'étant égaré, il n'y arriva qu'une heure avant la nuit , à cheval , seul, et trempé par une pluie battante. Nul habitant , nul gardien même ne s'y trouvaient ; l'herbe avait crû sur le pavé de cette résidence royale qui semblait abandonnée. Je venais aussi de mon côté d'y arriver, et j'essayais d'en ouvrir la porte lorsque je vis paraître l'Empereur; il mit pied à terre et unit ses efforts aux miens , me reprochant cet isolement, qui, réellement, au milieu d'un pays ennemi, n'était pas sans imprudence : « Pourquoi n'avais-je « disposé aucune troupe sur son passage? Pourquoi « se trouvait-il là sans aucune garde ?» Je n'en étais point la cause, je répliquai; il m'imposa brusquement
silence; mais un moment après, la porte ayant cédé à nos efforts, son humeur changea. Ce fut surtout lorsque , en parcourant les appartements , il aperçut un bon nombre de lettres laissées par la Reine dans une chiffonnière que, par curiosité, je venais d'ouvrir. L'Empereur s'égaya sur l'oubli de cette correspondance; et, la supposant galante, il plaisanta sur l'indiscrétion qu'il ne pourrait peut-être maîtriser, et qui allait le rendre confident des secrets de la Princesse.
Il parcourut ensuite curieusement toutes les traces des habitudes de la Reine , m'adressant sur chacun de ces objets ses observations, avec cette voix qu'il savait rendre si caressante, lorsqu'il voulait réparer envers ceux de son intérieur un premier et injuste mouvement d'impatience.
Par un hasard fâcheux plusieurs papiers d'État anglais se trouvèrent mêlés aux lettres que nous venions de découvrir; les uns comme les autres le ménageaient peu sans doute : voilà pourquoi ce bulletin dicté dans la nuit suivante. Il est daté du 27 octobre,' et de cette résidence. La Reine y est encore citée par Napoléon , et malheureusement avec une amertume bien différente de la disposition d'esprit où je l'avais vu la veille.
Une indignation méprisante l'avait saisi ! Aux motifs politiques de sa colère d'autres s'ajoutaient. D'un premier bond il avait atteint le cœur de la Prusse!. Là, tandis que ses lieutenants achevaient , et que chaque jour lui apportait la nouvelle d'un désastre de plus de ses ennemis, lui, de son côté et à chaque instant, découvrait la trace d'une injure déplus, dont leurs chefs