‹ Histoire et mémoiresChapitre 36 sur 266 · CHAPITRE IX. et · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. et

annonça à l'Armée « qu'elle avait reconquis, sur l'Oder <r et l'Elbe, toutes nos pertes d'outre-mer; » enfin, dans ce décret si célèbre du 2 1 , qui mettait en état de blocus les Iles Britanniques, plusieurs de nous crurent voir un emportement de puissance, et que sa victoire l'enivrait. A ceux-ci, l'armistice offert à Frédéric le t6 novembre, et que ce Prince déclina, ne parut pas un adoucissement : les conditions en étaient si dures, qu'ils le jugèrent moins un essai de paix qu'un moyen de guerre 1

Je ne sais , mais , si l'Histoire doit un jour attribuer tant de renouvellements d'hostilité, depuis la paix d'Amiens, à nos envahissements eh Allemagne et en Italie, pendant l'intervalle de la seconde à la troisième coalition, comme aussi pendant celui de la troisième à la quatrième ; si elle dit que, en Europe, ces envahissements perdirent la paix de réputation , qu'on lui préféra la guerre ; en transmettant à l'avenir ce reproche d'ambition, elle devra admettre pour excuse les excitations, les machinations incessantes de l'Angleterre, et la conviction intime et fondée de Napoléon , que toute paix entre la Révolution française , victorieuse sous son Consul ou son Empereur, et la Contre-Révolution humiliée, n'était qu'une trêve, une fiction que la force seule pourrait convertir en réalité. Dans une telle situation faite par la nature des choses , par cette haine insulaire, alliée à celle des Aristocraties continentales et des anciennes Légitimités vaincues et mutilées; lorsque, dans Berlin, Napoléon, déjà maître de toutes les côtes de l'Océan , de la Méditerranée , et d'une part même de la Baltique , se voyait provoqué

encore , comment reprocher à son génie ce gant si audacieusement jeté à l'Angleterre? Pourquoi accuser d'enivrement cette ouverte et franche déclaration à la Russie , seule puissance continentale encore debout contre son système ? Il la menaçait pour l'y entraîner ! Les précautions dont alors il usa , pour atteindre ce but, prouvent que sa gloire, tout éblouissante qu'elle était, ne l'aveugla nullement sur la difficulté.

En effet , à Berlin , comme ensuite à Posen et à Varsovie , on le vit , ménageant l'espoir de la paix avec Alexandre , se garder d'annoncer, par un seul mot, l'affranchissement tant demandé et tant désiré de la Pologne. S'il mit plus tard quelque emportement à pousser la guerre en dépit des lieux et de la saison, le moment de le remarquer n'est point venu. Au contraire, forcé d'allonger démesurément les flancs de sa ligne d'opérations pour aller, au bout de sa conquête , défendre la Vistule contre Alexandre , il fut soigneux de les préserver. Quant à son flanc droit, dès les premiers pas de Davout par delà l'Oder, et malgré l'écrasement tout récent de Vienne, on le vit, le 4 novembre, prévoyant tout, ordonner le rassemblement dans la Haute-Italie d'une armée de soixante mille hommes sur les frontières autrichiennes. D'autre part, l'occupation de la Silésie, l'alliance de la Saxe gagnée par sa générosité, et les contingents delà Confédération du Rhin augmenteront la garantie de ce même flanc contre le mauvais vouloir de Vienne.

Quant à son flanc gauche, que menacent la Suède et les tentatives possibles de l'Angleterre, il en confie la défense à l'armée de Mortier et à celle de Hollande;

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