CHAPITRE VIII
Depuis un an tout dans les actions comme dans les paroles de Napoléon avait changé. L'année précédente, en abattant la troisième coalition , modéré dans sa victoire, il avait épargné au peuple vaincu le spectacle d'une entrée triomphale à Vienne. Mais ici, dans cette défaite # d'une quatrième coalition, d'un allié nouveau de cette Angleterre devenue plus que jamais sa rivale implacable, tout en lui fut menaçant, tout sentit la conquête! De là son entrée solennelle dans Berlin. Il en accueillit en maître les autorités, s'empara du gouvernement, et prit possession de la résidence royale , où je le reçus le 37 octobre.
Néanmoins l'irritation qu'il y apporta ne fut pas
aveugle. Plusieurs Princes et Princesses du sang royal, surpris dans cette ville , se trouvaient en notre pouvoir : il alla les visiter et les consoler ; il voulut que les honneurs dus à leur rang leur fussent rendus. L'un d'eux, le jeune Prince Auguste, y était resté blessé et prisonnier : il le remit libre au Prince Ferdinand son père ; le peuple fut rassuré ; la police de la ville confiée à l'élite de la Bourgeoisie ; mais sa colère contre la Noblesse éclata dans une apostrophe menaçante : « Elle avait, en dépit de son Roi, voulu la guerre ! elle « en supporterait tout le poids! » Il en dit plus et tint parole. Ces menaces avaient été préméditées : leur publication par ses soins en est la preuve.
Il en fut de même de l'humiliation qu'il se plut à infliger aux Gendarmes de la Garde. Ce corps entier, pris les armes à la main , était l'un de ceux qui avaient le plus insulté de ses mépris. la Grande Armée et son Empereur. Berlin avait vu leur arrogance; il voulut qu'elle revît ces jeunes maîtres , naguère d'une présomption si outrageante , traverser ses rues transformés en une longue file de captifs démontés, désarmés , et chargés de la réprobation universelle !
Mais revenons à son entrée dans cette capitale. Ce jour-là un incident digne de remarque avait eu lieu. Le Prince d'Hatzfeldt s'était, une seconde fois, présenté devant lui en tête des autorités soumises. Le dévouement de ce général prussien à son Roi lui avait fait accepter cette position pénible. Mais soit qu'il n'en eût pas assez calculé les engagements, ou qu'il en eût bravé les conséquences, tandis que, d'une main, il apportait les clefs de la capitale à Napoléon, de l'au-