CHAPITRE II
coup sur coup, l'occupation de Posen , la victoire de Lubeck, la reddition de Blûcher, celle de Magdebourg; enfin la prise de possession de la Hesse, celle du Hanovre, du Mecklembourg, et l'envahissement de la Silésie par son frère Jérôme, que guidait Vandamme.
Une seule inquiétude était restée. Berlin est située au milieu d'un pays stérile ; la disette y était à craindre, surtout après le bouleversement d'une conquête. Mais Davout, général d'administration autant que de guerre; venait de découvrir, près de Custrin, d'immenses magasins de grains dont il avait compris toute l'importance. A la nouvelle de ce surcroît de bonne fortune, l'Empereur bondit de satisfaction; il appela Daru ; du plus loin qu'il l'aperçut , il s écria : « J'ai pour six mois de vivres pour mon Armée ! » Et l'agitation de sa joie fut si vive, qu'aux questions de son intendant général il ne répondit d'abord que par cette exclamation qu'il répéta à plusieurs reprises!
D'autre part, et au loin vers le sud, tout prospère pareillement : Marmont, en Dalmatie, a battu les Russes; Masséna a chassé les Anglais de la Calabre; l'heureux envoi de Sébastiani à Constantinople a réussi : le Gzar et le Sultan vont être aux prises; une grande diversion est opérée, la Porte va attirer, et retenir sur sa frontière, une partie des forces d'Alexandre. Vers le Caucase, autre diversion : Pontécoulant, envoyé en Perse, vient de raviver l'interminable lutte de ces montagnards belliqueux contre les Russes; enfin, le 10 novembre, au moment où la nouvelle de l'inconcevable capitulation de Magdebourg et de ses vingt-deux mille hommes, lui arrive de ses derrières, il apprend, de
Uavout en avant dç lui, l'enthousiasme de la Pologne^ et que , de Posen à Varsovie , ses armes ne rencontreront aucun obstacle !
Dès lors, voyant la guerre contre les Russes préparée , celle de la Prusse achevée , et qu'un seul mois l'a rendu maître de tous les débouchés maritimes de l'Allemagne, depuis le Rhin jusqu'à la Vistule, il se déclare : « Il restera possesseur de la Prusse et de la « Pologne, proclame-t-il hautement dans ce même « jour du 10 novembre, jusqu'à ce que la Porte ait « recouvré sur la Russie son entière indépendance , « et que Londres , restituant ses conquêtes d'outre- « mer sur la France et ses alliés, ait accédé à la paix « du monde! »
Mais un ordre du Conseil anglais avait déclaré en état de blocus nos ports de l'Océan, de Brest à Hambourg : il s'exécutait. A cet abus de puissance maritime Napoléon répondit, le 21 novembre, par un même abus de puissance continentale : il déclara de bonne prise toute lettre , toute marchandise , toute propriété anglaise ou de colonie anglaise , tout Anglais, tout bâtiment quelconque venant d'un port anglais, qui seraient saisis par des Français ou par leurs alliés, quelque part que ce pût être ! C'était son droit, celui, dans une guerre à outrance, de combattre à armes égales. Il rendait violence pour violence ; il montrait aux neutres la nécessité de soutenir leurs droits maritimes , et il hâtait ainsi le développement et l'effet du Système Continental.
Toutefois, dans ce ton si impérieux de Napoléon, le 10 novembre, dans la proclamation qui suivit, où il