‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 21 sur 182 · PLA'I^N. LA THÉORIE DK L'AME · texte numérisé non relu

PLA'I^N. LA THÉORIE DK L'AME

les entités do riJentique et du DilVérent employées à représenter le bien et le mal dans l'àme, ne définissent pas la chose qui pense. Lame y paraît du genre des quantités comme le Nous d'Anaxagore (Y). La matière, puissance indéterminée, principe de pluralité indéfinie, renferme l'incorporel avec le corporel : pour les corps, elle ne se distingue pas de Tétendue, et l'étendue entre dans l'àme, puisque Fâme comporte la division locale. Une masse animée est distribuée entre les planètes qui reçoivent ainsi leurs âmes propres, et sont en outre des réservoirs de cette matière incorporelle destinée aux hommes et aux animaux. Les âmes individuelles possèdent le mouvement spontané, participent de la connaissance, sont insaisissables pour les sens, mais, en principe, elles ne sont ni individuelles ni immortelles : elles ne deviennent immortelles qu'autant qu'elles atteignent la pureté des idées éternelles. Cette théorie fait de l'intelligence deux parts : la première, où le principe que nous en connaissons dans la conscience humaine échappe à la vue du philosophe préoccupé du mélange dont il veut faire l'àme ; la seconde, où ce principe tend à s'effacer à mesure qu'on imagine l'âme s'approchant des idées éternelles qui n'admettent rien de la nature de VAulre, aucune diversité.

La doctrine platonicienne a été qualifiée d'idéaliste. Quant au sens moral de ce mot, à l'élévation de la pensée, au mépris (trop loin poussé) des phénomènes de l'expérience, le jugement est exact, mais pour ce qui est de l'acception philosophique de Y idéalisme opposé au réalisme, Platon a été aussi éloigné que possible de regarder les phénomènes de conscience comme des idées capables par elles-mêmes de renfermer les éléments et les principes de la connaissance : il les tenait pour des images très altérées et obscures, représentées à des âmes qui habitent des corps.

L'origine des âmes à pi'opremont parler animales n'est pas autrement conçue dans le Timêe que celle du principe animal attribué aux corps célestes. Elle est décrite comme une opération mécanique de division. Des éléments du même composé dont le démiurge a formé TAme du monde, il a fait de nouvelles parts, en nombre égal à celui des astres. Ces parts, il les remet aux dieux subalternes qui, à leur tour, les divisent entre des corps qu'il les a chargés de modeler pour en être les habitacles. Les âmes sidérales, sur le commandement du dieu, donnent aux êtres individuels une première naissance uniforme et un corps humain, afin que nul n'ait à .se plaindre de lui. Ce premier corps est du sexe mâle; c'est sur lui que se produit le premier effet moral des impressions sensibles, de l'amour mêlé de désir et de haine, et des autres passions : effet dont dépend, après la mort, ou Fheureux retour à la planètemère, ou une renaissance qui, dans ce cas est féminine. La dégradation peut se poursuivre en des transmigrations successives, pour les âmes vicieuses, qu'elle fait passer en des corps d'animaux divers, selon la nature de leurs vices. Les âmes qui font retour à la planète goûtent le bonheur, mais sont plus tard appelées à rentrer dans des corps individuels. Il y a aussi des lieux de souffrance pour les plus coupables.

Les vices de l'âme sont ses maladies propres; elles ont leur source dans leurs rapports externes, mais leur essence est dans l'intelligence, affaiblie ou égarée, parce que, là où serait la science du bien, dans une dme, il ne se pourrait pas que Vacte fut contraire au bien. Cette thèse platonicienne, d'origine socratique, est la négation implicite du libre arbitre (X). Si la nature, telle que le Démiurge l'institue, exige la chute de l'homme dans la pure animalité, ce n'est rien qui ne soit conforme aux vues de son auteur : « Le monde ne serait point

PLÂXON. LA TIIKimiF. DE LAME &'-f

parfait sil neconlenail toutes les espècos iranimaux. •> C'est pour y aviserquo le Démiurge en remet la production aux dieux inférieurs, dieux célestes, qu'il a créés, et que sa volonU'. non leur constitution a destinés à l'immortalité : « Si, dit-iL je donnais moi-même la vie aux animaux, ils seraient égaux aux dieux. »

Les âmes ne sont pas seulement les quotients d'umsuite de divisions effectuées dans les substances animées des globes célestes. Chaque âme individuelle est elle-même un composé. La composition première et universelle de l'àme par le Démiurge nous représente, chez Platon, un emploi du réalisme qu'on pourrait encore supposer tout symbolique, en remarquant la nature si abstraite des idées du Même, de V Autre et de leur Essence intermédiaire, ingrédients qui expriment manifestement la fonction capitale de la pensée dans l'établissement des relations (distinction et identification; ; mais considérer ensuite, dans une âme particulière, trois âmes différentes : une pour le pur intellect, une autre pour la passion noble, une troisième pour les passions réputées basses; donner à la première le gouvernement des autres (qui ne lui obéissent pas, ou qui lui obéissent mal), leur donner aussi des sièges physiques distincts, et des existences séparables. c'est rendre inintelligibles à la fois l'unité individuelle de chaque àme séparée et l'unité individuelle de leurs composés. C'est, il est vrai, l'ordinaire résultat de la méthode réaliste, que les rapports de causalité s'y trouvent inexplicables. Mais de plus, ici, la place de la volonté ne se peut découvrir dans aucune des trois âmes. Le vo-jç, en effet, n'a que des idées nécessaires par elles-mêmes, et le 0u;jLÔ^ et rÈ-!.Q'j;a.r.T'./.ôv relèvent tous les deux de la passion.

Ce composé ternaire semble conçu tout exprès pour que son principe, institué pour l'hégémonie, soit ce-

fiO PLATON ET ARISTOTE

pcnilanl incapable de faire la justice. Seul ce principe est immortel, mais il est principe d'intuition, non d'action. Il a la participation aux idées : l'intelligence, la science, Topinion; son siège est dans la tète. La seconde partie de l'âme humaine, placée, dans la poitrine est une force mâle, un élan passionnel, irascible, déjà difficilement modéré par l'autorité intellectuelle. Mais la dernière, l'âme femelle, qui a sa place audessous du diaphragme, est une hôte qu'il faut nourrir pour alimenter le corps; sa partie la plus basse est un siège d'ap>pétits sensuels troublants, une source de désirs et de plaisirs, de passions irrépressibles, de dérèglements inévitables. Car nul homme n'est volontairement mauvais : « A peu près tout ce qui est reproché de mal à un homme, à titre d'incontinence dans les désirs, et comme s'il était imputable à sa volonté, est reproché à tort... Ce sont des malheurs auxquels chacun est exposé sans aucun vouloir de sa part ».

La constitution animale de l'homme est donc une prédisposition fatale au péché, selon cette théorie de la déchéance. C'est un trait de dualisme moral à ajouter à celui qui résulte de l'hypothèse de la matière désordonnée préexistante, que la critique a remarqué davantage. L'établissement des races sur le globe est l'histoire de la chute de l'homme par la division des sexes et par la métempsychose, et cette chute était le résultat de l'organisation.

Nous n'attribuons pas à cette doctrine un caractère philosophique, ou des prétentions apodictiques, auxquelles Platon a formellement renoncé pour elle ; et même nous inclinerions à la regarder comme un plan de théorie religieuse adapté fictivement à la République parfaite, objet constant de sa rêverie. Mais, en ce cas, le genre de la fiction permet de juger des tendances de ce grand esprit dans la recherche de la raison des

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