‹ Histoire et mémoiresChapitre 31 sur 266 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tre il avait rendu compte à Frédéric de la situation de notre armée au milieu de sa conquête. Davout avait saisi sa correspondance ; le Prince d'Hatzfeldt l'ignorait, quand à sa vue l'Empereur, le foudroyant d'un regard, s'écria : « Retirez-vous, Monsieur ! allez dans « vos terres ! Ne vous présentez plus devant moi , je « n'ai plus besoin de vos services ! »

Hatzfeldt s'était attiré cette réception , et peut-être -suffisait-elle. Mais dans la nuit suivante la lecture de la dépêche saisie accrut la colère de l'Empereur : il fait aussitôt arrêter ce malheureux général; il ordonne •que sur-le-champ il soit traduit comme espion devant une Commission militaire ; il veut que, amené dans le Palais que lui-même habite, il y soit gardé h vue, et <jue, confié à ma surveillance, je réponde de sa personne. %

L'arrestation, le jugement même du coupable étaient dans le droit de Napoléon, si toutefois le droit peut jamais être assez rigoureux pour s'élever au-dessus de toutes considérations humaines. Mais faire de sa propre résidence une prison criminelle; mais se faire ainsi lui-même , dans son Palais , par sa propre <Jarde, par les officiers de son service , le gardien de «a victime , il y avait là quelque chose de si excessif, •que nul de nous ne put croire à un dénoûment sinistre. Aussi arriva-t-il ce que lui-même, sans doute, avait prévu.

Pendant que , ce jour-là même , il passait en revue ie corps d'armée de Davout et qu'il se préparait, par les -éloges et les récompenses dont il le comblait, à une indulgence généreuse, j'avais été dans la chambre du pri-

sonnier, bien moins pour m'assurer de sa garde que pour calmer son inquiétude. En même temps , guidé par un sentiment pareil , le grand maréchal Duroc avait accueilli l'anxiété de la Princesse d'Hatzfeldt, épouse de l'infortuné général. La nuit était revenue, la revue finie; le Palais étincelait de lumières; déjà les grenadiers de la Garde; bordaient la haie sur l'escalier étroit et tournant, et jusque dans la première pièce de l'appartement de l'Empereur, quand cette pauvre Princesse, grosse, près d'accoucher, et toute tremblante, me fut confiée. Je la plaçai, malgré la consigne, à l'entrée même du salon de Napoléon, et sur son passage. Malheureusement, dans ma préoccupation à l'encourager lorsque l'Empereur parut, j'oubliai d'imposer silence au tambour qui se trouvait là près d'elle, en sorte que, au retentissement soudain des premiers coups sur cette caisse, saisie d'effroi comme par l'explosion de ces armes à feu qu'elle venait conjurer, elle tomba dans mes bras à peu près sans connaissance! « Qu'est-ce que cela? » médit l'Empereur; sur ma réponse : « Bien ! » me dit-il, mais plus du regard que de la voix, et en passant si rapidement, qu'à peine eus-je le temps de ranimer la Princesse, et de la pousser après lui dans cet appartement dont aussitôt les portes, en se refermant, nous séparèrent.

Une demi-heure après, elle en sortit troublée , égarée encore, mais cette fois par tous les transports les plus touchants de la plus vive gratitude. Nous la conduisîmes, le grand maréchal Duroc et moi, dans les bras du Prince d'Hatzfeldt, que nous eûmes le bonheur de rendre à sa joie reconnaissante.

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