‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 20 sur 182 · LA THÉORIE DE LAME · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DE LAME

Aristote nous explique nettement les origines intellectuelles de Platon, la formation de sa doctrine métaphysique. Un premier point est le rattachement de cette doctrine au pythagorisme. L'emploi que Platon fait des nombres en guise d'essences réelles pour la constitution du monde dans l'œuvre du Démiurge est une application de l'arithmétique réaliste. Après cela, il est manifeste que les Idres, entités nouvelles, sont une extension du réalisme à la définition de tant de choses diverses dont l'en soi ne se prête pas à des symboles numériques. D'une autre part, dès sa jeunesse, Platon était familier avec la thèse de l'écoulement universel, qu'il tenait de son premier maître, Cratyle, disciple d'Heraclite; et il resta profondément pénétré de l'instabilité des phénomènes. Disciple ensuite de Socrate, s'attachant à la méthode des définitions, il pensa qu'elle devait s'appliquer à d'autres êtres qu'à ces choses sensibles et changeantes, impropres à recevoir des définitions communes. H appela ces

rires des Idées. Los êtres sensibles sont hors d'elles ; ceux qui sont synonymes entre eux leur sont homonymes : ils prennent d'elles leurs noms, à raison de leur participation d'elles '-/.y-y. ;jiT£;'.v). Participatiori au lieu à'bnitation, ce n'est qu'un mot de changé, car les pythagoriciens disent que les êtres sont à l'imitation des nombres ; et qu'est-ce qu'imitation ou participation des espèces, c'est ce qu'eux et lui ont également manqué d'approfondir.

Âristote réfuta fortement la théorie des Idées et fut l'initiateur du progrès de la méthode qui devait conduire à affecter le nom d'idée aux modes de conscience, par opposition à des sujets extérieurs, donnés indépendamment de ces modes, tandis que Platon faisait signifier à ce mot les sujets considérés en soi, en dehors do ces modes individuels et variables. L'idée en soi no pouvait passer ni pour un mode de conscience, n'étant pas donnée par rapport à un sujet, ni pour un sujet parce qu'elle représentait un attribut commun de sujets multiples. Quand le platonicien Alcinoûs, cinq cents ans après la mort do Platon, admit que les idées étaient les modes do l'intelligence divine, il commença une école théologiquo nouvelle. En effet les Idées platoniciennes sont hors de Dieu. Dieu, ou le Divin, n'est point défini comme une conscience qui les unit. Le Démiurge, qui, lui, est un Dieu conscient, a formé les grands corps de l'univers, et créé leurs âmes sur le modèle des idées en soi, par la savante organisation d'une matière, mue jusque-là par la seule nécessité. L'espèce humaine, produit d'un travail inférieur, est l'œuvre de dieux on sous-ordre, à qui le soin on est confié. La Divinité n'est, sous aucun do ces aspects, une intelligence constituée par les Idées.

La théologie d'Alcinoûs fut tout autre : un Dieu, Intelligence première, le même que l'Un et que le Bien, et identifié par ce philosophe avec le Moteur immobile

PLATOfi^ LES IDEES. LE DEMIURGE bS

J'Aristote (IXi, dont les pensées sont éternelles et immuables, tel serait le sujet des Idées de Platon, et sous lui se placerait une intelligence seconde, Y Intelligence du ciel en acte, qui réside dans l'Ame du monde et lui commande.

Lorsque, à la recherche de l'idée de Dieu, selon l*laton, on s élève au-dessus du polythéisme du Timée^ on trouve le Bien. Père des Idées, « supérieur à l'être et à l'essence ». Ce Bien est la même chose que TUn éléalique, pourvu cette fois d'un nom qui désigne un attribut moral, mais sans le motiver. C'est le principe ultime, et le produit par excellence de la méthode réaliste, le véritable terme initial de la théorie des hypostases, telle qu'elle se constitua chez les néoplatoniciens venus après Alcinoiis (XIX). Ce n'est ni une personne ni un créateur, c'est l'Absolu, ou l'Inconditionné, pur principe indéfinissable d'émanation, antérieur à tout ce qui peut être dit intelligible.

La description de l'œuvre démiurgique porte, dans le. Timée, un caractère de fiction très remarquable, en ce que le Démiurge, Dieii éternel opérant dans le temps, instituant dans le temps l'Ame du monde douée de mouvement et de vie, ne crée cependant le temps qu'après avoir produit son œuvre. Il voulut, dit Platon, la rendre aussi semblable que possible à son modèle, qui est un animcd éternel^ et, à cet effet, « il inventa une image mobile de l'éternité. Mettant l'ordre dans le ciel, il forma, sur le modèle de l'éternité immuable dans l'unité, l'image de l'éternité marchant suivant le nombre; et c'est ce que nous avons nommé le temps ». On ne saurait mieux marquer que par une semblable contradiction la nature allégorique du rattachement du monde du temps au monde des idées où il n'entre rien que d'éternel. C'est que le passage de l'un à l'autre de ces mondes n'est que le symbole de leur rapport. .

La théorie de l'âme de Platon est aussi étrangère à la aotion de conscience, comme caractère constitutif à reconnaître à lame, que sa théologie (si l'on peut dire que Platon en a une) est étrangère à cette même notion quand on cherche l'idée de Dieu à la place la plus élevée, au-dessus des dieux êterneh et du Démiurge. La critique spirilualiste a reproché à Platon, toujours loué pour sa doctrine de l'immortalité de l'àme, de n'avoir pas reconnu la simplicité de cette substance ; mais il aurait ainsi beaucoup diminué la portée des arguments immortalistes.La question est plus profonde, et il n'y a presque aucun rapport entre la psychologie de Platon et la psychologie moderne, spirilualiste ou non. L'àme est décrite dans le J/mee comme un composé physique, dans le sens de la physique pythagoricienne. La masse des choses visibles, mues désordonnément, est d'abord débrouillée par le Démiurge, qui opère la séparation de quatre éléments, formés de quatre solides géométriques M'guliers dont les figures et les grandeurs doivent expliquer les phénomènes naturels. Deux essences incorporelles préexistaient, outre le chaos : l'une divisible et mobile, principe des changements sans règle ; l'autre indivisible, immuable, principe d'ordre et de raison. Le Dieu démiurge forme de ces essences une essence intermédiaire, puis, de ces trois, une combinaison dans laquelle le Même et V Autre, idées mutuellement opposées, sont forcées de s'allier. 11 divise enfin ce mélange et en dispose les parties pour se rapporter aux parties du corps du monde en des proportions analogues à celles des nombres de l'harmonie musicale. La combinaison totale forme l'Ame du monde, grand animal qui renferme tous les animaux particuliers.

On ne voit, dans ce plan de psychologie universelle symbolique, rien qui ait rapport à l'établissement de la puissance mentale. Le nombre servant à qualifier l'idée,

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