CHAPITRE LU
LE NÉOGRITICISME
Les premiers essais d'une philosophie qui, la première en P'rance, depuis l'ahandon de la méthode synthétique du x\if siècle, entreprit de chercher ses fondements dans une critique sérieuse de la connaissance furentcontemporainsdesdoctrinesou tendances diverses et opposées les unes aux autres que nous venons de passer rapidement en revue. Cette philosophie dût se rattacher d'abord, pour des raisons de méthode, à l'œuvre de Kant, qui avait inauguré en Allemagne, la critique de la métaphysique et de la psychologie, mais dont les intentions de réforme du savoir s'étaient presque aussitôt tournées à contresens par l'erreur de ^ses disciples, et par la sienne propre. Delà vint le nom de néocriticisme donné à la doctrine qui ne devait cependant avoir dans la critique proprement dite que son point de départ (comme autrefois la réforme cartésienne de la méthode), et ses raisons de nier les principes avoués ou supposés par les opinions philosophiques en lutte sur Je terrain dogmatique.
Le néocriticisme s'opposait premièrement à l'éclectisme, alors régnant dans l'enseignement public, système de choix arbitraire entre les doctrines, où l'examen ne descendait sur aucun point jusqu'à la racine des idées ; où l'on n'admettait ni l'évidence à proprement parler, ni la croyance, pour l'établissement des principes, puisque l'évidence, pensait-on, ne pouvait se traduire en système, et que la croyance, on n'avouait point que ce fut à elle à déterminer le choix du penseur entre les grands principes contraires ; où l'on prenait enfin cette posi tion mitoyenne.
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sans profondeur, entre le matérialisme et lidéalisme, appelée le spiritualisme, dans laquelle on n'entend faire droit ni à l'un ni à l'autre des deux points de vue opposés sur le principe de l'être et du connaître. Ce nom de spiritualisme, aujourd'hui que la doctrine est démodée, paraît, comme celui de- spiritisme, devenir la propriété d'une école dont les notions remontent aux origines chaldéennes et chinoises : on y remplace l'esprit scientifique par la passion de Vocculte.
Le néocrilicisme s'opposait au panthéisme, forme la plus commune, en ses vagues mais sincères aspirations, des tendances des ardents adversaires de l'éclectisme, penseurs attirés par l'ampleur et l'éclat des systèmes universalistes des disciples de Kant, et principalement de Hegel. Il combattait ces systèmes en leur esprit générai, non, comme faisaient les éclectiques, par de vaines déclarations de n'en pas accepter des conséquences, qui étaient celles de leurs propres principes, autant qu'ils en avaient, mais par la réfutation rationnelle du réalisme substantialiste et du réalisme infînitiste, dont les éclectiques partageaient avec les panthéistes, tant théologiens que libres-penseurs, la doctrine, incompatible avec le principe de personnalité dans la conception du monde.
Le néocrilicisme combattait le système du déterminisme universel, constant allié du panthéisme, de même que généralement professé dans l'école empiriste et par ceux des hommes de science qui ne veulent envisager, tout comme ils ne peuvent étudier, dans les phénomènes, que celles de leurs liaisons qui ont un caractère de nécessité. Le néocrilicisme appuyait la thèse du libre arbitre, non. comme les éclectiques, sur la vaine affirmation d'une expérience interne que nous en aurions, — confusion entre l'expérience réelle de notre K sentiment sur ce point, et l'expérience qu'il faudrait
que nous eussions, et que nous n'avons nullement, de raccord de ce sentiment avec la vérité, — mais sur une analyse psychologique de Y acte de délibérer, qui montre, dans le jugement et dans la volonté, des éléments inséparables des moments successifs de la délibération, comme de la conclusion ; sur rillogicité de Temploi du principe de contradiction pour prouver que les futurs sont tous prédéterminés ; sur la contradiction qu'il y a, au contraire, à admettre que tout phénomène est l'effet nécessaire et le seul possible des causes antécédentes, chacune desquelles est dans une semblable condition à l'égard de ses propres causes, parce qu'il résulterait d'une telle loi que le procès rétrogressif des causes est iniini et que la somme des phénomènes actuellement écoulés est un iniini numérique actuel, dont la conception est contradictoire en soi. La démonstration de la réalité du libre arbitre étant, d'une autre part, impossible, il n'y a qu'un acte de croyance qui, après examen de tous les motifs rationnels ou moraux, soit du déterminisme, soit du libre arbitre, puisse décider l'option du philosophe entre les deux hypothèses, entre les deux principes qui s'offrent à l'exclusion l'un de l'autre pour la direction de l'esprit, dans une question qui implique à la fois l'idée à se faire de la loi de l'univers et l'idée à se faire de la loi de la personne.
Le néocriticisme. prenant ainsi parti, par un acte de croyance rationnelle, dans les problèmes liés et solidaires du panthéisme et du déterminisme opposés au principe delà personnalité, devait se montrer l'adversaire des théories du progrès nécessaire de l'humanité dans l'ordre moral, et dans tout autre ordre que celui des connaissances mathématiques et physiques et de leurs applications industrielles ; il devait nier tout système et toute loi supposée de l'histoire qui, plaçant la vérité et le bien dans le flux du devenir, l'erreur et le
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mal dans la connaissance ou dans le pouvoir, relativement moindres, mais non dans des devoirs positifs, ne souffrent l'affirmation d'aucune ve'rité fixe et interdisent renseignement d'une morale invariable, œuvre de l'esprit a priori. De là les discussions et les polémiques de la C ritiqup philoxophique (revue fondée après les événements de 1870-1871} contre le fatalisme de l'école historique, le culte de la force et du succès, la Raison d'Etat et ses maximes, les jugements utilitaires et hvpothétiques en morale et en politique, et toute violation de la justice et du droit qui s'estime justifiée par sa fin ou réclamée par l'intérêt public.
Le néocriticisme était donc essentiellement opposé au positivisme, qui est une doctrine toute fataliste, déduite d'une prétendue loi de l'histoire, niant tout droit apriorique, enfin visant à l'établissement d'un ordre social rigoureusement autoritaire et. pour ainsi dire, théocratique. encore que sans reconnaître aucun dieu, si ce n'est que l'humanité en soit un. Mais le néocriticisme posait, d'accord avec le positivisme, ce principe de philosophie première : que l'intelligence n'a pour matière de connaissances réelles que les phénomènes et les lois des phénomènes. Le positivisme faisait sortir ce principe de l'étude des sciences physiques, et du progrès de la méthode en ces sciences, progrès qui se formule visiblement par l'abandon de toute fiction d'essences ou qualités en soi pour expliquer les propriétés des corps, et de toute recherche des causes dans le sens réaliste de forces trandtivefi, passant d'un sujet à un autre pour modifier son état. Le néocriticisme tirait la même conséquence du grand fait de la marche de l'esprit scientifique moderne, et de la critique des notions de substance et de cause, œuvre éminente de Berkeley et de Hume continuée, quoique mal approfondie, dans l'école empiriste, après ces deux philosophes.
Le néocrilicisme clait donc pliéiiomonii^lc, mais il reprochait au posilivisme, ainsi d'ailleurs qu'à l'école empiriste tout entière, de n'envisager les phénomènes et leurs lois que dans l'ordre expérimental, d'étudier les phénomènes de l'esprit avec des préventions matérialistes, et de méconnaître les lois propres de ces phénomènes; de continuer en cela les errements de la métaphysique réaliste, tout en niant les idées générales, et de n'admettre pas la nécessité des concepts pour la perception des rapports et pour la formation des idées, de rejeter les jugements synthétiques a priori, sans lesquels la. connaissance se délie, ainsi que l'a si hien prouvé la critique de Hume, et enhn d'exclure la volonté et la croyance des éléments du jugement. Cette erreur réduit-toute constatation de vérité générale à des inductions qu'on ne peut jamais dire certaines, puisque ni le général ne se peut déduire logiquement du particulier, ni aucun pur principe se démontrer de manière à forcer l'assentiment d'un philosophe qui le conteste.
Le néocriticisme tenait donc sa méthode, d'un côté, de la critique de Hume, qui n'avait pas su tirer de ses analyses le principe de relativité avec les applications de ce principe à l'établissement des lois de la conscience et de l'esprit, et, d'un aulre côté, de la correction apportée à l'étude exclusivement analytique et par conséquent dissolvante de Hume par la théorie des jugements synthétiques de Kant. par celle dos /or?Jies de la sensibilité, et par celle des concepts de rentendement. Il gardait de Hume le phénoménisme, et posait le principe universel de la relation en ses déterminations diverses, formellement définies, qui sont les lois de l'intelligence, et qui répondent à ces fonctions caractéristiques de la représentation dont la conscience d'une personne est Vtniité vivante. Kant avait dressé une table des catégories, c'est-à-dire de ces relations d'ordre
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général, mais sans les rapporter à la Relation, forme commune où elles ont leur unité abstraite^ et en les supposant, au contraire, rapportées à des substances ou à des causes qui seraient elles-mêmes données indépendamment de toute relation. Le néocriticisme, méthode phénoméniste. ne concevant pas la connaissance appliquée à dautres objets qu'aux lois des phénomènes, car la conscience est une loi. la première de toutes, et fondamentale, hors de laquelle il ne s'en peut penser de représentées, le néocriticisme rejetait les inventions métaphysiques de Kant : Inconditionné pur. noumènes, substances, ou êtres en soi, sans qualités; il rejetait la distinction de l'entendement d'avec une certaine raison qui aurait la tâche exclusive de s'appliquer ïiuxidf'es de ces êtres; il niait les antinomies de la raison, et l'inlini actuel, ou réel, que Kaul consacrait dans ses théories par le fait seul de ne le pas nier comme contradictoire en soi, et le déterminisme universel et absolu des phénomènes, dont Kant prétenihiit faire concorder la loi dans le temps avec la liberté de la personne, être purement nouménal. situé hors du temps et de l'espace.
Toute cette ardue métaphysique de Kant restait complètement étrangère, pour le néocriticisme, ainsi d'ailleurs qu'elle l'était, et qu'elle l'est toujours au fond à la partie de la critique de ce philosophe dont le sujet porte à bon droit le titre de raison pratique. Au reste le public, en France, si l'on excepte les hommes à études tout à fait spéciales, l'a à peu près ignorée, et l'attention s'est toujours portée sur les points qu'il était si facile d'en séparer : à savoir, la critique (dans le sens négatif du mot) de l'ancienne métaphysique et de ses prétentions à l'évidence, ou aux démonstrations apodictiques ; l'abandon des preuves exclusivement rationnelles de l'existence de Dieu et de la pure substance de l'âme; l'appel à la croyance comme inséparable de l'affirma-
lion de Texistencc réelle des sujets extérieurs, objets de la pensée; le libre arbitre, postulat exigé pour la reconnaissance du devoir, et, par conséquent, fondement de la morale; enfin, les deux postulats qui se rattachent à celui-là et qui sont lies entre eux : l'immortalité de la personne et l'existence de Dieu, conditions nécessaires de la conciliation des impératifs moraux avec la lin de bonheur, désir universel et constant mobile des actions humaines. Ces derniers postulats impliquent manifestement une Providence régissant l'univers, et la Providence, à son tour, implique les attributs de pensée et de volonté qui. considérés en leur application universelle, répondent à ce qu'on ne peut désigner clairement que par un seul nom : la personnalité divine. Il résulte delà que l'anthropomorphisme, entendu en sa signification étymologique, et sans s'arrêter à une vaine question de mots, est une doctrine attachée aux postulats de la raison pratique. C'est ce que Kant a admis, ou à peu près, à certains endroits, et méconnu en d'autres. Il faut cependant le déclarer formellement, et rejeter tout ce que Kant a essayé de construire, soit à titre de purs noumènes, soit d'accord avec une métaphysique plus vulgaire, par condescendance à l'idéal de la raisoti pure, et qui donne des idées de Dieu incompatibles avec tout ce que nous connaissons ou pouvons concevoir d'une intelligence réelle et d'une volonté réelle. Kant, n'a pas, il est vrai, prétendu que les idées des êtres transcendantaux renfermassent la raison de croire à l'existence réelle de ces êtres; il a au contraire eu soin partout d'assurer qu'il n'en est rien ; mais cela n'ôte point la parfaite contradiction, qu'il y a entre ces idées et celles que donnent les postulats de la raison pratique sur les mêmes sujets. Le nom de nrocriticisme, rattachant la doctrine qu'il désigne au criticisme Kantien , n'est justifié qu'en deux points importants, d'une
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part la méthode, on ce qui concerne l'origine des idées,
les concepts, la perception et l'esthélique de la perception,
que Kant a nommée transcendantale; d'une autre part,
la théorie de la raison pratique, à condition d'écarter les
objets transcendantaux (noumènes) et le déterminisme
des phénomènes, et enfin cette partie de la doctrine du
devoir où les impératifs moraux sont considérés comme
absolus et rigoureusement séparés des motifs de l'ordre
dn sentiment. Au demeurant, la méthode relativiste et
phénoméniste; le principe de la croyance appliqué
dune manière plus conséquente aux affirmations de
théorie qui se fondent sur la généralisation des lois de
la conscience ; l'entière théorie des catégories, leurs
définitions, leur classification, leur application logique
à la réfutation de la possibilité d'un infini actuel, et à
la démonstration de la nécessité logique d'un premier
commencement des phénomènes ; enfin, la théorie de
la causalité, affranchie de l'imagination réaliste des
forces transitives, tous ces points de doctrine, dans le
néocriticisme, sont étrangers, et la plupart opposés
radicalement à la métaphysique de Kant.
Le développement des théories néocrilicistes sur le principe de relativité et sur la nature de la loi de causalité a amené un intéressant rapprochement de ces théories et des admirables conceptions de Leibniz, dont Kant a si fort tenu à se montrer éloigné. Le relativisme appliqué à la notion de cause, après qu'on a renoncé à l'imagination des substances, et de l'action transitive de leurs qualités comme causes, conduit immédiatement au point de vue de l'harmonie préétablie, qui lui-même s'était présenté naturellement à la suite de l'hypothèse de deu.T mhstances, mais regardées comme sans action mutuelle (école cartésienne). De ce point de vue, qui est fondamental, le néocriticisme dérive de Leibniz, qu'il corrige, et, plus haut, de Descartes, et
eslen opposition complète avec le Kantisme. Le monatlisme do Leibniz n'a que les apparences d'un substantialisme; il subit, au fond les conditions du principe de relativité, parce que la définition de cette substance individuelle qui est la monade est celle d'une fonction de qualités définies et toutes relatives (XXVII).
Il est remarquable ([ue le lieu de scission, pour ainsi dire du néocriticisme et de la philosophie Kantienne soit le même que si, pour comparaison, on le rapprochait de la doctrine de Descartes, et non plus du crilicisme dans ce que Kaut y a joint de dogmatique sous le couvert, du transcendantalisme. En effet la séparalion porte essentiellement, des deux parts, sur les dogmes de la substance infinie et du prédéterminisme. Ce dernier dogme est, en effet, professé par Kant, qui le formule de la façon la plus dure, et, imposé qu'il est à Descartes par celui de la prescience divine absolue des futurs, qu'il reconnaît très expressément, il n'est d'ailleurs point contredit chez lui, comme il est chez Kant, par une théorie du libre arbitre qui rejoint celle des théologiens après avoir paru s'en éloigner. Quant au dogme de la substance infinie, il ressort chez Descartes, d'un côté, de la doctrine générale des attributs infinis de Dieu, héritage de la théologie, et, de l'autre, d'une théorie du monde, et du plein de matière, où l'idée de la substance infinie est impliquée, quoiqu'elle puisse être écartée, nous l'avons dit ailleurs (XXVI), du point de vue le plus élevé, et le plus original de la métaphysique cartésienne. Le même dogtne n'est que voilé, dans le transcendantalisme Kantien, par la déclaration que fait Kant de n'attribuer point aux fictions de ce transcendantalisme la valeur d'une connaissance réelle: mais il y est contenu pour toute interprétation qu'on en puisse donner. On s'explique que les deux doctrines, aux deux époques, celle de Descartes, celle
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de Kant. aient donné naissance à des systèmes plus nettement ari-ètés, décidément pantliéisles : Spinoza, SchcHinji,-.
Il résullc de ces rapprochements, ponr apprécier la position du néocriticismc dans l'iiistoire de la philosophie, un fait qui intéresse la tradition philosophique française : c'est que la doctrine néocriticiste peut se présenter avec autant de facilité, avec plus de clarté peut-être, si on la rattache, en remontant de deux siècles et demi environ le cours des idées, au premiers principes de Descartes, au lieu de le prendre à la suite ilu criticisme de Kant. où la marche et les révolutions des écoles lui ont marqué sa place. Ces [)i'incipes sont :
Le doute méthodique;
La pensée individuelle (la conscience};
La pensée en tant qu'être Texistence) ;
Le corps et la subordination des idées de corps :
La notion de cause et la limitation des puissances du moi;
Linduction de l'être identique et permanent de la pensée ( l'àme) ;
L'induction de l'être parfait, et le principe de la cause éminente:
La création.
Examinons successivement ces points de doctrine sans y introduire d'autres changements que la substitution des termes d'une croyance rationnelle à ceux de l'évidence des idée^ claires et distinctes pour la preuve du vrai, et que l'emploi d'un langage, différent dans la forme, et de même sens au fond que le langage de Descartes. L'adoption du principe de la croyance rationnelle ôte toute leur force aux arguments du criticisme Kantien contre les démonstrations de l'existence de Dieu et de l'àme, fondées sur cette l'aison, que l'existence
i-iC) DE L1:TAT actuel de la philosophie en FRANCE
cruiio idée n'est j)oint par elle-même une preuve de l'exislence de l'objet de cette idée.
Descartes a certainement élé bien près d'une interprélation de Vi'tndcnce, ou, si l'on veut, du sens conumin, en malière d'acceptation de certaines notions universelles, qui n'en fait guère qu'un synonyme de commune crof/ance. <( Je ne pense pas. dit-il, qu'il ait jamais existé quelqu'un d'assez stupide pour avoir besoin iïapprendre ce ([ne c est que le.rUlence avant de pouvoir conclure et affirmer qu il est; il en est de même pour la pensée et le doute. J'ajoute même qu'il ne peut se faire qu'on apprenne ces choses autrement que de soimême, et qu'on en soit persuadé autrement que par sa propre expérience et par le témoignage que chacun trouve en lui-même (juand il examine ces choses ». [Recherche de la vérité). L'évidence et la croyance qui s'applique naturellement à la perception de certains rapports élémentaires désignent à peu près le môme fait psychologique. « Lorsque j'ai dit, explique encore Descartes, à un autre endj'oil, que cette proposition : « Je pense donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre, je n'ai pas pour cela nié qu'il ne fallût savoir auparant ce que c'est que pensée, certitude, existence, et que pour penser il faut être, et autres choses semblables : mais à cause que ce sont là des notions si simples que d'elles-mêmes elles ne nous font avoir la connaissance d'aucune chose qui existe, je n'ai pas jugé qu'elles dussent être mises en ligne de compte » [Réponse aux objections de Gassendi). Parcourons, à cette lumière de raison pratique, les points de doctrine que nous avons indiqués.
L Le doute. — La recherche d'une vérité première est le point de départ logique de la métaphysique. Cette
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recherche implique hi mise en suspicion de toute connaissance vraie qu'on pourrait supposer acquise. Ce doute méthodique, ou de théorie, doit être accompagné de la considération empirique de la diversité des opinions des philosophes, de leurs contradictions, et de ce que peuvent avoir de portée les arguments des pyrrhoniens contre la certitude. Ce premier point est indisculahle.
IL La pensée individuelle. — La donnée empirique de la conscience du nioL avec une représentation objective, quel que puisse être ou paraître l'objet représenté, est un fait antérieur et supérieur à toute autre affirmation possible, et en est la condition. J.a proposition qui pose la pensée en ces termes, est une énonciation identique, un rapport du même au même, avec l'unique distinction de l'objet et du sujet, qui constitue ce rapport : Je pense.
III. La pensée en tant qu'être. — L'être de la pensée n'exprime encore qu'une identité, si l'on se borne à la considération empirique et actuelle du fait de conscience, par cette raison que, par le mot être, on n'entend et on ne peut encore entendre, au point de l'analyse où nous sommes, que penser. Ce n'est pas : pour penser il faut être, que nous devrions dire, en parfaite rigueur, à cet endroit, mais bien : pour être il faut penser, je suis la pensée, la pensée est inoi.
Mais la pensée se multiplie, se développe en modes successifs, qu'on appelle des idées, c'est-à-dire qui sont ses représentations dans le temps et sous d'autres rapports qui la diversifient tout en s'unissant dans l'unité de l'idée de la conscience elle-même, ou du moi. Encore en ce développement et en cette synthèse, si nous les considérons comme un fait purement empirique, ce
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fait complexe se témoigne à lui-même et ne soulTre aucun cloute; les pyrrlioniens ne l'ont nié ni pu nier; il était compris pour eux sous le nom du plirnomèm^ matière de leurs propres controverses. Jusque-là donc nul acte de croyance n'est nécessaire logiquement, quoique il doive être bien entendu que, en réalité, il s'y en ajoute plus d'un.
lY. Le corps et la suiîordination de l'idée de coups QUANT A l'existence. — L'idée de corps est l'idée de la classe des objets représentés comme situés dam /'espace, où ils occupent des étendues limitres les unes par les autres, leurnalurc et leurs modifications étant telles que par le moyen et sous la condition de certaines de leurs parties, appelées des organes, certaines représentations spéciales sont données pour objids à la pensée, certaines impressions et certains sentiments prennent place parmi ses modes; et telles, d'une autre part, que certains des modes de la pensée, quand ils se produisent, sont suivis de certaines modifications des organes, et par là de celles des autres corps, ou parties de corps, liés aux organes. Ce sont deux ordres de phénomènes qui se montrent, pour une simple vue empirique, dans un état de dépendance réciproque en leurs modes et propriétés.
L'existence des corps ainsi témoignée empiriquemeni, sans que toutefois il s'ensuive aucune lumière sur ce qu'ils sont intrinsèquement, ou pour eux-mêmes, hors et indépendamment de notre conscience, cette existence ne saurait être affirmée avec la certitude que possèdent, pour la pensée, la pensée elle-même et son exercice, parce que la connaissance de celle-ci est impliquée logiquement par la connaissance de celle-là, et que la réciproque n'est pas vraie; car l'objet de la pensée, quel qu'il soit implique la pensée, mais la pensée n'implique
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logiquement la donnée exlerne d'aucun île ses objets. Le corps pourrait n'être qu'une représentation privée d'existence propre hors des modes de la pensée. Là donc est la place du premier acte de croyance qui s'attache naturellement à l'analyse des objets de la pensée : c est l'affirmation du non moi comme (Hre extérieur. Du côté de la logique pure, ce qu'on nomme croyance doit se nommQv hypothèse; mais, du côté de la vivante conscience, l'acceptation de lliypolhèse contraire n'a été possible que dans le champ des abstractions. Tel est le rapport des deux interprétations du non moi.
\ . La causalité ht la llmitation des puissances du MOI. — Tout ce qui précède se rapporte à la conscience. considérée jusque-là comme unique. Une certaine relation de dépendance entre des modifications successives d'une pensée individuelle, ou une dépendance réciproque entre telles de ces modifications et d'autres qui se produisent dans le monde extérieur est la causalité. Le sens de l'idée de cause se tire essentiellement de la nature de certaines des premières de ces modifications : de celles qui ont pour caractères le désir et la volonté; puis la pensée le transporte vaguement aux secondes, malgré l'absence de toute perception de qualités semblables au désir ou à la volonté, dans les corps. On attribue aux corps des actions. Certains corps seulement dont nous percevons des propriétés particulières que résume le terme (V organisation, sont unis à des qualités mentales qui approchent à divers degrés de celles de la pensée, et chez quelques-uns l'atteignent. Continuant à nous placer au point de vue de la conscience individuelle unique, nous dirons que cette conscience leur attribue ces qualités par induction, d'après des signes pareils à ceux qu'elle manifeste elle-même dans ses actions sur le monde extérieur, car elle ne saurait
Renoivieu. — Problùmes iiiétaphys. 29
percevoir directement les actes mentais produits en rapport avec un autre moi que le sien. La vue générale du monde extérieur le fait apparaître comme un assemblage d'êtres, les uns organisés, les autres non, et ceux-ci matériellement plus étendus et nécessaires pour la vie des premiers, mais tous donnés en des relations de causalitéextrèmement complexes, et de telle manière que le moi est dans un état de limitation et de dépendance sous tous les rapports; il n'a d'assuré et bien à lui que la conscience actuelle de ce qu'il sent, il se trouve de toutes parts incertain et borné dans les connaissances qu'il peut atteindre des choses, et dans l'action qu'il peut exercer sur elles, et enfin dominé et écrasé par leur développement irrésistible.
VI. L'induction de l'ame. — L'extrême limitation des puissances du moi, opposée à la force du sentiment qu'il a de son être et de sa vie, et à l'énergie de sa projection extérieure d'intelligence et de volonté, nous ramène à la question, de son existence. Si son existence nest que la synthèse empirique, ci-dessus déhnie, la seule certaine, des phénomènes d'une pensée modifiée et plus ou moins prolongée dans le temps; si elle n'a de valeur que celle du fait de conscience répété et varié, dont le terme est marqué par d'autres phénomènes, elle n'est pas d'une importance appréciable pour le monde, et elle s'annihile d'elle-même en ce qui touche l'individu. Car l'universalité qui ne conserve pas les individualités qu'elle produit exclut l'individualité en principe et comme fin. L'individu lui-même, s'il se rend compte de ce que son être est dans cette hypothèse, comparativement à ce qu'en est l'idée conçue simple et sans limites, est obligé de conclure qu'il n'est théoriquement rien, une sensation qui fuit.
Mais si la synthèse des phénomènes du moi est re-
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gardée comme une loi do ces phénomènes qui, pour chacune des consciences individuelles, doit se perpétuer dans le temps sans jamais trouver sa borne dans les formes organiques qui lui sont actuellement liées, et dans leurs révolutions possibles, l'espèce d'induction par laquelle on passe ainsi de l'idée de la synthèse empirique à l'idée et à la croyance d'une fonction constituée a priori, ou à l'origine des choses, est à proprement parler la définition de Vamp. Nous n'avons point un autre concept que celui-là de V identité et de \^ permanence du moi, termes consacrés pour son explication et ce concept est le môme et le seul qui répond, dans l'entendement, an nom àe substance, donné à la pensée pour l'interprétation réaliste du mot sum, dans la formule Cogito errjo sum, quels que soient ou le terme abstrait ou l'image auxquels on a recours pour représenter Vâme.
Les questions de la distinction de l'àme et du corps, et de l'immortalité de l'àme, sont tranchées par l'indépendance du concept de l'àme ainsi définie, sans qu'il soit touché à celle du rapport de l'àme à l'organisme, non plus qu'aux lois qu'une croyance rationnelle peut envisager comme possibles pour rattacher à la permanence de cette fonction qui est l'âme une vie individuelle, dont la mort, phénomène de notre monde de l'expérience, ne trouble pas la perpétuité.
Vil. L'induction de l'être parfait et le principe de la CAUSE ÉMiNENTE. — G'cst d'uue souvcrainc croyance rationnelle à rUn et au Bien comme fondement du monde quant à l'Essence (termes platoniciens) que dépend l'idée de l'Etre parfait, c'est-à-dire doué (aux termes de Descartes) de toutes les perfections dont nous avons l'idée, sans comprendre d'où nous pouvons la tenir, si ce n'est de cet être lui-même. Sous l'aspect de la eau-
salité, i'idéc passe du sens de l'être au sens de l'action : Descartes pose en principe que toule pei'fection donnée objectivement^ ou par représentation^ dans nos idées, conformément à leur nature propre, doit exislcr forme/ienient et en effet dans les causes de ces idées, conformément à la leur, et qu'ainsi il faut arriver à une cause première qui soit le patron de toutes. A ce point de vue, on peut penser que Vexistence et la cause ne sont, en l'acception la { Uis générale, autre chose que ce que Vidée de la perfection implique ; et l'argument ontologique (XXVI) se montre spécieux en son inévitable pétition de principe. Le principe est au fond le même dont une intéressante formule a été opposée, de notre temps, au matérialisme, et aurait dû être, quoique elle ne l'ait pas été pour son auteur, une expression de la foi rationnelle en Dieu : Le supérieur seul expliciue L'inférieur. Quand elle s'aflirme en se donnant formellement pour objet la personnalité divine comme Descartes Tentendait, qui ne pensait point à l'existence des idées produites par la cause première, autrement que comme à l'existence de rintelligence p;irfaite dont elles sont les modes originaux, et de la souveraine volonté qui les donne pour lois au monde, cette foi rationnelle conclut la doctrine de la création.
VIII. La CRÉATION. — Là s'arrêtent les principes auxquels le néocriticisme aurait pu, à son début, se rattacher aussi bien ou mieux qu'il le ht à Kant sous d'autres rapports. Sa position, pour les deux cas, aurait été la môme, c'est-à-dire que la question de l'infini et de la nature éternelle et nécessaire, thèses oppoées à celles de la liberté et du pur premier commencement des phénomènes, et puis la question de la toute-puissance divine et de l'immanence de la cause créatrice dans le monde, thèses opposées à celle de la réelle extériorité du monde
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par rapport à Dieu, auraient suscité des deux cotés les mêmes difficultés, et exigé des vues nouvelles pour être résolues. Descartes, à raison de ce qu'il conservait de l'absolutisme tiiéologique, et qui ne lit que se déclarer plus fortement dans son école, et Kant pai- l'ensemble de sa métaphysique, en dehors du crilicisme proprement dit et* des postulats de la raison pratique, tombciient dans les doctrines de l'inlini et de la nécessité. Le néocriticisme était, au contraire, et du tout premier abord, lixé sur les principes de relativité et de liberté.
Nonobstant ces derniers points, bien arrêtés, le néocriticisme. au début, en posant la pensée avec la personnalité comme le principe du monde, en rejetant tout infini actuel et l'éternelle nécessité comme inconciliables avec la logique du relatif et des concepts^ et en posant par suite, hardiment, la thèse du premier commencement des phénomènes, ne se prononçait pas sur le principe de la divine unité de conscience à l'origine des choses. Il semblait que l'hypothèse d'une pluralité de consciences fût également admissible, en tant que premier terme, en soi multiple, de l'existence à envisager pour notre connaissance, là ou la question est de poser la condition de la connaissance et non de définir ce ijuil y aurait à connaître. C'était donc la négation de la création proprement dite, e nihilo. comme notion étrangère à l'entendement, non moins qu'à toute expérience imaginable. Mais cette question de l'unité, qui a toujours été regardée comme difficile en théologie rationnelle, fut éclaircie, dans le développement ultérieur du néocriticisme, par la considération idéaliste de l'unité des lois de l'esprit, qui. identique à l'unité des lois dans le monde, implique l'unité de l'esprit lui-même dont le monde est l'œuvre, et. de là, par induction, l'unité de conscience première. C'est
d'une application du principe de l'idéalisme que ressort la démonstration.
Le point de vue logique de la question demeure le même, la doctrine de la création ne changeant rien à l'obligation logique de poser le créateur, en tant que cause jji'emU'/'p. comme ne pouvant se comprendre autrement que dans son rapport à la création, et pour le surplus comme la limite de notre connaissance, un terme initial que l'esprit ne peut embrasser et expliquer. C'est seulement par ce rapport au monde et à l'homme, en des idées toutes de relation, que s'expriment, en-tant qu'intelligibles, les attributs de Dieu, et tout concept défini qu'il nous est donné de nous former de lui ou de son essence.
Toutes les thèses que le néocriticisme a soutenues sont descendues progressivement des deux théories fondamentales, celle du principe de relativité, qui a pour application le système des catégories : Qualité Quantité. Position Succession^ Devenir. Finalité, Caulité. toutes subsumées sous la Relation dans l'ordre abstrait, et sous la Personnaliti'. dans le concret; et celle du principe de limitation, qui, étroitement lié au précédent par le principe logique de contradiction, interdit l'attribution de la réalité à tout sujet qui serait conçu ■comme un composé de modes, qualités, parties ou moments distincts, en nombre à la fois infini, interminable, et actuellement acquis ou donné en toutes ses unités. A la suite de ces principes est venue la critique négative de la substance des métaphysiciens, en tant que terme abstrait faussement réalisé, support fictif de phénomènes, qui devrait exister sans avoir ni qualités ni action quelconque définissant ce qu'il est en soi ; et puis la démonstration de l'impossibilité de l'étendue en soi, et de la substance matérielle des ■corps, si on la considérait comme quelque chose de
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donné on sus des éléments et des propriétés sensibles des corps eux-mêmes: car il fallait, en ce cas, l'admettre comme douée de la propriété que réclame sa définition, c'est-à-dire toujours divisible en parties homogènes sans fin : et les corps seraient alors des composés infinis actuels, ce qui est contradictoire. Cette théorie, étendue à la réfutation de l'éternité antécédente des moments d'une existence donnée et écoulée dans le temps, était une nouveauté en philosophie, et de grande conséquence contre les systèmes transcendants ou transcendantaux de l'existence infinie, et venait à l'appui d'un concept de la personnalité de Dieu, intelligible et réelle.
La doctrine d'où partent ainsi à la fois pour constituer la méthode, et pour établir les thèses de la plus grande portée, la logique, la psychologie et la métaphysique unies et inséparables, cette doctrine est essentiellement y idéalisme, et ce nom ^'idéalisme est celui qui convient à la critique de la représentation mentale et à ses conséquences, exposées dans le premier Aqs Essais de critique générale, ouvrage publié à une époque oii toute philosophie en France, de quelque source qu'elle vint, était dans la dépendance de principes contraires et repoussait formellement le sien.
Cet idéalisme n'était point celui qui délie et dissout les idées et n'en veut connaître les éléments de composition qu'à l'état de phénomènes dont il se déclare incapable de refaire des synthèses. Il n'était pas davantage celui qui prend pour idées fondamentales des termes généraux abstraits, et au fond très complexes, qu'il réalise et qu'il investit de la fonction de principes ou causes premières de l'univers. C'était un idéalisme qui ne sépare point les phénomènes des lois par lesquelles s'opèrent les synthèses, et qui les fait remonter tous, par l'intermédiaire de leurs lois, à la conscience, syn-
450 Dh; li;taï actui-:!. de la philosophie en fhance
Ihèsc suprême, quand olle est considérée dans la personnalilé, son degré éminent. Mais les deux aulres mé- Ihodcs connues de l'idéalisme possèdent avec celle-ci une vérité commune : la réduction de la connaissance à son sujet mental, bien ou mal consulté et interprété d'ailleurs, et cette vérité étail devenne étrangère anx penseurs français, depuis qu'ils s'étaient faits les disciples de Locke en psychologie.
La notion commune d'une matière indépendante de toute représentation, et la croyance en une faculté de l'être conscienl, la perception sensible, qui nous donnerait la .certitude de fait de l'existence réelle ou en soi d'une telle matière, étaient universellement reçues, que ce fût dans le spiritualisme traditionnel, tliéologique, ou dans l'éclectisme, et même dans le vague panthéisme importé d'Allemagne, ou que ce fût dans le matérialisme et dans le positivisme, qui en tenaient la thèse des idéologues. Les principaux systèmes issus du criticisme Kantien n'avaient pu faire école en France pour rien de plus que pour la propagation de l'esprit panthéiste et fataliste. Les analyses psychologiques de Berkeley ot de Hume n'y avaient été qu'à peine connues, et incomprises, taudis que la psychologie de l'école écossaise, réaction contre l'idéalisme de ces philosophes, y avait été introduite pour le service de la réaction spiritualiste contre la philosophie du xvni^ siècle. L^ne iliéorie de la « perceplion de la malière » s'offrait ainsi sans être associée à la doctrine maléi'ialiste dont l'école idéologique accompagnait au fond sa démonstration de la môme thèse.
Un penscLii' sorti de cette école et qui y gardait des racines réalistes en s'en éloignant par le sentiment, Maine de Biran essayait, vers le même temps de réaliser la volonté comme force par nous suscitée, dont nous aurions simultanément la pensée et la perception ex
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terne, avec la ccrliUide de son action en tant qne cause transitive opérant le monvemenl dans les organes; et celte théorie était vantée dans l'école éclectique comme une œuvre ém inente venant « à la suite de Leibniz » établir dans ses droits le principe d'activité de l'esprit.
La tentative de Tbéod(!re JonlFi-oy de traiter la psychologie par la méthode des sciences naturelles, pour de là s'élever par induction aux vérités mélaphysiques (L) se rattachait à l'école écossaise par hi théorie de la perception externe, non moins qne par celle des « facultés de l'àme » étudiées comme des qualités indépendantes, sans lien et sans unité. Heid. inventeur de celte méthode et auteur d'une réaction systématique contre l'idéalisme, à la fois de l'école cartésienne et de l'école empiriste anglaise, et, après lui, Dugald Slewarl s'appliquèrent à remplacer les synthèses, les connexions d'idées, que Hume renonçait à justifier, par l'énumération et la description empirique des fonctions intellectuelles, sans aucune classification qui pût paraître scientifique et rendît compte des rapports qu'elles soutiennent entre elles, ou de la nature de l'ensemble qu'elles constituent en s'unissant. Car ces philosophes comptaient la mémoire, sans laquelle aucune autre n'est possible, et même la conscience, au nombre de ces facultés, dès lors aussi impropres à composer une substance de l'Esprit que l'étaient aux yeux de Hume, et que devaient l'être plus tard aux yeux de Stuart Mill, les perceptions distinctes et e.ristences distinctes du premiei", ou les séries de sentiments du second, qui, pour être la conscience, auraient à se connaître en tant que srrirs (XXXH et
C'est par une telle méthode que ces empiristes d'un nouveau genre s'imaginaient enseigner la véritable constitution de l'esprit aux philosophes égarés à la suite de
Descartes et de Locke. Pour la substance de la matière, question parallèle, ils s'en remettaient soit au sens commun, soit à la croyance^ terme mieux entendu pour leur objet, s'ils en eussent seulement fait une application plus logiquement justifiable : mais ce n'est pas du monde extérieur, ce n'est pas des corps, sauf à définir le sens de ce mot, qu'ils entendaient affirmer l'existence réelle comme objet de croyance naturelle et inaliénable ; c'est des phénomènes sensibles qu'ils prétendaient assurer, à ce titre de sens commun, la nature contestée de qualités réelles appartenant à des êtres en soi, et nous faisant connaître ce qu'ils sont. Cette théorie de la « perception externe », adoptée par les maîtres de l'éclectisme, passa dans le pays de Descartes et Malebranche pour la condamnation de l'idéalisme. Elle pouvait y rejoindre sans inconvénient celle qui avait été enseignée dans l'école idéolopjique, et d'après laquelle l'existence propre et la nature des corps nous est démontrée, par la résistance qu'ils opposent au mouvement de nos organes, ou que nous voulons leur communiquer par cet intermédiaire ; comme si nos idées d'étendue et d'existences externes, d'un côté, de force et de cause, de l'autre, que nous nous représentons dans ces sièges extérieurs, pouvaient être déduites de la donnée des sensations tactiles ou musculaires qui n'ont avec elles nul rapport logique et nulle ressemblance I
Cette théorie superficielle et si peu réfléchie de la perception entra avec des variantes dans les systèmes de psychologues empiristes que l'impossibilité de tirer de leurs principes une définition du fondement de l'intelligence, et de la nature de la' réalité externe, a conduits à renverser les rôles entre la psychologie et la physiologie, et à revenir au fond à des doctrines dont ils semblaient éloignés par le sujet de leurs analyses. Le matérialisme s'offre ainsi comme une conclusion der-
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nière donnée au phénoménisme. En Angleterre, H, Spencer, avec son « réalisme transfiguré », abandonne el croit réfuter l'immatérialisme de Berkeley, passe du côté des écossais, adversaires de Hume et restaure sans qu'il y paraisse, entre tant d'autres et de si profondes diversités d'ailleurs, la plus commune manière de voir sur la nature des corps. En France, Henri Taine (LI), portant les premiers coups, ou les plus sensibles, à l'éclectisme, associe, pour les lui opposer ensemble, l'idéologie au panthéisme allemand ; plus tard, entreprenant, sur les traces des psychologues anglais, l'analyse de l'intelligence, sans se trouver capable de la conduire à des conclusions fermes, que d'ailleurs sa méthode et la leur ne comportent pas, ce philosophe en vient à se demander si les sensations et les images ne pourraient pas bien n'être rien autre que des cas plus compliqués du mouvement. Ce retournement du véritable ordre psychologique, des idées, — le mouvement comme genre, embrassant la pensée, comme espèce, — malgré des formules célèbres d'un apparent phénoménisme, est une véritable négation de l'idéalisme, et ramène forcément l'opinion vulgaire de la perception externe, de l'existence en soi de l'espace, et de l'essence de la pure matière indépendante de la pensée. Si l'on ajoute à cela que mouvement et pensée pourraient aussi n'être que deux aspects d'une même chose, on met au fond de tout une substance sans définition, donc inintelligible. L'abandon du principe cartésien, ou l'ignorance de sa portée, un matérialisme fondamental des esprits en conséquence, tel se trouvait, nous l'avons dit, l'état du milieu philosophique en France, et dans toutes les écoles, au moment oii l'idéalisme et le relativisme s'y produisirent en môme temps que le système nouveau des catégories toutes rapportées à la Relation, sous la forme d'un néocrilicisme .
La pivniièrc iiiiliaLioii à la molliode relativiste était venlio à rauteiir dos Essais de critique générale, antéiieur<îmont à ses éludes philosophiques, de la lecture du Cours de philosophie positive, et de la réfutation ((u' Auguste Comte faisait dans cet ouvrage, des théories physiques et chimiques dans lesquelles régnait, il y a soixante ans, la méthode des entités. L'étude des œuvres de Berkeley et de Hume l'instruisit plus tard des analyses psychologiques qui ont ruiné les lictions ontologiques des suhstances et des forces. Mais ni ces philosophes empiristes, ni Kant, restaurateur des synthèses logiques, mais toujours défenseur des suhstances. et en outre inventeur des noumènes, n'avaient songé à considérer les opérations synthétiques de l'enlendement, du coté de la pensée, elles fonctions observables des phénomènes, d'une autre part, comme les lois oi:i toute connaissance possible est renfermée, et d'où se tirent les définitions qui sont tout ce qu'il y a d'intelligible dans les êtres en tant que constitutif de leur essence. C'est donc là qu'est la première formule originale du néocriticisme.
La doctrine de la liberté, deuxième point capital et complément, à vrai dire, plus encore que correctif du premier, car il fait i)rendre place à la volonté, principe réel de la cause, dans le système de l'univers où régnerait sans cela le déterminisme absolu, cette doctrine est entrée dans le néocriticisme avec la forme très particulière qu'elle y a prise de croyance profondément raisonnée, et d'alternative imposée à l'esprit, grâce aux analyses delà Uecherche d'une première vérité, de J. Lequier, dont le double dUemme obtiendrait s'il ne dépendait que de nous, la célébrité accordée aux découvertes si rares permises à l'ambition des philosophes. L'objet de ces dilemmes est de démontrer que l'hypothèse de la nécessité universelle (ou prédéterminisme absolu)
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oltligo tout penseur qu'on suppose désintéressé «/>r/ori dans la question, à reconnaître que les deux opinions contradictoires l'une de l'autre qu'on voit régner sur ce sujet sont des conséquences également et au même titre nécessaires de cette loi, si elle est admise, en tant qu'elles sont, de fait et à toute époque, soutenues par de ri'solus partisans. Ces opinions ne laissent donc aucun choix possible entre elles, ([ui soil tii'r de la nature des choses, et les démonstrations qu'on essaye de donner de l'une ou de l'autre, ne sauraient, étant contredites, passer pour être quelque chose de plus que ces mêmes opinions. De là donc. <ni le doute du penseur qui n'a point de prévention dogmatique, ou un acte de loi rationnelle de sa part, après examen, acte qui sera nécessairement ou un acte libre, ou un acte îircessaire, mais qui n'aura pas en ce dernier cas plus de poids que l'acte de foison contradictoire.
Telle est l'attitude logique que le néocriticisme a adoptée dans la question du libre arbitre et du déterminisme. Ses polémiques contre le déterminisme n'ont point visé à la démonstration, si ce n'est qu'il a fait voir que la donnée réelle d'un inhni actuel en soi contradictoire) est une conséquence de la régression à l'infini des phénomènes, lequel est lui-même une conséquence du principe de causalité comme l'entendent les déterministes : toute cause est rrfj'et dune causr antécédente. L'inlinitisme et le déterminisme sont des thèses liées logiquement. Au demeurant les polémiques du néocriticisme pour la défense du libre arbitre contre cette manière de comprendre la causalité ont eu pour but principal l'établissement de son vrai caractère psychologique, contre les objections tirées de la motivation du jugement, inséparable de la délibération et de la volonté rélléchie.
L'analyse de la notion de cause, après l'abandon déti-
nilifcles substances (entre lesquelles, quoique réduites à Jeux, le cartésianisme ne pouvait déjà expliquer l'action muluelle exigée pour leur communication) devait conduire le néocriticisme, qni ne pouvait accepter aucune fiction de forces transitives entre les êtres qu'il définissait comme des fonctions de phénomènes, à la doctrine même où le même problème conduisit Leibniz, c'est-à-dire à la doctrine de l'harmonie préétablie. Cette doctrine, presque toujours mal comprise, est quelque chose de plus qu'une hypothèse ; elle est la vue rationnelle du rappoi-t entre deux êtres différents et tels, en telle situation, qu\mc certaine modification dans l'un est constamment suivie dans l'autre d'une modification déterminée en vertu d'une loi de la nature. On n'a jamais pu, entre la cause et l'effet, ni établir l'identité, ni imaginer un inlermédiaire qui résolût le problème de supprimer l'intervalle sans en introduire de nouveaux. Les causes proprement dites étant des phénomènes mentais, de l'ordre du désir et de la volonté, car on ne comprendrait hors de là que des faits matériels de devenir coordonnés entre eux — et ce n'est pas ce qu'on entend par causes, — le concept de l'harmonie préétablie en appelle un autre, c'est celui des éléments conscients entre lesquels l'harmonie est donnée dans la nature, et ces éléments sont ceux que Leibniz a nommé des monades, Leibniz les a nommés aussi des substances, mais il les a définis par des relations constitutives internes : activité spontanée perception etappétition, qui répondent aux relations des uns avec les autres, et ce sont là proprement des fonctions telles que les comprend le néocriticisme pour définir les êtres ; ce ne sont pas des substances dans le sens réaliste du terme, quoique il n'y eût nul inconvénient et qu'il y eût certains avantages à s'en servir s'il était correctement applique et ne soulevait plus qu'une question de mots.
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Le réel substantialisme do Leibniz n'est pas dans le monadisme et dans l'harmonie préétablie, qui sont parfaitement conciliables avec l'intervention des causes libres dans la conlexture générale des déterminations par les lois naturelles; il est dans l'infinitisme et dans le prédéterminisme absolu, qui seuls font du monde de ce philosophe un tout éternel et solidaire, quelque chose comme une substance unique constituée par une infinité de substances mutuellement et invariablement conditionnées les unes par les autres et par l'acte éternel de Dieu. Et pourtant c'est sur le déterminisme propre des monades, de chacune et de toutes, que roule cette doctrine panthéiste, et nullement sur la déduction des propriétés et du développement d'une substance cosmique telle que l'envisage le spinosisme : Le système subsiste, mais entièrement transformé, si l'on rend la continsence aux monades, le libre arbitre aux âmes rationnelles, et si, bannissant les infinis de la spéculation, on renferme tous les rapports dans les limites que prescrit le principe de relativité.
C'est ainsi qu'il a été possible, en corrigeant les principes de Leibniz par la doctrine des catégories, de composer une Xouvelle monadoloijie o\x les conditions d'existence et de développement des consciences et des âmes ont été analysées, telles, que, dans le monde physique et moral, l'observation nous les présente, c'est-àdire en dehors des traditions de l'Ecole et des Pères de l'Église, et de ce funeste panthéisme théologique, inspirateur de la Théodicée de Leibniz et de son optimisme répugnant. Le problème des origines morales de l'humanité s'est otTert sous un nouveau jour.
La doctrine de la raison pratique, dans le néocriticisme, n'était pas d'abord sortie du champ délimité par les postulats Kantiens : la question du mal et de son origine y restait sans solution ferme ; on la discu-
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tait, non comme directomont al)Oi'dable, mais pour en subordonner les difficultés à la confiance en la loi morale pour ce ([ui louche à TviUime fin des êtres, dont l'origine première n'était pas davanlage approfondie. Le complément réclamé par la métaphysique criticiste. et qui pouvait se présenter comme un (juatrième postulat de la rais(ui [jralique. est IhypoUièse de la chute d'une humanité primitive, laquelle n'eût été autre ellemême, au fond, que le premier monde créé. l'Homme: non pas l'homme individu solitaire, comblé de perfections abstraites, sans l'idations morales définies, oii le libre arbitre se pût exercer, le bien ou le mal se produire, mais la Société humaine instituée dans une nature parfaite et parfaitemejil adaptée à la vie perdurable des êtres. Il faut imaginer, à cet eiret. les forces de la nature soumises dans leur intégrité à la connaissance, à la direction et à l'usage des agents i-ationnels. ainsi appelés à gouverner le grand milieu d'action et de jouissance qui leur était donné en toute propriété par le Créateur.
Une telle société d'hommes libres, immortels et heureux, vivant dans la justice, qui était l'ordi'e même de l'institution première : d'un côté, le cosmos mécanique et physiologique, de l'autre, l'esprit humain pur. intact, pourvu tie toutes les notions relatives aux fonctions physiques et sociales et au gouvernement d'une nature toute appropriée aux fins iiumaines, a du déchoir et se corrompre par l'action des mêmes lois psychologiques qui nous sont connues dans les rapports du jugement et de la volonté avec les passions. Ces lois sont celles qui par l'amour propre et l'injustice, dans l'intention ou dans l'action, engendrent l'injustice en retour, et la haine, et, dans toute la société grande ou petite, ont pour fin la guerre. Et elles étaient moralement liées à la liberté, et dès lors logiquement inévitables dans
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l'ordre créé, dès que Têtre créé devait être à la fois libre et social, et appelé, contraint à recevoir son éducation dans l'épreuve du mal, s'il se trouvait incapable de persévérer dans le bien de son premier établissement.
La cbute morale de l'humanité primitive, désobéissance à la Loi morale, si on la considère en son principe, a dû. dans l'hypollièse de l'harmonie primitive des forces cosmiques avec la destination de l'homme, et de leur gouvernement humain libre avec leur efficacité universellement favorable, amena la corruption, les désatTectations partielles du système, et finalement la ruine entière de l'adaptation de la nature à l'ordre de la raison, à la suite de l'emploi pernicieux des forces par ces agents voués au mal qui les avaient à leur discrétion pour s'entre-détruire. Le résultat de la subvention de l'ordre naturel dans les rapports essentiels des forces attractives et de la chaleur pour la constitution organique des fonctions de monades, fut l'entrée de la mort dans le monde, la désorganisation des corps vivants, la réduction des principes de l'être psychique à des germes insensibles, la dissociation des éléments physiques et sans doute la nêhuleuse. à la place du système organisé unique qui avait été tout entier le domaine de l'homme dans l'espace actuellement occupé par le système solaire.
C'est là, dans la ju'biiledse^ que la mécanique céleste et les lois générales de la composition du mouvement en l'apport avec la sensibilité nous montrent l'origine probable et l'établissenient graduel des forces de la nature actuelle, et des corps organisés, sensibles. Ce monde où nous vivons, sous l'empire de ces forces ' encore désordonnées, soustraites au gouvernement humain, hormis en quelques faibles parties, est celui que l'ordre providentiel des destinées ne vouait pas tant à
Renouviek. — Probli'nios ini'tapliys. 30
la punition de l'humanité, dont la chute pouvait être prévue, qu'il ne l'affectait d'avance à sa correction sur le théâtre de la connaissance du mal par la douleur sous le régime social de la Famille, de la Coutume, de l'Etat, et de la Religion: quadruple chaîne hien nécessaire dont l'individu est lié par la naissance et atïranclii par la mort.
La cosmogonie du néocriticismc a pour pendant une eschatologie qui réintègre par des révolutions futures du monde, l'humanité au sein d'une nature céleste reconstituée, mais une humanité qui après l'expérience acquise.de la liberté dans les conditions douloureuses créées par son premier exercice, et parvenue à la parfaite connaissance du bien et du mal, se trouve dans l'état accompli de la science de la vie. Car ni la révélation de la loi morale au cœur et à l'abstraite raison, ni les commandements et les avertissements, de si haut qu'ils viennent, ne sauraient remplacer la leçon des effets et des causes. L'expérience est intransmissible et la vérité pure, sans l'émotion, ne touche que théoriquement et ne modifie pas le caractère. C'est donc seulement après la carrière des épreuves que se peut atteindre pour l'humanité déchue ce plein retour au savoir et au pouvoir qui ne serait pas suivi d'une chute nouvelle.
L'âge d'or, le paradis terrestre, visions religieuses du bonheur, longtemps et unanimement placées par l'imagination à l'ouverture des temps, et aujourd'hui transportées dans l'avenir par des savants auxquels la science ne fournit pour une telle prédiction nulle méthode, n'ont pas plus leur réalisation écrite dans les destinées de notre terre qu'elles n'en ont eu une possible à l'époque des origines physiques et biologiques du globe. Les lois de la nature, en l'état où nous les connaissons, inadaptées à la vie immortelle des êtres, et
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positivement contiaires au règne de la paix, sont cela même qui se nomme lordre du monde : et la société, depuis qu'elle possède une hisioiir, par les guerres et les révolutions des empires, 1 instabilité des républiques, la naissance et la mort des nations, les mœurs irrémédiables de lantagonisme public et privé des individus, enfin la conservation du type prédateur dans l'espèce donne un constant démenti à l'espérance de la constitution future de lElat juridique universel, ou du règne de la pure fraternité.
Mais ce n'est pas la société, une abstraction, qui est en apprentissage sur la terre, ce sont les hommes, les individus rationnels, qui sont en apprentissage de la vie morale dans la société, et par rapport à elle, sur la terre ; et cette terre oii ils font individuellement leur apparition après l'entière dissolution du monde primitif et de la société parfaite dont ils furent des membres, peut n'être qu'un point de départ pour eux de plus d'une autre existence au cours de la traversée de la création remontant à son antique station de l'organisme parfait de l'univers et de l'entière harmonie des forces.
La doctrine criticiste prise dans son ensemble et menée à cette conclusion se termine à l'histoire hypothétique de la personne humaine et de la société humaine. Elle porte sur une théorie de la conscience, opposée aux systèmes de métaphysique réaliste, que nous avons appelés des philosophies de la Chose, ne reconnaissant dans les personnes que des modes transitoires ou des produits éphémèi'es de ce grand Tout et de cette grande Cause aveugle. L'hypothèse qui complète la partie rigoureusement rationnelle de notre doctrine n'a point la prétention de l'égaler dans la mesure de croyance qu'elle comporte, mais plutôt de l'éclaircir en son esprit général. On peut dire d'elle ce que Platon dit, en son Timée, de sa théorie démiurgique du monde : « Si,
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après que lant d'autres ont parlé des dieux et de la production du monde, nous ne pouvons en donner une explication toujours d'accord avec elle-même et parfaitement exacte, ne t'en étonne pas, mais si nous t'en présentons une qui ne le cède à aucune autre en vraisemblance, tu dois t'en contenter, te souvenant que moi qui te parle et vous qui me jugez nous sommes tous des hommes, et que d'après notre nature, sur un tel sujet, nous devons accepter une explication vraisemblable, et n'en pas demander davantage ».
INDEX
Académie (La Nouvelle — ), 112, 114.