‹ Histoire et mémoiresChapitre 41 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pereur lui eût offert cette couronne, affecta de la redouter; il pria ce ministre de détourner Napoléon de l'élever à un si dangereux poste. Mais Daru, trop habile pour être crédule, pénétra son intention ; je tiens de lui-même qu'il lui répondit en souriant : « Que, « tout au contraire, il se garderait bien d'entretenir « l'Empereur d'une semblable question , de peur de « faire naître en lui la censée d'un projet aussi fu- « neste! »

Cependant Davout, soit ardeur, suite d'une première victoire et de tant d'éloges de l'Empereur, soit que l'ivresse si expansive de la Pologne à la vue de ses premiers libérateurs, l'eût exalté, ne cessait d'appeler Napoléon à s'enfoncer après lui dans ces vastes solitudes. La misère, la rareté de leurs abris si clairsemés dans ces plaines infinies, leurs sables profonds, leurs interminables forêts de noirs sapins d'une tristesse si monotone, il semblait n'en tenir compte. On eût dit que, sous ses regards fascinés, tout cela s'était animé, peuplé, fertilisé à la -chaleur des transports de joie qui l'accueillirent dans Posen. C'est lui que Berthier, Duroc, Clarck, et Daru surtout, ceux enfin qui eussent voulu que la guerre s'arrêtât sur l'Oder, ont accusé d'avoir entraîné, pour la première fois, dans ces déserts notre armée et son Empereur !

Ces reproches, qu'alors en effet nous entendîmes, prouvent seulement qu'à Berlin l'Empereur parut hésiter quelques instants ; mais, que Davout seul l'ait décidé, et non son système continental et son génie toujours si impatient d'achever, c'est, en dépit de ces autorités, ce qui est trop invraisemblable.

A Wittemberg, avec Luchesini, Napoléon s'était contenté d'exiger que la Prusse reculât derrière l'Elbe ; lui , pousserait jusqu'à ce fleuve sa Confédération du Rhin , sous les formes qui conviendraient à sa suzeraineté sur toute cette partie de l'Allemagne : telles furent les conditions qu'il imposa. Maître ainsi de tous les débouchés sur l'Océan entier, depuis Cadix jusqu'à Hambourg , il n'eût alors étendu que jusqu'à cette dernière limite son système fédéral et continental. Frédéric s'y était résigné. Mais à Berlin, quand cette soumission arriva, tout avait changé. Ce ne fut pas tant Davout à Posen, que Murât à Prenslow, Soult à Stettin, et Ney surtout à Magdebourg, qui en fut cause. Quand Saint-Aignan vint triomphalement annoncer à l'Empereur la reddition inopinée de Magdebourg , Duroc , puis Caulaincourt accueillirent par des malédictions son empressement ; et comme il demeurait interdit : « Quoi, lui dirent-ils, vous ne com- « prenez pas ; eh bien ! sachez que, si cette place se fut « défendue , la paix était faite. » Déjà , aussi rapide et audacieux que la pensée de Napoléon, Murât, en prévenant Hohenloe devant Stettin , avait complètement désarmé et démantelé le malheureux Roi, non plus jusqu'à l'Elbe, non plus même jusqu'à l'Oder, mais jusqu'à la Vistule. Magdebourg pris, forteresses, débris d'armée, il n'était plus rien resté qui fût prussien entre l'armée française et l'armée russe. L'Océan dès lors ne suffit plus au système continental, Napoléon voulut l'étendre sur la Baltique !

Ce fait établi, il reste à comprendre la merveille d'un triomphe aussi complet et aussi rapide. Les mi-

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