‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 33 sur 182 · LE PHYSICISME ÉPICURIEN LA TENDANCE ÉPICURIENNE PESSIMISTE · texte numérisé non relu

LE PHYSICISME ÉPICURIEN LA TENDANCE ÉPICURIENNE PESSIMISTE

Au fond, ce n'est point à des arguments tirés de principes de raison pure qu'ont dû leur origine les doctrines qui ont régné sur des sociétés, ou tout au moins appartenu à des sectes considérables, et ce n'est pas de là quelles ont tenu ce qu'elles ont eu de force et de durée. La manière de comprendre le monde et sa cause dépend essentiellement de la manière de sentir la vie, ses joies, ses obligations et ses douleurs, et de résoudre la question de la conduite par rapport au bien et au mal. C'est ainsi que la cosmogonie et la physique furent chez les épicuriens et chez les stoïciens, des recours de l'esprit à des hypothèses déjà connues, afin de se donner des vues sur le monde qui fussent d'accord avec leurs sentiments sur le bonheur. Ces deux sectes, rattachées au principe socratique de l'investigation morale, s'éloignèrent des analyses trop savantes de l'idéalisme platonicien et de la physique d'Aristote, et voulurent néanmoins, contre l'opinion de Socrate, définir, en dehors des communes croyances déistes, le

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rapport de riiomme à runivers. Elles recoururent aux systèmes anlésocratiqucs pour trouver une assiette à leurs théories de la vie. Chacune d'elles adopta, dans son retour au substanlialisme matérialiste, l'espèce de sujet et de cause des phénomènes qui convenait à ses vues sur la place de l'homme dans la nature.

Il existait, parmi les disciples immédiats de Socrate, deux tendances quant à la morale, non seulement opposées, mais violemment tranchées, dont onpeut jugerpar le constrasle de deux caractères humains, qu'on n'imaginerait pas autres, si l'on avait à définir des types pour une classification de théorie : Arislippe, l'homme qui vise à accommoder systématiquement les circonstances, quelles qu'elles soient, à son avantage personnel, et ne cherche partout que le plaisir présent, vu l'ignorance de l'avenir et l'incertitude du calcul des événements ; Ântisthène, le créateur de la morale du devoir, enseignant le mépris des jouissances et l'empire sur soi pour se conformer à ce qui doit être, à ce qui sera. L'épicurisme et le stoïcisme naquirent de ces deux directions opposées de la volonté portées dans la philosophie. L'épicurisme joignait seulement à la recherche une science du plaisir, ce calcul qu'Aristippe avait jugé vain.

Le système épicurien de l'intérêt et du bonheur a été, en effet, dès l'origine, ce qu'on l'a toujours connu depuis dans les écoles iitilitaii^es : il a donné à l'hédonisme un caractère scientifique relatif, en étudiant la question du plaisir sous ses différents aspects, pour découvrir ce que la jouissance actuelle peut entraîner de peines à d'autres égards, et dans l'avenir; ou encore ce qu'une peine qu'on accepte peut promettre de satisfactions futures, et pour régler en conséquence les appétits et les désirs en toute occasion, de manière à augmenter le bien possible, à diminuer le mal pos-

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