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CHAPITRE X. et

couru dans Berlin près de l'Empereur. Il s'y trouva au moment où, de Posen, les lettres de Davout arrivaient toutes brûlantes des transports de la Pologne* Les Polonais, à la vue des Aigles françaises, n'avaient plus douté de leur affranchissement. Leur effervescence était naturelle, mais elle enflamma Murât d'un autre espoir.

H venait de recevoir Tordre d'aller, avec sa cavalerie, délivrer leur capitale. Dans ce chef, allié au sang de Napoléon, et déjà Maréchal et Prince, patriotisme, amour de gloire, ambition du premier rang parmi ses concitoyens, tous ces mobiles ne suffisaient plus ; et il. n'y avait là rien d'extraordinaire. A force d'arracher des sceptres aux vaincus, de renverser, de créer des trônes, ce beau-frère de l'Empereur commençait à se croire oji l'égal ou même de la nature de ces Rois de race ancienne, issus jadis, comme lui, de la conquête. « Et quelle autre diffé- « rence entre eux et lui, que celle d'une filiation dé- « générée de son origine belliqueuse? Eux étaient « descendants, lui ancêtre ! » Telles étaient sa pensée et quelques-unes même de ses paroles. A ses yeux, grâce à l'agression acharnée de quatre coalitions : ce On en a était revenu à ces temps chevaleresques où l'épée, « brisant les Trônes , s'était si souvent transformée « en sceptre dans des mains victorieuses. Ici la dif- « ficulté d'un premier pas n'était plus à vaincre : déjà « deux de ses beaux-frères, sans autre titre que le « nom glorieux de Bonaparte, étaient couronnés! « Mais lui, comme eux, était allié à ce sang, et, de plus « qu'eux, l'éclat de son épée avait contribué à en il-

« lustrer la gloire ! Chef brillant de la cavalerie fran- « çaise, dont il venait encore de tant accroître la re- « nommée, qui, plus que lui, conviendrait à la Pospo- « lite polonaise, et lui saurait rendre sa célébrité « première? Car, pour lui, ce n'était pas un Trône « protégé, c'était un Trône protecteur qu'il ambi- « tionnait. Celui de Varsovie , dressé au milieu de « l'ennemi, en avant de tous les autres Trônes nou- « veaux, leur servirait de garantie. Roi d'avant-gardes « des Rois du Rhin, dans cette armée de Rois, comme « dans la nôtre , il conserverait son poste d'avant- « garde. Il n'aurait pas besoin d'un Masséna pour « conquérir ce sceptre, ou pour le défendre : à la tète « d'une nation comme lui belliqueuse et chevaleres- <r que, il suffirait! »

Le fait est qu# Murât avait non-seulement les qualités de ce peuple, mais ses défauts; et cela seul eût vraisemblablement suffi pour empêcher Napoléon de lui confier cette couronne. Quant au désir d'affranchir et de relever cette nation , sans doute l'iniquité du partage de la Pologne, le choix héroïque d'un refuge sous nos drapeaux de tant d'intrépides Polonais, la conformité des caractères, mêmes intérêts, mêmes ennemis, tout l'y conviait ; mais il en comprenait tout le danger. N'était-ce pas assez d'une guerre à outrance sur toutes les mers, sans en entreprendre à la fois une autre sur terre, aussi acharnée et si lointaine?

Il est présumable que Murât n'osa lui montrer qu'indirectement son espérance ; on ignore ce qui se passa entre eux à ce sujet. Ce qui est certain, c'est que, usant d'adresse avec Daru, Murât, comme si l'Eiit-

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