‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 13 sur 182 · LA MÉTAPHYSIQUE ÉLÉATIQUE 2V · texte numérisé non relu

LA MÉTAPHYSIQUE ÉLÉATIQUE 2V

de rÈtro. CeUe identité et cette homogénéité ont ponr symbole une sphère parfaite, indivisible : image qui jointe à quelques autres qu'amènent des comparaisons tirées des rapports spatiaux, a jeté des critiques dans Terreur grossière d'assimiler ce Spliairos éléatique à une masse corporelle. On serait infiniment plus près de rencontrer juste, en ramenant la formule de Parménide à une signification idéaliste. Si, en effet, la pensée est la prnsée deVÈtre, ainsi qu'il le dit, il faut aussi que V Être mit la pensée de l'Être. Sans cela, l'identité du sujet et de l'objet, qui est formellement afftrmée, n'aurait aucun sens.

La négation de l'existence réelle du monde phénoménal, c'est-à-dire du monde de la multiplicité et du changement, résulte delà méthode réaliste, que Parménide applique au plus simple et au plus absolu des concepts, abstraction faite de toute détermination et de toute relation. Une seule relation semblerait inévitable, c'est celle que la conscience réclame entre son sujet et son objet : il la résout dans l'identité. Cette méthode prend donc le sujet, l'idée de l'être, dans l'esprit, mais pour le réaliser hors de tout esprit réel. En Dieu, que Parménide ne fait pas intervenir, mais dont l'idée ne peut manquer de se présenter ici, la pensée est supprimée, avec la personnalité, avec la conscience, qui implique la distinction du sujet et de l'objet. Quant à la connaissance humaine, à qui un idéal est otfert, si semblable à ce non Être que la théorie dit ne pas exister, elle crée par sa seule nature au philosophe l'obligation de composer une doctrine spéciale de l'ordre des phénomènes, encore qu'illusoires. C'est une œuvre à laquelle se livrèrent les éléates, etXénophane toutle premier, en se mettant pour cet effet à l'école des philosophes ioniens, leurs aînés de quelques années, et leurs rivaux en spéculation à l'autre extrémité de la région hellénique.

Le service immense qu'on pourrait dire que Téléalismc, en son écart du sens commun, a rendu à la pliilosophie, si la portée de ses arguments, ou ne fût-ce que rintelligence de leur vrai sens, n'étaient restés inabordables aux penseurs pendant deux ou Irois mille ans, est la réfutation de l'étendue et du mouvement en tant que réels sujets en soi. quoique objets réels, c'est-àdire donnés objectivement en nos perceptions. Tel était en eflet le sens positif de ce que la postérité devait nommer les sophistnes de Zenon d'Elée, disciple de Parménide, à cela près (naturelle méprise) que leur admirable auteur crut démontrer que l'étendue, le temps et le mouvement n'ont rien de réel. Ce qu'il pouvait démontrer seulement, c'est que leur réalité, matière d'entendement et de relation, n'implique pas l'existence de données absolues. La démonstration se tirait de Fimpossibililé logique d'un infini de composition, et de ce fait : que la divisibilité des continus n'a point dé terme, selon notre pensée, et ne permet la constitution d'aucune unité propre à en former le total, qui serait un nombre ; en sorte que s'ils étaient vraiment des sujets en soi, ils seraient composés d'une infinité de sujets partiels, leurs semblables, ce qui est absurde. Nous parlons à la fois ici de l'étendue, du temps et du mouvement, parce que Zenon n'a introduit, de son chef, aucune hypothèse sur la nature de ces idées, comme ses interprètes ont eu souvent le tort de l'imaginer. Il s'est placé seulement, comme il le devait, au point de vue de l'opinion commune qu'il se proposait de combattre : l'opinion de leur réalité subjective.

Le plus simple examen, s'il est sans prévention, des deux raisonnements principaux dont se compose l'argumentation de Zenon : Fun, la bissection indéfinie de la ligne à parcourir entre le point de départ et le but [Achille aux pieds légei-s et la tortue); l'autre, la néces-

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site qu'un mobile soit toujours en un certain lieu où il ne se meut pas (la Flèche qui vole), nous en révèlent la signification générale, qui ne laisse place à aucun fauxfuyant. Le premier dit que l'idée d'achever le parcours des éléments composants d'un continu qu'on suppose formé de parties réelles et en soi, multipliées sans fin, est logiquement l'idée d'épuiser l'inépuisable et de nombrer l'innombrable. Le second dit que la possibilité de passer d'un élément à l'élément immédiatement contigu, dans un continu de cette sorte, serait celle d'assigner un mouvement entre deux lieux qui ne sont qu'un lieu, ce qui est contradictoire à l'idée du mouvement. La conclusion rationnelle à tirer de cette analyse ne doit point concerner les phénomènes ; la question reste, en effet, de déterminer leur vraie nature. C'est uniquement contre l'infini actuel que portent les arguments , et c'est aussi ce que n'ont pas compris ou voulu comprendre, plus que les anciens, les philosophes modernes : Descartes, Leibniz, et tous ceux qui, encore aujourd'hui, sont en ce point les disciples de ces grands hommes, qu'ils ont si peu suivis sur tous les autres sujets.

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