HISTOIRE DES É M A U X H Y Z A N T I X S
de la bataille du Granique, sur le vase de Xénophoii, de Kertsch etc. qui représentent des chasses analogues. Les historiens d’art qui ont commenté jusqu’à présent le passage de Philostrate cité plus haut, n'ont pas fait attention, sauf Darcel, au texte tout entier. Mais Darcel, comme tous les autres, est d’avis que par barbares vivant sur les bords de l’océan l’auteur comprend les populations de la Gaule et de la Grande-Bretagne. Pour réfuter cette opinion il suffirait de rappeler qu’aux premiers siècles du Moyen-Age cette expression indiquait aussi les contrées barbares du littoral de la, Baltique; les Romains du temps de Septime Sévère connaissaient trop bien la Gaule et la Grande-Bretagne pour qu’un écrivain, même un rhétoricien de cette époque, ait employé une expression indiquant des pays inconnus et des peuples encore cachés aux regards de l’historien et du géographe de l’antiquité. Il est permis, par conséquent, de supposer cjue Philostrate fait allusion aux Germains, en particulier aux Goths et à d’autres peuples de l’Europe septentrionale. Nous en avons la preuve essentielle dans ce fait (déjà signalé plus haut que les bossettes manquent presque entièrement dans les émaux gaulois et rhénans, ainsi qu’en général les objets de harnachement. On rencontre bien parfois des bossettes parmi les émaux gaulois et allemands; mais il est plus que probable que ce ne sont point des vestiges de harnais, mais de ceintures, de baudriers, etc.15 Les bossettes militaires bien connues de Lauersford, les 24 médaillons du Cabinet de Vienne, ornés d’aigles et de croissants, deux médaillons plus grands du Musée de Kiel etc. ne sont point décorés d’émail.
*) Le Musée de Worms possède un remartjuable phalaros qiïi ira pas moins de 25 cent, de diamètre; il est gravé et très-ornementé, mais n’est pas émaillé. Voy. Weckerling, Die romische Abtli. des Paulus-Museums der Stadt Worms. Worms, 1885, p. 125—126. Il y a au Musée deSpire un ornement de cheval en forme de lame de bronze recouverte de rosettes et de raies émaillées multicolores avec des paillettes pendantes en bas. Trouvé sur les bords du Rhin, il a été publié par Lindenschmit dans les Alterthümer nnserer heidnischen Vorzeit, III, 1881, 8me üvr., pl. III. Les lames et les anneaux découpés provenant de harnais sont très-nombreux dans les antiquités anglo-saxonnes : voy. Kemple, Horœ fendes or Stndies in the Archaeolor/!/ of the Northern nations, ed. by Latham and Franks, London, 1863, pl. 1!> — 20. p. 194— 196.
INTRODUCTION TECHNIQUE
N^\ (‘pendant, parmi les émaux (les barbares du Nord, on a trouvé dans la ville de Vendel, en Suède, nombre d’objets de l’épo- - // que des Vikings, entre autres un harnais complet de cheval,
■ y'j// le seul connu jusqu’à présent, composé de plaques et rondelles métalliques et orné d'émaux.15
Le type oriental primitif porte ici (dans les plaques et les anneaux gravés) tous les traits d’un style qu’on est convenu d’appeler Scandinave, mais qui aux VI""? — YIJme siècles appartient aussi à la Hongrie. Dans les ornements émaillés qui consistent exclusivement en émail jaune et rouge opaque (avec oxyde de plomb), ce type s'est conservé assez bien pour laisser reconnaître leur identité avec* la plaque ou boucle trouvée à Wolfsheim,1 2) 3 4 ornée de grenats et remontant au IIIn,e siècle après Jésus-Christ. Cette date semble indiquée par le nom du roi Ardeschir ou Artaxerxès, tracé dessus. Admettons du reste même que la pièce de Vendel date d’une époque plus récente,35 en tout cas le caractère de ses émaux et de son dessin (fig. 8, a, b) dénote la période comprise entre le IVme et le Vme siècle, où les émaux ne devaient être qu’une imitation des incrustations cloisonnées. Dans l’extrême Nord on continuait à conserver et à développer les procédés qui avaient été depuis longtemps abandonnés par l'Europe méridionale. Parmi les exemples curieux à l’appui de ce fait citons un vase de bronze norvégien à trois anses : le fond en est orné d’émail blanc, bleu de ciel et bleu foncé, rouge et jaune, et cependant cet ustensile ne date probablement que du VIIIn,e ou même du IXmo siècle, car il a été trouvé dans un kourgane à canot incinéré.45
Dans cette question du développement de l’émaillerie toutes les données, même assez obscures, ont leur importance. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher, afin d’élucider le sujet, de rappeler encore un passage du chapitre cité plus haut de Philostrate. Le cheval du jeune homme qui est le principal
1j Antiqvarisk Tidskrift for Sr érigé dt‘ Hans Hildebrand. Vol. H, N" 1, p. 22, fig. 8. (’et objet a été trouvé dans un tombeau à côté d’un magnifique casque en fer, garni de bronze et d’ornements en relief qui représentent un cavalier tuant un serpent, et un oiseau qui vole devant lui. On y a découvert en même temps une épée garnie de bronze doré, de grenats etc. Ce tombeau, si l’on en juge par leur style, doit remonter au VJII>»« ou au IX»ip siècle.
2) De Linas, Ibid., pl. I.
3) Montelius, Die KultuT Scliwedens in vorchristlicher Zeit. Berlin 1885, p. 154. Trad. par C. Appel.
4) Ant. Rygb, Antiquités norvégiennes , Christiania, 1885, 1ère— Illme liv., fig. 488, N<> 727, a— d. Comp. ibid. N" 108a un fourreau d’épée, en bronze, garni d’émail, de l’époque barbare primitive.
Objets trouvés en Suède et en Russie.
chasseur, a, dit-il, „des rondelles d’or et une bride de la couleur de la pourpre médique, car cette couleur brille sur l’or comme des grénats.ul)
Les émaux des barbares sont loin d’être limités au domaine circonscrit jusqu’à présent. L’existence de l’émail dans la masse immense des antiquités russes a depuis longtemps attiré l’attention des archéologues; mais ces antiquités ne constituent encore pour la science que des matériaux bruts.
Bride en bronze du Musée de Stockholm.
i) [ô Xcukôç ÏTriroç] kcü «pdAapa éxe* Xpuaâ Kai xaAivov kôkkou pribiKou. toûto t«P tô XPWP“ TtpoaaOTpdTTTei Xpuoû», jcaOdirep oi mipifj&eiç Xi0oi. Kôkkoç ne signifie pas ici cochenille ni autre substance quelconque, is cette couleur qui s’appelait aussi babylonienne et se distinguait de la pourpre postérieure par une mce cerise. TTupwbeiç Xi0oi apparaît ici sans doute au lieu de irupimràç, nom donné plus tard au grenat à la pierre à feu. Par bride pourpre on doit toutefois entendre bride en maroquin rouge, comme on voit encore de nos jours en Orient. Nous laissons à des commentateurs plus compétents le soin ucider ce passage et de le comparer à d’autres du même écrivain.
INTRODUCTION TECHNIQUE
la plus grande analogie avec la bride de Vendel décrite plus haut et avec la pendeloque de harnais du gouvernement de Kiew dont nous donnons le dessin (pl. 24)." Leur grand nombre21 et surtout cette particularité qu'ils appartiennent au harnachement ou à, l’équipement militaire, enfin l’originalité de ces kovantzi, comme on les appelait dans l’ancienne Russie, sont le témoignage de l’apparition fort ancienne de la civilisation primitive orientaleslave, complètement autochtone. Le fait de l’emploi de l’émail dans ces ouvrages bouleverse de fond en comble les idées qu’on s’était faites sur l’origine, le développement et l’importance première de l’art national ancien, dit barbare, de l’Europe. Lorsqu’on les découvrit sur le territoire de Polotsk, on les classa d’abord dans la catégorie des diadèmes et de l’époque classique.31 Mais les spécimens que nous publions aujourd’hui (pl. 24) nous permettent d’affirmer que ce sont des parures en bronze de pièces de harnachement, tels que mors, surdos etc.; il y a là peut-être aussi des fragments d’ornements de ceintures, de baudriers de cuir etc. Tous ces objets semblent cependant avoir conservé avec intention le caractère de pièces militaires. Le dessin N” 1 représente un fragment de mors; le dessin N" 3 — une plaque à jour, qui avait été appliquée sur une courroie ou sur un large ruban.41 Le N” 2 est une chaîne composée de rondelles avec pendeloques en forme de croissants et de chaînons intermédiaires fixés aux rondelles au moyen de languettes spéciales ; cette chaîne était par conséquent mobile et souple, et faisait probablement partie du surdos qui embrassait le pectoral du cheval. Aux extrémités de cette chaîne de petits crampons maintenaient de fines courroies qui consolidaient la bride ou la selle même. La provenance orientale des croissants comme de la forme originale de la croix sur la pendeloque de Kiew ne fait aucune doute. Mais comment ces objets ont-ils passé d'Asie en Europe? Voilà une question archéologique assez difficile à résoudre. Au point de vue de notre sujet ces pièces ont le plus d’importance pour nous, à cause de cette particularité que leurs ornements émaillés sont tous les
') Collection du Comte A. A. Bobrinsky. Un objet analogue, garni d’émail rouge dans les cavités a été trouvé dans l'un des kourganes du Gouvernement de Voronèje (No 8276 du Musée historique de Moscou).
2) Il y en a 30 au Musée de Vilna (cat. de 1885), section B, Nos 481, 560—568, 855, 900 etc.).
3) Cto Tyszkiewicz, O kouryanach w Litvié i zajiadnoï Roussi (Des kourganes de fa Lithuanie et de fa Russie occidentale). Vilna, 1865, p. 35.
4) Le Musée de Vilna possède quelques unes de ces plaques (section B, Nos 560 — 568 et 855 — 900) soit séparées, soit réunies à de fins anneaux de bronze argentés, deux par deux, et qui, fixés sur une courroie, constituaient la ceinture.
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