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CHAPITRE VIII

ARISTOTE. REFUTATION DE LA THEORIE DES IDEES. LE MOUVEMENT. LE TEMPS. L ESPACE

Arislote, esprit d'une trempe entièrement originale, soit qu'on le compare à ses prédécesseurs ou à ses successeurs, fut à la fois capable de s'élever aux généralités dans tous les genres d'études, d'atteindre en métaphysique aux plus hautes conceptions, et de maintenir ses vues dans l'ordre de l'expérience partout oîi une méthode rationnelle doit commencer par l'observation. La dissidence capitale du disciple, à l'égard de Platon, porta tout d'abord sur la définition des idées générales, qui ont ce caractère d'être données dans l'individu dont elles marquent des qualités, et toutefois de représenter quelque chose de plus, en tant que commun à plusieurs et même à des nombres indéterminés d'individus. Le principe de relativité dissipe ce que, ainsi posée, la question a d'obscur. Le terme universel désigne une relation, qui est un simple concept de l'esprit; et l'être, porteur de la qualité, est l'individu qui, parmi les phénomènes qu'il réunit pour notre représentation, en compte un qui vérifie cette relation. Ainsi la blancheur de l'animal blanc est un phénomène observé entre ceux qui distinguent cet

animal, etcene seraitjiisquc-là qu'un faitsensible ; mais ce fait ayant été observé ailleurs avec des accompagnements variables, nous en avons le concept comme d'une qualité en relation uniforme avec telles ou telles circonstances données. L'universel est un terme de la catégorie de la qualité, désignant les attributs, propriétés ou modes généraux, abstraction faite de leurs sujets. Pour les philosophes qui ont réalisé ce concept, la présence du général dans le particulier, du collectif dans l'individuel a toujours été une énigme insoluble. La manière de concevoir cette présence impliquait une contradiction à laquelle on cherchait à échapper par des subtilités.

Aristote, en réfutant les Idée^ platoniciennes, a fait ressortir cette contradiction. Il est en cela l'inventeur de la thèse nominaliste, — ou du conceptualisme, dont cette thèse n'a jamais différé au fond, mais seulement par quelques expressions paradoxales, familières à ses défenseurs; — et cette thèse revient, à un relativisme imparfaitement défini. Aristote réfutant les Idées platoniciennes enseignait que l'universel n'est pas l'être, qu'il est le principe de la science, ce qui est exact, et que, à l'égard de l'existence, il ne se sépare pas de l'individuel. Le principe de l'être est, disait-il, dans la nature, qui fait passer à l'acte la puissance, ou matière indéterminée, universelle en un certain sens, et comme une forme du général, quand on pense aux possibilités qu'elle renferme. Il n'aurait fallu qu'ajouter que cette forme, ou l'universel proprement dit, est toujours un concept, mais Aristote n'a point évité le réalisme dans sa doctrine ; les plus importantes notions de rapport y reçoivent des fonctions de sujets et d'agents.

Le cas fondamental de l'application de la méthode réaliste et naturaliste, dans cette doctrine, est à prendre dans la théorie du temps, parce que la conception du

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